Santé et bien-être
Un parent sur cinq reporte un suivi médical pour son enfant pour raison financière. Ce sont souvent des rendez-vous chez des spécialistes comme l’orthodontiste ou l’ophtalmologue. Parmi les profils touchés : les monop’, les parents séparés, les familles nombreuses et celles ayant de bas revenus. Mais pas que.
C’est une visite chez le dentiste comme une autre pour la petite Léa*, 9 ans, dans le Brabant wallon. « Elle se brosse bien les dents de lait. Du coup, on a un peu laissé traîner avant de prendre ce rendez-vous », nous explique Sandrine*, sa maman. Quand le dentiste annonce le nombre de caries à soigner, la maman tombe de sa chaise. « Elle a des dents catastrophiques. Elle doit aller six fois chez le dentiste, soit 180 € toutes les deux semaines. Alors, oui, c’est remboursé par la mutuelle, mais il faut malgré tout sortir cet argent ».
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Un parent sur cinq est confronté à la maladie grave et la moitié des familles touchées rencontre des difficultés financières. Des structures et services peuvent aider et faciliter un peu de ce quotidien compliqué.
Entre-temps, les paiements des abonnements sportifs sont tombés. Et pour Sandrine et Pascal*, son compagnon, pas question de rogner là-dessus. « On veut garder un cadre de vie agréable pour nos filles ».
Alors que cela fait plusieurs semaines qu’elle ne voit plus très bien, qu’elle a de gros maux de tête en fin de journée et que ses yeux sont vraiment très fatigués, Sandrine attend encore un peu avant de consulter un spécialiste. Quand elle se décide enfin à aller chez l’ophtalmologue, il était moins une. « Madame, il faut vous opérer au laser », lui dit le spécialiste. Coût de l’opération : 250 € par œil. Ajoutez à cela les 65 € des visites de contrôle. Le dentiste et l’ophtalmologue… « Vous voyez le budget à sortir, commente la maman. Résultat : ce mois-ci, je ne vais pas prendre les deux derniers rendez-vous qu’il me reste pour Léa chez le dentiste ».
Comme Sandrine, un parent sur cinq reporte un suivi médical pour son enfant pour une raison financière. C’est ce qu’il ressort du tout nouveau Baromètre des parents de la Ligue des familles : « Parmi les actes reportés, ce sont les visites chez les spécialistes (ophtalmologue, ORL, dermatologue...) qui sont ajournées en priorité par 36% des parents. Viennent, ensuite, les achats de lunettes (35%) et d’un appareil dentaire (32%) ».
Les parents séparés parmi les plus touchés
Car si les consultations chez le dentiste pour Léa sont finalement remboursées par la mutuelle, les lunettes de sa grande sœur, Amélie*, 19 ans, ne le seront pas. Quand on est majeur, rares sont les corrections prises en charge par l’assurance obligatoire.
« Amélie ne porte pas des lunettes depuis très longtemps. On est allées chez un opticien qui effectue un service minimum de la vue. Ce n’est pas un ophtalmo, mais elle a des lunettes qui semblent tout à fait lui convenir. On l’a fait à moindres frais en allant dans ce type de boutique. »
Amélie, contrairement à Léa, n’est pas la fille de Pascal. Mais impossible pour Sandrine de réclamer la moitié des frais à son ex-compagnon. « Je prends en charge tous les frais qui concernent ma fille aînée. Je ne demande pas d’aide à son papa. Je sais bien que je n’aurais pas de retour positif et je n’ai pas du tout envie de commencer des procédures en justice ».
À ce propos
Parmi les parents séparés pour qui une contribution alimentaire a été décidée, un sur deux ignore l’existence du service des créances alimentaires, alias le Secal. Et pourtant, quand ça fonctionne, il permet de récupérer l’argent qui est dû au parent, en majorité des mamans, qui s’occupe de l’éducation de l’enfant
Les parents séparés représentent un tiers des familles qui reportent un suivi médical pour raisons financières. Il y a aussi pas mal de familles monoparentales, mais aussi de tribus nombreuses. On retrouve enfin beaucoup de parents dont les revenus sont peu élevés. « Un tiers des familles qui gagnent moins de 1 500 €/mois ont dû repousser un suivi médical. Ce pourcentage décroît au fur et à mesure que les revenus mensuels augmentent », pointe le service Études et action politique de la Ligue des familles dans son rapport.
Un constat qui rejoint celui qu’a fait l’Observatoire social européen (OSE) dans un rapport publié l’été dernier. Rita Baeten et Sophie Cès, les auteures, pointent que si seulement 2% de la population belge ne se soigne pas à cause du coût, ce sont les familles les plus démunies qui trinquent. Après la Grèce et la Lettonie, la Belgique est le troisième pays européen où les revenus les plus bas ont dû renoncer à un suivi médical pour des raisons financières.
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Elles s’appellent Candy et Sophie. Elles ont 29 et 47 ans. L’une vit à Limbourg, petit village de la province de Liège, l’autre habite en périphérie bruxelloise. La première suit une formation d’aide-soignante, la seconde est enseignante. Deux femmes, deux parcours et un point un commun : toutes deux sont maman d’un enfant malade.
Sur le terrain, Valérie* l’a également observé. Elle est médecin généraliste dans la campagne namuroise. « Ces familles qui n’ont pas de gros moyens, je ne les fais pas payer. Je reçois juste la quote-part de la mutuelle et je perds 4€ dans l’histoire. Ce n’est pas grave. Ce qui l’est, c’est que c’est une réalité assez fréquente. Je la rencontre tous les jours ».
La doctoresse a l’habitude de voir des parents qui se font soigner en dernier lieu. « Et ça aboutit toujours à des catastrophes. Ce sont des parents débordés, qui sont en plein burn-out. Ça fait dix ans qu’ils ne sont plus allés chez le gynéco, cinq ans chez le dentiste. Quant aux soins psychologiques, on arrive bien souvent trop tard ». Ce qui peut mener à des maladies sur le plus long terme. Pour Sandrine, par exemple, « mon ophtalmologue m’a dit que si je n’étais pas allée le voir, je perdais la vue d’ici quelques années ».
*Les prénoms ont été modifiés
EN SAVOIR +
► Les causes
Comme nous le fait remarquer Valérie, les soins de santé de première ligne sont plutôt bien remboursés par l’assurance santé obligatoire en Belgique. Mais alors pourquoi le coût est-il un frein ? Selon l’étude de l’Observatoire social européen, il y a plusieurs causes, dont notamment :
- La pauvreté grandissante : « Le nombre de personnes menacées de pauvreté a augmenté depuis 2011, c'est-à-dire qu'il y a davantage de personnes avec de plus faibles revenus et donc plus de personnes ayant des difficultés financières à accéder aux soins de santé », écrivent Rita Baeten et Sophie Cès. Dans ces cas-là, la priorité est donnée à d’autres besoins comme se nourrir ou se loger.
- La non-activation des droits (non take-up) : par négligence administrative, par manque d’informations ou encore pour des problèmes de santé mentale, les familles n’activent pas toujours leurs droits.
- La complexité du système : assurance obligatoire ou complémentaire, bénéficiaire de l’intervention majorée, ticket modérateur, conventionné, tiers payant… Voilà des termes bien souvent incompréhensibles, voire rédhibitoires, pour le patient. L’observatoire recommande à l’Inami d’automatiser et de simplifier ce système.
► Les solutions
Nathalie, maman monop’, a opté pour la maison médicale
Pas besoin de renvoyer les attestations de soins avec la petite vignette, ni même de payer à la fin de sa consultation : Nathalie a choisi de soigner Isaac, 5 ans, Aya, 7 ans, et elle-même dans une maison médicale. En tant que maman solo, elle fait partie des parents les plus prompts à reporter un suivi médical. Mais, grâce à cette solution, ce n’est jamais arrivé.
« Je dois habiter dans un certain rayon autour de la maison médicale pour pouvoir m’y inscrire. Elle est en lien avec ma mutuelle et les questions d’argent sont réglées de cette manière, automatiquement. Il n’y a pas de limites. Si j’ai besoin de voir un docteur toutes les semaines, je peux. »
Dans la maison médicale que Nathalie fréquente, il y a un médecin généraliste, des infirmiers et infirmières, mais aussi un kinésithérapeute. Plus que d’apporter des soins, c’est un véritable réseau qui se crée. Une liste reprend les logopèdes, dentistes et autres spécialistes conventionné·e·s pour éviter les honoraires trop élevés.
Si les maisons médicales jouent un rôle crucial pour garantir l'accès aux soins de santé de tou·te·s, seulement 4% de la population belge les fréquentent.
BON À SAVOIR
Pour payer les soins moins cher
- La mutuelle : l’assurance obligatoire soins de santé, c’est la base. Elle couvre déjà pas mal de frais : consultations, visites, avis de médecins généralistes ou de dentistes. Elle couvre certains frais d’hospitalisation en dehors des suppléments. À côté de cette assurance obligatoire, il y a l’assurance complémentaire. Ses avantages varient en fonction de la mutuelle : hospitalisation, garde-malade, soins à domicile, etc. Pour celles et ceux qui veulent se limiter à une assurance obligatoire gratuite, il en existe une, souvent méconnue : la CAAMI, la Caisse auxiliaire d’assurance maladie-invalidité.
- Pour les lunettes : quelle que soit la mutuelle ou la correction à appliquer, l’assurance obligatoire intervient sur la première paire de lunettes. Elle rembourse aussi le premier renouvellement de la monture ainsi que celui des verres si ça fait plus de deux ans qu’ils ont été changés. Si la correction à apporter est plus importante avant la fin des deux années, elle peut encore intervenir.
- Pour les appareils dentaires : avant l’âge de 9 ans, l’assurance obligatoire intervient sur les traitements orthodontiques « de première intention » (en général, ce sont ces appareils que l’enfant sait retirer lui-même). Ensuite, le fameux appareil à plaquettes est remboursé avant l’âge de 15 ans. Pour le suivi, les visites mensuelles chez l’orthodontiste sont également remboursées jusqu’à 36 visites maximum par traitement.
- BIM (bénéficiaire de l’intervention majorée) : si vous avez de bas revenus, vous pouvez devenir bénéficiaire d’une intervention majorée de la mutualité pour les prestations de soins de santé. Vous payez alors un plus petit montant lors d'un séjour hospitalier, ainsi que pour la plupart des soins en dehors des hôpitaux (médecins, dentistes, kinésithérapeutes…) ou encore pour les médicaments.
- Le dossier médical global : le DMG rassemble toutes vos données médicales. C’est votre médecin généraliste qui l’ouvre à votre demande. Cela coûte 30€, mais c’est remboursé par la mutuelle. Il permet de limiter le montant de la part personnelle que vous devez payer pour une consultation au cabinet de votre médecin généraliste à 1€ pour les bénéficiaires de l’intervention majorée, 4€ pour les autres.
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