Loisirs et culture

Quel parent joueur êtes-vous ?

La vraie question serait plutôt : quelle famille joueuse êtes-vous ? C’est précisément ce qui nous intéresse sélection après sélection. Parce qu’à travers le jeu, on découvre énormément de réalités familiales. Vous rencontrer de cette façon ludique, c’est une façon de mieux vous cerner. Nous nous sommes d’abord baladés à Essen (Allemagne), au Spiel, l’un des plus grands salons du jeu au monde avec, cette année, pas loin de 200 000 visiteurs et visiteuses, pour dégoter des coups de cœur insolites. Puis, nous avons soumis aux familles notre sélection pour qu’elles les valident et les commentent. Pour ce faire, nous sommes allés à Nivelles, dans une école communale avec une cinquantaine de parents et enfants. Nous vous avons également fait tester nos jeux chez Chantelivre à Tournai, à la Biblif de Forest (Bruxelles) et enfin à la Poule aux jeux d’or à Rochefort. Le résultat ? Un condensé de rencontres avec des maisons d’édition, de distribution, des créateurs et créatrices, mais surtout des joueurs, des joueuses invéteré·es, passionné·es, passionnant·es, de 2 ans à un âge qui – si avancé soit-il - ne parvient pas à camoufler une éternelle âme d’enfant.

La sélection 2023 est encore en majeure partie constituée de jeux de société. Pourquoi ce choix ? Parce qu’à l’heure actuelle, le jeu de société semble rassembler plus que le jouet. il nous paraît plus universel. Et, surtout, il nous permet de mieux vous rencontrer. Ces deux dernières années, post-covid, vous n’avez cessé de nous rappeler l’importance qu’il a pris chez vous. Au Ligueur également, il prend de plus en plus de place, nous le présentons depuis le début de l’année de façon hebdomadaire. Et ce n’est pas fini, on continuera à vous révéler des surprises autour de ce ludo-univers sans limite. Hélas, si joyeux soient tous ces rendez-vous, ils sont teintés d’une certaine inquiétude partagée par les un·es et les autres. Le marché du jeu est en proie à des changements d'orientation, pas toujours positifs. Ouvrons la boîte et avançons d’une case.

Le marché ne s’est pas réinventé

Alexandre Dua, de chez Zébulon, un éditeur à suivre de près, nous le signale depuis un moment. Il y a comme un embouteillage dans le monde du jeu. On sort beaucoup de titres. Trop ? On assiste comme à une congestion que beaucoup ont du mal à affronter. L’offre est devenue trop abondante. Et dans ce flot continu, acteurs et actrices ne trouvent pas de second souffle. Pire encore, ils et elles font montre d’une certaine frilosité. La preuve flagrante, omniprésente au Spiel, les grandes firmes - Netflix et Disney en tête - qui prennent le train en marche et s’incrustent à tous les niveaux. Comme la firme aux oreilles de souriceau le fait avec Dixit, par exemple.
La nouvelle cible privilégiée du marché ? Les familles joueuses. Les plus geeks d’entre elles, à qui un bottin en guise de règles du jeu et plusieurs heures les yeux rivés sur un plateau, ses cartes et ses pions ne font pas peur. On les appelle les rôlistes. Leur type de jeu privilégié est le dungeon crawler (qu’on pourrait traduire par « ramper dans un donjon »). Dragons, pierres médiévales, magicien·nes, sorcières et sorciers, druides, monstres… l’univers heroic fantasy rajeunit. Pour l’équipe de TurtleGames, éditeur flamand, c’est une excellente façon de faire rentrer les enfants dans l’univers de leurs parents accros aux dés à douze faces. Pour Monsieur Mouche, maître du jeu à la Biblif, c’est une preuve de plus de la frilosité du marché qui investit sans trop de prise de risque plutôt que de conquérir de nouvelles niches avec créativité. Peut-être que le contexte global ne favorise pas cet élan créatif ?

David contre Goliath

Pénurie des matières premières. Explosion des prix. Légère baisse des ventes. Implantation des mastodontes sur le plateau de jeu… D’un coup d’un seul, cette sympathique ludosphère a connu un revers de manche. Les conséquences ? On sent un grand retour du plastique dans la conception des pièces. Mauvaise nouvelle pour les parents du Ligueur qu’on sait très sensibles à la qualité et à la fabrication responsable des jeux.
Mathilde Spriet, de chez Helvetiq, éditeur suisse que l’on aime beaucoup, partage ce constat. « C’est vraiment dommage. On met toutes nos forces à se montrer le plus éthique possible dans nos jeux. On développe une gamme pour sensibiliser à des problématiques environnementales, on fait tout pour développer nos produits en Europe, avec une production responsable : énergie solaire, pas de plastique, utilisation de bois labellisé FSC, avec des encres, des vernis et des colles biodégradables... Tout ça pour se retrouver face à des concurrents qui vont fabriquer leurs moules en plastique dans des usines en Chine. C’est navrant ».
On la sent cette scission, en effet. Entre des marques qui communiquent sur leur faible impact carbone et des firmes qui éditent des grosses boîtes XXL surdimensionnées, suremballées, surplastifiées que l’on a vu fleurir cette année. Et vous dans tout ça, les parents joueurs ?

Droit dans vos hottes

On a le sentiment que vous pressentez tout cela, mais que vous prenez vos distances face au marché, à ses codes et ses innombrables stratégies. Pour toutes les familles que l’on a rencontrées, une seule chose compte : jouer. Le tout accompagné de rires, de railleries, de coups tordus et même de mauvaise foi. Comme il est touchant, cet intérêt supérieur de l’amusement dont vous faites preuve. Vous vous y prenez même avec beaucoup de sérieux. Vous donnez le sentiment d’évoluer dans une mare sans prêter attention aux innombrables hameçons que l’on vous tend. Ce qui guide votre navigation ? Vous nous le dites : des moments précieux en famille, basés sur la découverte, sur le plaisir.
Le jeu rend votre vie de famille plus plaisante, plus sociale aussi – on a assisté à plein de rencontres de tribus de même région qui sont restées discuter sur le trottoir une fois les sessions terminées. Mais aussi, vous êtes beaucoup à nous le dire : le jeu vous facilite l’existence. Il permet aux plus jeunes de se concentrer, de se défouler, de s’exprimer. Il éloigne les plus grand·es des écrans, il leur permet de se confier. De valoriser leurs compétences auprès des leurs. Certains éditeurs comme Philippe Proux - notre chouchou de Ludarden - en sont convaincus : le jeu développe une autre forme d’intelligence.

Dans jeu de société, il y a le mot société !

On ne peut donc que vous encourager à cultiver cette forme d’indépendance. D’aller là où le cœur vous dicte d’aller. D’acheter des jeux dans des magasins indépendants (voir encadré), certes, mais surtout d’y jouer. De continuer à faire vivre ceux qui dorment dans votre ludothèque depuis des années en les remettant dans le circuit. On en a beaucoup discuté avec Anne Cé de la Poule aux jeux d’or qui a diminué de près de 50% son stock. Elle privilégie de plus en plus le marché de seconde main.
« Impossible de suivre tout ce qui se passe en ce moment. Et puis on fait face à une concurrence impitoyable qui est la vente en ligne. Des client·es nous parlent d’un jeu que l’on ne connaît pas, on propose alors de le commander, puis ils/elles nous arrêtent en nous disant : ‘Ah non, mais je l’ai déjà acheté, je t’en parlais juste pour voir ce que tu en pensais’. »
C’est le cri de tout l’univers du monde du jeu que l’on se fait un devoir de répercuter. Acheter un jeu, ce n’est pas un acte anodin. Vous faites vivre un auteur, une autrice, une maison d’édition, un distributeur, une distributrice, un magasin de proximité. Les spécialistes de la vente en ligne perturbent tout ce petit écosystème. Ces colosses affamés tirent les prix vers le bas, donnent une orientation au marché et font mourir le commerce de proximité qui fait le charme de nos villes et nos villages. Derrière le jeu de société, un enjeu de société ? Il y a un peu de ça, évidemment.
Mais, pour en revenir à notre question, quel parent joueur êtes-vous ? Ambianceur, pédagogue, narrateur, stratège, tactique, logique, agité, passionné, convaincu… avant toute chose, vous êtes parent joueur… unique. Singulier. Et libre.

ZOOM

Chez qui acheter moins cher ?

On ne peut que vous recommander de pousser la porte de ces merveilleux endroits que sont Chantelivre à Tournai et la Poule aux jeux d’or à Rochefort qui nous ont accueillis pour nos tables de jeux. Sans oublier de continuer à fréquenter et faire vivre les médiathèques et ludothèques du pays qui ne demandent qu’à entendre des rires, encore et toujours.
Bonne nouvelle, les membres de la Ligue des familles (et donc les abonné·es au Ligueur) bénéficient d’une réduction de 15% dans toute une série de magasins. Sont concernés : Sajou (Jette), À vos souhaits (Uccle), Ludotrotter (Charleroi, Nivelles et Namur), Dédale (Ixelles et Etterbeek), Ludiq'Art (Ceroux-Mousty), Lolipop (Chimay), Les Idées bleues (Wavre), Le petit Napo (Gembloux), Au pays des merveilles (Bastogne) et le Siroteur (La Bruyère).

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CONCOURS

Téléchargez la couverture du Ligueur et gagnez un jeu

Vous savez qui incarne cette silhouette mystérieuse sur la couverture de ce numéro ? Eh oui, c’est vous. On vous propose de télécharger cette une et de la personnaliser avec des images de jeux que vous aimez. Une fois que c’est fait, vous faites une mise en scène avec cette silhouette. Et vous taguez sur les comptes Instagram ou Facebook du Ligueur #jesuisparentjoueur. Vous avez jusqu’au 13 décembre à 13h13 pour le faire. Nous publierons les résultats dans l'édition du 20 décembre. Les dix mises en scène les plus inédites remporteront un super jeu. On a hâte de voir ça.

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