Vie pratique

Séparé­·e, oui, mais pas seul·e

Aussi critique soit la séparation, il y a toujours des options pour la rendre plus vivable. Nous revenons sur les difficultés épinglées par les parents pour creuser le côté solution.

L’accès à l’information se hisse en tête des préoccupations des parents, d’autant plus s’ils sont solos. Quand on se sépare, rechercher une info s’avère vite être la tâche de trop. Ajoutez-y une pointe de jargon juridique, des doses de cas particuliers et vous obtenez une mixture indigeste pour la majorité des concerné·es. Nos expertes mentionnent tout de même les sites notaire.be et droitsquotidiens.be comme étant des sources d’informations fiables.

► Pour accéder à une information juridique

« Un site internet n’est jamais une bonne solution », met en garde Clémence Garcia, juriste à la Maison des parents solos. Je conseille toujours aux parents d’adresser leurs questions directement à des professionnel·les. C’est la seule garantie de disposer d’une information sur mesure ». Devançons tout de suite les craintes : combien cette démarche va-t-elle me coûter ? Bonne nouvelle, vous ne devrez pas d’office casser votre tirelire.
En principe, les notaires sont tenus de recevoir toute personne qui en fait la demande pour un premier rendez-vous d’une demi-heure gratuit, pour autant que leur demande ne nécessite pas de recherche particulière. Sur le site notaire.be, vous avez la possibilité de trouver le/la notaire qui vous convient.
Du côté des avocat·es aussi, des conseils peuvent être fournis gratuitement via l’aide juridique de première ligne, accessible à toute personne indépendamment de ses revenus. Les barreaux de chaque arrondissement organisent des consultations juridiques.
Troisième piste, les centres de planning familial. Tous disposent d’un service juridique accessible à moindre coût et même, dans certains cas, gratuits. Pour trouver le planning le plus proche de chez vous, rendez-vous sur loveattitude.be 
À Bruxelles, la Maison des parents solos organise aussi des consultations juridiques gratuites. En Wallonie, une permanence juridique téléphonique est organisée par les Relais familles monos au 0471/65 32 20.

Séparation, la question du logement

► Pour retrouver un logement

La question du logement est une autre pierre d’achoppement pour les parents solos. « C’est une demande récurrente pour laquelle nous n’avons pas de solution car l’offre de logement est complètement saturée à Bruxelles », explique Nadia Essouayah, assistante sociale à la Maison des parents solos. La situation est encore plus critique en ce qui concerne les logements sociaux. Comptez treize ans en moyenne pour obtenir un appartement social de deux chambres à Bruxelles. Il vous faut une chambre de plus ? Ce sera douze mois en bonus !
Occupation temporaire, logement précaire et vogue la galère. « La seule aide qui existe pour celles et ceux qui entrent dans les conditions du logement social, c’est l’allocation de loyer. Il s’agit d’une aide compensatoire qui varie entre 130,26€ et 173,67€, à laquelle il faut ajouter 43,42€ par enfant à charge », précise l’assistante sociale.
Si l’offre de logement est rare, les discriminations, elles, sont légion. Vous cumulez le statut solo avec un nom d’origine étrangère et un revenu de remplacement, la recherche s’annonce musclée. Et Nadia Essouayah de rappeler la loi : « Lorsqu’on prend rendez-vous pour visiter un bien, seuls vos nom, prénom et numéro de téléphone peuvent être demandés. La situation professionnelle ou financière ne peut pas entrer en ligne de compte à ce stade ».
Pour s’en sortir, les parents solos bricolent des solutions de fortune. Certains rentrent chez leurs propres parents le temps de se refaire un bas de laine, d’autres squattent chez des copains/copines ou occupent le logement familial en alternance. D’autres encore créent des colocations. « On en voit de plus en plus, c’est un moyen créatif de partager les frais et d’accéder à un logement de meilleure qualité à moindre coût », souligne Nadia Essouayah.
À l’affût d’une petite annonce ? Allez faire un tour sur le site Habitat groupé solidaire ou sur le groupe Facebook « Les bons plans de la colocation monoparentale ».

► Pour restaurer un espace de communication avec l’autre parent

Autre embûche sur le chemin des parents séparés : la difficulté à communiquer. Sur ce plan-là aussi, il existe des solutions. La preuve avec ces trois exemples.

  • Espace parents dans la séparation
    Plusieurs acteurs ont uni leurs forces pour offrir un espace d’accueil, d’écoute et de rencontre aux parents dans la séparation (EPS). « Notre mission, c’est d'accompagner les parents qui rencontrent des difficultés liées à la séparation et souhaitent apaiser le climat de tension pour leurs enfants ». Peu importe que la séparation soit récente ou ancienne, qu’il y ait un jugement ou non, tous les parents peuvent faire appel à un EPS.
    Après une première rencontre individuelle avec chaque parent, l’EPS propose une rencontre avec les deux parents. L’entretien est mené en duo, ce qui permet aux professionnel·les d’observer la dynamique parentale et même de méta-communiquer dessus. « Un des moyens utilisés est de retravailler la dimension relationnelle et de permettre ainsi aux parents de pouvoir recommencer à discuter, à penser, à expérimenter autour de leur coparentalité », explique Hélène Soyeur, intervenante à l’EPS de Charleroi.
    Les EPS offrent deux avantages non négligeables : le temps et la gratuité. Des denrées rares. « Le fait d’avoir un premier rendez-vous individuel rassure les parents. Autre source d’apaisement, nous ne cherchons pas à obtenir un accord à tout prix ». Le dernier verrou saute quand ils comprennent que les EPS travaillent dans l’intérêt de l’enfant.
    Malgré une forte demande, les EPS ont la capacité de prendre en charge de nouveaux dossiers, que ce soit sur du court ou du plus long terme. « On a des parents qu’on rencontre deux fois et c’est réglé. Et d’autres qui continuent à nous consulter ponctuellement dans la durée ».
    Il existe dix antennes EPS implantées à Charleroi, Mons, Ath, Waterloo, Bruxelles, Liège, Huy, Verviers, Neufchâteau, Marche-en-Famenne. Pour connaître le numéro et l’horaire de la permanence téléphonique, rendez-vous sur espaceparents.be
     
  • Médiation
    Et la médiation ? En tant que mode alternatif de résolution de conflit, elle a pour particularité de faire reposer la recherche de solution sur les parties elles-mêmes. Ce qui implique qu’elles soient partantes pour entamer cette démarche. Hélène Baltus et Sylvie Gayda, médiatrices agréées et membres de la Maison de la Médiation, détaillent cette approche. « Le médiateur/la médiatrice est une personne neutre et impartiale, qui n’est pas là pour donner du conseil. Son rôle, c’est de conduire les parties à élaborer elles-mêmes la solution. Pour y parvenir, on pose un cadre qui garantit que les échanges se déroulent d’une manière respectueuse ».
    Une médiation se décline en trois phases : la narration, l’identification des besoins et la recherche de solutions. Dans la phase de narration, chaque partie raconte l’histoire de son point de vue. « Le fait d’offrir un temps d’écoute à chaque partie est salutaire. Quand on se sent entendu·e, la colère se dégonfle ». Dans la deuxième phase, on identifie les sujets à discuter.
    « L’avantage de la médiation, c’est qu’elle prend en charge la notion de besoins. Cela offre davantage de liberté et de créativité pour trouver des terrains d’entente avec pour seule limite le respect de l’ordre public. Il n’y a rien de pire que les parties qui vous disent qu’elles sont d’accord sur tout. Dans ce cas de figure, le moindre grain de sable grippe la mécanique, car, pour en arriver là, les parties ont dû faire de nombreuses concessions, ce qui est tout à fait le contraire d’une médiation. Dans une médiation, on ne peut pas faire l’économie de la narration et des besoins, c’est grâce à ces étapes que les parties sont capables de construire un accord ». Si le médiateur/la médiatrice est agréé·e, l’accord conclu est homologable. S’il est homologué, l’accord a le même poids qu’un jugement.
    Au niveau budget, il faut compter aux alentours de 150€ la séance à répartir entre les deux parties.
     
  • Parents & Co’M
    L’association Parents & Co’M a pour objectif d’outiller les parents pour qu’ils communiquent mieux entre eux. À cette fin, elle organise des cycles de trois ateliers : le choc de la séparation, le vécu des enfants, la recomposition familiale. Organisés en petits groupes, ils offrent l’avantage de ne pas compter dans leurs rangs l’autre parent. Qu’en retirent les participant·es ? Une capacité renforcée à décoder et exprimer leurs émotions et besoins, à cerner l’impact d’un choix sur l’enfant et à construire un mode de communication sur mesure en fonction de leur situation.
    « On a pensé nos ateliers comme un outil de prévention, mais force est de constater que les parents qui participent sont souvent poussés dans le dos par un service d’aide à la jeunesse ou un·e juge. Ils viennent avec des pieds de plomb, mais repartent ravis », résume Véronique Schellekens, avocate, médiatrice familiale et coordinatrice de l’asbl.
    Peu importe l’impulsion de départ, ce qui compte, c’est l’impact. « On observe toujours un avant et un après la vidéo du deuxième atelier qui donne la voix à un enfant de parents séparés. Ce témoignage est puissant parce qu’il permet vraiment aux parents de se mettre dans la position de l’enfant, de saisir que ce qui peut sembler anodin à leurs yeux, comme le fait d’échanger un sac de piscine d’une maison à l’autre qui peut être une source de stress terrible pour l’enfant ».
    Comptez 50€ pour le cycle de trois ateliers. Les dates et lieux des prochains cycles sont à retrouver sur parentsandcom.be. Pour toutes autres infos : 0474/04 92 46 - contact@parentsandcom.be
BON À SAVOIR ► La Ligue des familles organise des ateliers des parents en ligne sur le thème de la séparation. Infos et inscription ici

VÉCU

Parmi les témoignages reçus, deux se sont démarqués par leur envie de partager un retour positif avec d’autres parents. Pour clôturer sur une note d’espoir, on vous les livre.

► Mireille, maman de quatre enfants, a mis en place des filets de sécurité

Mireille se sépare dans la douleur il y a dix ans. Sur ses quatre enfants, trois décompensent psychologiquement.
« Je me suis retrouvée dans un service de violences faites aux femmes sans trop comprendre pourquoi on m’envoyait là. C’est en discutant avec la psychologue que j’ai compris que, même séparée, j’étais sous l’emprise de mon ex-mari. Tout comme mes enfants.
Grâce à cette prise de conscience, j’ai pu mettre en place des filets de sécurité psychologiques pour nous tous. Même avec des moyens financiers limités, c’est possible. J’ai fait appel aux services de santé mentale, aux équipes mobiles, à un service d’accrochage scolaire (SAS).
J’ai aussi fait la demande au tribunal qu’on se retrouve une fois par mois tous ensemble pour discuter de tout ce qui concernait les enfants. Ce système de prise de décision collective a été acté dans le jugement. Mes enfants ont pris conscience du rapport de force imprimé par mon ex-mari et leur présence a rééquilibré la dynamique. Quand on n’arrivait pas à se mettre d’accord, le fait que chaque membre dispose d’une voix faisait pencher la balance.
L’inscription en internat des deux plus jeunes a aussi été très salutaire. Cet éloignement les a extraits du conflit. Ils y ont pris leurs marques et déployé leurs ailes. Alors que ma fille n’osait pas aller chercher du pain seule, elle a fait l’an dernier un tournoi d’éloquence. Quelle victoire !
J’ai envie de passer un message d’espoir. Que les parents ne se désespèrent pas. Qu’ils osent parler de leurs difficultés et solliciter de l’aide auprès de leurs proches ou des services psychologiques. »

► Prince Ali, papa de deux garçons, a décidé de mettre son ego de côté

« La séparation est une déflagration. Se séparer de ses enfants la moitié du temps, c’est extrêmement douloureux. J’ai décidé de faire de la semaine où ils sont chez moi une fête, de vivre des moments qui nous nourriraient l’autre semaine.
Je refuse de prendre mes enfants en otages d’une séparation qui ne les concerne pas. Dans notre famille, l’intérêt du groupe prime sur l’intérêt individuel. Si je gère bien mon ego d’homme blessé par la séparation ou la mauvaise communication avec la maman, alors tout ira bien pour mes enfants. Ils sont encore en construction, il faut les épargner à tout prix. Je refuse de rentrer dans le conflit ou de l’alimenter. Si l’école transmet des matières, en tant que parents, on leur transmet des valeurs pour une vie entière. »

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