Développement de l'enfant

Trop peur d’aller dormir…

Peur d'aller au lit

Vers 7-8 ans, les difficultés d'endormissement sont fréquentes chez les enfants, tant chez les filles que chez les garçons. Ils ne sont pas rassurés le soir, ont peur qu'il arrive quelque chose à leurs parents : un accident, un problème de voiture… Ils craignent les voleurs, les agresseurs… Ils demandent qu'on laisse la porte de leur chambre ouverte et veulent entendre les parents.

Depuis quelques semaines, Gilles a de réels problèmes pour aller se coucher. Il se relève dix fois sous n'importe quel prétexte, pose mille questions sur les projets de soirée de ses parents et, finalement, ne s'endort que beaucoup trop tard. Faut-il se fâcher ? Rester près de lui pour qu'il s'endorme ? Ni la manière forte, ni la manière douce ne fonctionnent. Les parents n'ont plus de soirée à eux.
À cet âge, les enfants découvrent le plaisir d'apprendre, se passionnent pour des tas de choses : la nature, le bricolage, les sciences, les Lego ou les cabanes dans les bois. Ils sont curieux de tout et donc aussi de la vie intime des parents.
Souvent ils se demandent : « Que se passe-t-il donc le soir quand nous sommes couchés ? Papa et maman ont tellement l'air de tenir à leur soirée ! ». Cette curiosité les fascine autant qu'elle leur fait peur. Ils ont envie de savoir et, en même temps, ils perçoivent l'irritation des parents.

Enfant et sommeil, difficulté à dormir

Face aux petites et grosses bêtises…

Ils ont compris qu'ils ne se marieront pas avec maman ou avec papa. Ils ont accepté qu'il y a des règles à respecter pour bien vivre ensemble et que ce ne sont pas eux qui les décident. Mais le revers de la médaille, c'est qu'apparaît aussi la culpabilité.
S’il y a des règles et si on ne les respecte pas, on risque bien d'être exclu, de ne plus être aimé. Alors, les bêtises de la journée encombrent la tête : le coup d'œil sur la feuille du voisin, le biscuit de trop pris dans l'armoire, le coup de pied sournois au frère ou à la sœur...
Tout cela, dans le noir de la nuit, prend des proportions un peu trop importantes. Ces enfants ont peur de la punition, et cette peur, ils la projettent sur les voleurs qui pourraient les enlever, leur faire mille choses terribles et, surtout, les priver de leurs parents. C'est une manière de garder une bonne image de la relation avec papa et maman. Tout comme les plus petits projettent sur le loup ou les ogres la mauvaise part d'eux-mêmes ou celle de leurs parents. C'est en effet plus rassurant : être fâché ne fait pas bon ménage avec aimer !
Jadis, il y avait la menace de l'enfer pour les grosses fautes et du purgatoire pour les plus petites. Les faits divers d'enlèvements, de rapts et les autres nouvelles sordides offrent aux enfants un choix de punitions possibles, de menaces en tout genre qui peuvent servir de punitions symboliques.

À lire : tous nos articles sur le sommeil

Les événements familiaux peuvent réactiver les angoisses de séparation que nous avons tous vécues quand nous étions petits

Divorce, déménagement…

Les événements familiaux peuvent, eux aussi, entraîner des difficultés au moment du coucher et rendre les séparations douloureuses : décès, déménagement, changement d'école, divorce dans la famille… Ils réactivent les angoisses de séparation que nous avons tous vécues quand nous étions petits.
Le moment du coucher reste un moment fragile : il faut quitter la vie, fermer les yeux, plonger dans le noir pour s'endormir et perdre le contrôle. Dieu sait ce qui se passera pendant ces longues heures où les parents seront absents. « Comment vais-je me réveiller ? Les choses auront-elles changé ? Papa et maman seront-ils toujours là pour m'aimer ? »
Pour les aider, il n'y a malheureusement pas de recette miracle. C'est un peu à chacun de trouver ce qui va aider son enfant au mieux. Pour certains, ce sera un petit rituel tout simple, pour d'autres la lecture ou encore le simple fait de s'endormir la porte ouverte.

EN PRATIQUE

Pour bien dormir

  • Les écouter, tout d'abord : leur permettre de raconter leurs peurs, même si nous trouvons ces peurs ridicules, répondre à leurs questions sur la vie, la mort, l'amour et l'amitié... car le coucher est souvent un moment d'échanges parfois très philosophiques.
  • Ensuite, les rassurer sur la réalité, la sécurité de la maison : la porte de la maison est bien fermée à clé. Si cela les aide, la porte de leur chambre peut rester ouverte. Et pourquoi ne pas installer une veilleuse dans la chambre ?
  • Il faut aussi les aider à trouver les moyens de se protéger par rapport à leur peur. Par exemple, la peur des voleurs d'enfants : on peut, sur un mode très ludique bien entendu, trouver mille moyens d'être plus fort, du plus comique au plus sérieux. Une petite fille avait ainsi imaginé toute une série de défenses possibles : un coussin qu'elle pourrait envoyer à la tête du voleur, un seau d'eau au-dessus de la porte, un klaxon tonitruant pour appeler les parents… Cette manière légère d'aborder leur peur leur permettra de la mettre un peu à distance. On peut rire de la peur des enfants, mais pas d'eux car ils sont fragiles.
  • Et puis, il faut leur dire très fermement qu'on leur fait confiance, qu'on sait qu'ils sont capables de s'endormir tout seuls, qu'ils ont sûrement plein de bonnes idées pour y arriver. Leur dire aussi que les parents ont besoin de ce moment entre adultes et qu'il n'est pas question de laisser les enfants l'envahir.

À LIRE

Pour les enfants :

  • Mademoiselle Caféine, de Didier Lévy, illustrations de Gilles Rapaport (l'École des loisirs) ;
  • Je ne dors jamais, d'Éric Guillotte (Thierry Magnier) ;
  • Le cauchemar qui voulait devenir pianiste, Nathalie Kuperman (l'École des loisirs) ;
  • Le dimanche de Rita et Machin, de Jean-Philippe Arrou-Vignod, iIllustré par Olivier Tallec (Gallimard Jeunesse) ;
  • Le sommeil Esquimau, d'Aurélie Capobianco, illustrations de Xu Hualing (Le buveur d'encre).

Pour les parents :

  • Peur du loup, peur de tout, de Béatrice Copper-Royer (Albin Michel) ;
  • Peur du noir, monstres et cauchemars - Comment rassurer votre enfant ?, de Françoise Devillers et Lyliane Nemet-Pier (Albin Michel) ;
  • Le sommeil de l'enfant, de Marie-Josèphe Challamel (Masson).