Développement de l'enfant

Quand l’ado se maquille, le parent pique un fard

Comment réagir quand son préado ou ado commence à se maquiller

Votre enfant a muté. Tout à coup, c’est un·e adulte en miniature (pas si mini) qui se tient face à vous. Et plus vite que vous ne l’auriez cru, le ou la voici maquillé·e. En tant que parent, il vous appartient de donner le ton.

En ce dimanche de fête, Marie-Lou*, 13 ans, s’est maquillée. Une première. Un trait de crayon au coin de l’œil. Quelques coups de brosse de mascara. « Elle est encore trop jeune pour se maquiller pour aller à l’école. Pour le moment, ce n’est qu’à des occasions particulières et en cercle restreint », explique Stéphanie*, sa maman.
Marie-Lou apprécie particulièrement les séances maquillage entre copines. « Elles se lâchent. Elles testent, c’est un peu comme un jeu. Je les laisse faire leur expérience ». Stéphanie est aussi à l’écoute de ses filles pour assouplir le cadre quand cela s’avère nécessaire comme pour Clarisse*, son aînée de 15 ans qui a une cicatrice autour de la bouche. « Elle avait envie de la cacher. Du coup, je l’ai emmenée en parfumerie choisir quelque chose d’adapté à sa carnation ».

Plaire... ou ne pas déplaire

L’usage des sœurs témoigne de la dualité du maquillage avec, d’un côté, une envie d’attirer le regard et, de l’autre, de pouvoir cacher, explique Isabelle Guebenne, psychologue au planning familial Le blé en herbe à Namur, qui travaille avec le public adolescent en consultations et lors d’animations Évras (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle).
Se maquiller pour plaire. Plaire aux pairs. Mimer l’amie. Ressembler à l’idole. Surtout ne pas dénoter. Se fondre dans le moule du groupe pour appartenir et exister en son sein. Tel est ici le crédo. Se maquiller pour ne pas déplaire aussi. Parce qu’à l’adolescence, la peau fait des siennes, les boutons sont de la fête sans y avoir été invités.

« Ce qui est important au-delà de la question de l’âge, c’est de comprendre le sens que le maquillage recouvre pour son jeune »

Que ce soit pour plaire ou ne pas déplaire, c’est toujours la question de l’image qui se profile. Image de soi et image que l’on renvoie à l’autre. L’adolescence est une période de mutation. « Certain·es ados ne se reconnaissent plus en se regardant dans le miroir, leurs traits changent. Ils et elles voient aussi leur corps se métamorphoser. Tout le temps passé face au miroir ou à faire des selfies, c’est une manière de se réapproprier son image », analyse Isabelle Guebenne.
Un ado qui se reluque dans les vitrines. Une autre qui se tape l’incruste dans la salle de bains. Le centrage sur soi est aussi une manière de se rassurer, explique Isabelle Guebenne. « Ça me fait penser au livre de Françoise Dolto Le complexe du homard, dans lequel elle explique que les ados sont comme des homards qui cassent leur coquille de protection et se retrouvent dans un état de vulnérabilité psychique comparable aux nourrissons ».

Un âge minimum pour commencer ?

C’est généralement dans les premières années du secondaire que la question du maquillage arrive sur la table. Comme sa grande sœur avant elle, Marie-Lou devra attendre ses 15 ans pour pouvoir aller à l’école maquillée. Et à la même condition : avec modération.
Lola* a commencé à se maquiller à 14 ans en empruntant les produits de sa mère. En stoemeling, comme elle dit. Contrairement à ce qu’elle pensait, sa maman n’est pas contre, mais met son veto sur le résultat qu’elle souhaite plus discret.
« Pour le parent aussi, l’adolescence peut être une période bouleversante. Tout à coup, on a face à soi un enfant qui ne l’est plus, explique Isabelle Guebenne. Ce qui est important au-delà de la question de l’âge, c’est de comprendre le sens que le maquillage recouvre pour son jeune. »
En se maquillant, quelle est l’image qu’il ou elle veut renvoyer de lui-même, est-ce pour plaire, pour paraitre plus âgé·e, pour faire plus femme ou jouer sur les codes ? « La notion de genre est beaucoup plus mouvante aujourd’hui, constate Isabelle Guebenne. Certains garçons se mettent du vernis, d’autres se maquillent. »
Deuxième étape : fixer un cadre. Que ce soit pour définir un âge minimum ou des occasions particulières, l’ado doit savoir à quoi s’en tenir. Pour le maquillage comme pour le reste, le dialogue sera votre meilleur atout pour que les choses se passent en douceur. Rien ne sert d’interdire, conseille Isabelle Guebenne : « C’est la porte ouverte aux transgressions ».
Les parents d’Amandine, 14 ans, en ont fait les frais. Ils ont trouvé leur fille très docile lorsqu’ils lui ont annoncé qu’ils étaient contre. L’adolescente ne pipe mot, mais ne s’est pas résignée. Elle a monté son plan. Planquée dans son sac à dos, une trousse de maquillage avec tout ce qu’il faut : crayon, fond de teint, mascara et gloss. En début de journée, Amandine passe par la case toilettes pour se faire une beauté et c’est dans le bus du retour qu’elle se démaquille.
Pour mettre tout le monde d’accord, une bonne carte à jouer : y aller progressivement, côté ado comme côté parent, toujours sur base d’une bonne communication. Comme pour l’autonomie ou les vêtements, le parent peut ainsi lâcher du lest au fur et à mesure sur la question du maquillage, en fonction de la maturité et du développement de son enfant.

* prénoms modifiés

EN PRATIQUE

Les conseils de pros

Ça y est, vous avez accepté que votre fille ou votre se fils se maquille. Reste maintenant à préserver tout le capital de sa peau en évitant de faire n’importe quoi.

  • Delphine Chaballe, enseignante en esthétique à l’École Polytechnique de Huy : « Les jeunes ne se maquillent pas plus aujourd’hui qu’hier, mais différemment. C’est la mode des sourcils tatoués et des faux cils. J’ai même une élève qui se fait des injections pour se repulper les lèvres. Les ados ont accès à tout, peut-être trop facilement, et sans connaître les risques sur la santé.
    Pour le maquillage classique, mieux vaut utiliser une crème de jour pour que le fond de teint ne soit pas directement en contact avec la peau afin d’éviter la formation de points noirs. Autre point important et souvent négligé : bien se démaquiller et se nettoyer correctement le visage ensuite ».
  • Dominique Tennstedt, dermatologue : « Plus de 70% des ados ont des problèmes de peau, qu’ils accentuent en se maquillant. Les crèmes correctrices bouchent les pores de la peau et empêchent les glandes sébacées d’évacuer le sébum. L’idéal au niveau dermatologique, c’est vraiment de se maquiller le moins possible au niveau de la peau. Il y a beaucoup moins de contraintes au niveau des yeux dans le fait d’utiliser un crayon, un mascara ou un fard à paupières. Les ados ont souvent des peaux assez grasses, c’est un mythe de penser qu’il faut les hydrater. C’est un peu comme les chaussures en cuir, si le cuir est déjà souple et gras, inutile de rajouter une couche de cirage. Une peau d’ado n’a pas besoin d’être systématiquement hydratée. 
    Troisième ennui : les allergies. On ne naît pas allergique, on le devient. Le maquillage peut entraîner des allergies de contact, des dermatites (inflammations) d’irritation, aggraver l’acné, sans parler du risque d’allergie des pigments du maquillage semi-permanent ».

POUR ALLER + LOIN

Regard féministe sur le maquillage de Noémie Kayaert, formatrice à l’ONG Le Monde selon les femmes

« La question du maquillage est ambivalente du point de vue féministe. D’un côté, elle soulève les injonctions à la beauté qui sont principalement adressées aux femmes. D’un autre, elle relève de la liberté de chacun·e d’agir selon ses envies. L’idée, ce n’est pas de dire qu’il ne faut pas se maquiller, on serait à côté de la plaque. Mais plutôt d’interroger ces injonctions à la beauté qui s’amplifient à l’adolescence parce qu’elles touchent à la sexualisation du corps des femmes. On le voit clairement dans la publicité.
Il y a huit ans, j’ai travaillé avec un groupe de jeunes sur l’analyse de publicités. On a constaté que c’était majoritairement des femmes, que certaines mises en scène et postures participaient à montrer leur corps comme un objet, que les photos étaient retouchées et n’étaient pas représentatives de la réalité.
En tant que parent, ça peut être intéressant de discuter de l’injonction à la beauté et de la sexualisation des corps. De questionner les représentations auprès des membres de la famille et ce que l’ado souhaite renvoyer comme image quand il ou elle se maquille. C’est tout à fait différent de se maquiller pour se conformer aux normes de la société ou de décider de se maquiller en ayant conscience de pourquoi on le fait. Ça me semble important aussi de fixer des règles, car cela signe le fait que se maquiller, ce n’est pas complètement banal. »