Société
La Ligue des familles a toujours été particulièrement attentive aux défis liés à la conciliation entre la vie privée et la vie professionnelle. Ce défi qui concerne tous les parents constitue également un enjeu majeur pour l’égalité entre les femmes et les hommes. Aujourd’hui, en Belgique, le système des congés familiaux perpétue malheureusement les inégalités de genre : ce sont encore les mères qui assument la plupart des soins liés aux enfants et qui aménagent le plus leur temps de travail, ce qui a des conséquences notamment sur leur carrière, leur autonomie financière et, à long terme, leur pension.
Face à ce constat, mais aussi en observant les difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux parents, améliorer le système des congés familiaux apparaît comme une urgence. Ces congés constituent en effet un outil essentiel pour une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Afin de connaître les attentes des parents, d’identifier leurs priorités et formuler des recommandations en phase avec leurs besoins, la Ligue des familles a analysé les résultats d’un sondage national mené par l’Institut Dedicated auprès de 1 003 parents d’enfants de moins de 12 ans (21 ans en cas d’enfants en situation de handicap).
Nous avons aussi décrypté la réforme du système des congés familiaux qui figure dans l’accord de gouvernement fédéral. Ce texte prévoit notamment la fusion des congés existants au sein d’un nouveau dispositif baptisé « crédit familial ». L’étude des chiffres du sondage s’accompagne donc d’un examen approfondi du dispositif annoncé par le gouvernement fédéral (même si le flou règne encore autour de sa mise en application concrète). La Ligue des familles a par exemple identifié des risques d’aggravation des inégalités de genre et des difficultés pour les parents séparés.
Sur base de ces analyses, mais aussi de l’observation des dispositifs en vigueur dans d’autres pays de l’OCDE, la Ligue des familles a élaboré un cahier des charges pour un système de congés qui réponde aux attentes et besoins réels des familles, protège les plus vulnérables et tienne compte des différentes configurations familiales.
Un modèle de congés liés à l’enfant creuserait les inégalités de genre
Parmi les modifications que le gouvernement fédéral compte amener au système des congés, figure le fait de lier ces derniers à l’enfant et non plus aux parents. Or, les expériences des pays nordiques, souvent cités en exemple pour leurs politiques familiales, démontrent que, lorsque les congés prennent la forme d’un « pot commun » lié à l’enfant et que la répartition est laissée au choix des parents, ce sont les mères qui prennent la majorité des congés. Les chiffres de ce sondage vont dans le même sens : si les parents pouvaient se répartir les congés familiaux, seul un quart des couples le feraient de manière égalitaire.
En cas de congé parental à se partager entre parents, seul un quart des couples affirment qu’ils opéreraient une répartition à 50/50. Pour la moitié des couples, c’est la mère qui en prendrait la plus grande partie. Dans 17% des familles, ce serait le cas du père ou du co-parent.
Les proportions sont similaires concernant le congé de naissance et le congé parental.
Plus interpellant encore, on constate que les hommes sont bien plus nombreux que les femmes à être prêts à céder leur congé à un proche. L’accord de gouvernement, qui parle de rendre le congé accessible aux grands-parents, rendrait cette « délégation » possible. Or, faire bénéficier les grands-parents d’un congé impliquerait probablement de raboter sur la durée de congé disponible pour les parents. 44% des pères seraient disposés à céder leurs congés aux grands-parents (en pratique, probablement, aux grands-mères) ou à un proche, quand seules 27% des mères envisagent cette option.
Ces chiffres ne font que confirmer les inégalités de genre en termes de soins aux enfants et le risque de les renforcer que crée un système de pot commun lié à l’enfant à la place de droits individuels pour chaque parent. Ils renseignent également sur le fait que la possibilité de transférer son congé est loin de faire l’unanimité.
Lorsqu’on demande aux parents s’ils seraient prêts à céder une partie de leur congé à une tierce personne (grand-parent ou autre proche), 55% se montrent en défaveur de cette idée : 31% estiment qu’ils ont besoin de tout leur congé, tandis que 24% indiquent n’avoir personne à qui le donner. 10% ne se prononcent pas.
► Si les parents pouvaient se répartir les congés familiaux, seul 1/4 des couples le feraient de manière égalitaire - ► Plus de la moitié des parents s’opposent à l’idée de céder une partie de leur congé parental.
Durée et rémunération des congés sont insuffisantes
Les réponses à de nombreuses questions montrent les préoccupations des parents quant à la durée et, plus encore, à la rémunération des congés familiaux, qui ne leur permettent pas de concilier vie familiale et vie professionnelle comme ils en auraient besoin. Parmi les mères belges interrogées lors de cette enquête, 55% ont prolongé leur congé de maternité par un autre congé (congé parental, congé annuel…). Une majorité de mères a donc eu besoin d’un congé plus long que celui octroyé. Un chiffre logique quand on sait que le congé de maternité en Belgique est l’un des plus courts d’Europe.
Parmi ces mères, 39% ont prolongé leur congé pour pouvoir continuer à allaiter leur enfant, 21% car elles n’avaient pas de place en crèche pour ce dernier. Dans plus d’un tiers des cas (35%), la mère ou l’enfant ont rencontré des complications de santé. Parmi les mères qui n’ont pas prolongé leur congé, 42% d’entre elles ont renoncé à prendre du temps supplémentaire car elles ne pouvaient pas se le permettre financièrement. Le congé parental est en effet rémunéré à peine 933€ par mois. 28% évoquent des craintes par rapport à leur carrière professionnelle. Pour 7 de ces femmes sur 10, le retour au travail est donc dicté par des inquiétudes par rapport à leur situation financière ou à leur emploi.
Première priorité des parents : mieux rémunérer les congés
Près de 7 parents sur 10 placent une meilleure rémunération des congés parmi leurs trois premières priorités concernant les congés de naissance. C’est la mesure la plus souvent citée, devant l’allongement des congés de maternité et de paternité/co-parentalité.
À noter qu’il ne s’agit pas de la proportion de parents favorables à ces mesures, mais de celle des parents qui placent ces mesures parmi leurs toutes premières priorités.
Lorsqu’on demande aux parents de pointer les deux mesures les plus importantes à mettre en œuvre concernant le congé parental, ils choisissent sans grande surprise l’amélioration de la rémunération et l’allongement du congé. Considérant le coût de ces mesures, la Ligue des familles a demandé aux personnes sondées quelle était leur priorité entre les deux. Le choix s’avère difficile mais une courte majorité de parents privilégie une meilleure rémunération.
► Près d’une mère sur cinq ne peut pas rester assez longtemps auprès de son enfant pour des raisons financières - ► S’il faut choisir, 54% des parents privilégient un congé parental mieux rémunéré à un congé allongé.
Les parents favorables à un système plus égalitaire
Le système actuel des congés présente de nombreuses inégalités de traitement. La première concerne les différences qui existent entre parents salariés ou fonctionnaires et parents indépendants (particulièrement en ce qui concerne la durée du congé de maternité). D’autres disparités existent également entre les parents selon leur genre (différences entre les mères et les pères) et selon le lien à l’enfant (parents biologiques, adoptifs ou d’accueil).
60% des parents qui sont favorables à une harmonisation ne la soutiennent que si elle n’implique pas la diminution des congés de certains. Les chiffres sont similaires, quel que soit le statut professionnel des personnes sondées.
Aujourd’hui, le congé de maternité des mères indépendantes est plus court encore que celui des salariées ou des fonctionnaires. Là où ces dernières bénéficient d’un congé indemnisé de quinze semaines (dont dix obligatoires), les indépendantes n’ont droit qu’à douze semaines de congé indemnisé (dont trois sont obligatoires). Lors de l’enquête, les mères indépendantes ont été invitées à indiquer les trois mesures les plus importantes pour elles parmi une série de propositions. Elles ont été 70% à placer l’allongement du congé de maternité dans leur top 3.
► 70% des parents se prononcent en faveur de congés identiques pour les parents salariés, fonctionnaires et indépendants - ► L’allongement du congé de maternité est la priorité des mères indépendantes
► Le cahier des charges des parents en 4 axes
La Ligue des familles appelle donc à une réforme ambitieuse des congés familiaux, mais questionne le « crédit familial » prévu par le gouvernement fédéral, lié à l’enfant, et qui fusionnerait tous les congés familiaux. Notons que le budget finalement arrêté cet automne ne prévoit qu’un très faible budget destiné à cette réforme. Il faut donc parer au plus important. C’est pourquoi la Ligue des familles a transmis aux ministres compétent·es un cahier des charges des attentes des parents pour un système de congés qui réponde aux besoins et attentes réels des familles, protège les plus vulnérables et tienne compte des diverses configurations familiales.
Les caractéristiques d’un tel système tiennent en plusieurs points principaux :
- Plus simple, plus égalitaire : pour gommer les inégalités entre parents, nous plaidons pour des congés identiques pour toutes et tous, et ce, quels que soient le genre, le statut professionnel (salarié·es, fonctionnaires, indépendant·es) et le lien (biologique, adoptif, accueillant) à l’enfant, sans diminution des droits des parents.
Nous recommandons également une simplification du système actuel, pour plus de lisibilité et donc une meilleure accessibilité pour les familles.
Un congé simple et égalitaire signifie également le respect et le maintien des droits individuels de chaque parent. - Mieux rémunéré : dans le but de ne pas mettre les familles en difficulté financière à la suite d’une naissance, et de permettre à plus de parents, y compris ceux qui sont les principales sources de revenus de leur ménage, d’avoir accès aux congés parentaux lorsque l’enfant grandit, sans craindre pour leur sécurité financière.
- Plus long et en partie obligatoire (en priorité pour le congé de paternité/co-parentalité) : afin d’égaliser les chances des femmes et des hommes sur le marché du travail, de lutter contre les stéréotypes de genre et de permettre à tous les parents de créer du lien avec leur enfant.
- Plus flexible : un système plus flexible dans ses modalités en termes d’accessibilité, de fractionnement, de régime horaire, d’âge de l’enfant… Cela implique notamment de supprimer la condition d’ancienneté requise chez un même employeur (un an pour le congé parental, trois ans pour le crédit-temps), qui empêche les parents qui changent d’emploi ou qui cumulent les contrats précaires de prendre ces congés. La Ligue des familles plaide par ailleurs pour un congé enfant malade rémunéré, ainsi que pour un congé de conciliation de quelques heures qui permette de faire face aux imprévus.
En mettant ces principes en application, on pourrait enfin se diriger vers un système de congés véritablement égalitaire, plus inclusif, plus en phase avec les attentes réelles et les vécus concrets des familles dans toutes leurs diversités. Un tel système permettrait également de progressivement faire évoluer le « risque de maternité », qui pèse aujourd’hui sur toutes les femmes actives, vers un meilleur équilibre des responsabilités familiales sur l’ensemble des travailleurs et travailleuses, quel que soit leur genre.
Méthodologie de l’enquête
Cette enquête a été commanditée par la Ligue des familles à l’Institut de sondages Dedicated.
Un échantillon représentatif de 1 003 Belges parents d’un ou plusieurs enfants de moins de 12 ans (ou de moins de 21 ans en cas d’enfants en situation de handicap) a été interrogé par internet entre le 19 mai et le 2 juin 2025.
L’échantillon permet une représentativité des parents de chaque province belge et des différents genres et catégories socio-économiques.
La marge d’erreur est de 2,6%.
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