Santé et bien-être

« Une courbe de croissance, c’est comme un thermomètre »

À quoi servent les courbes de croissance ?

Le suivi préventif des courbes de croissance commence avant la naissance. À quoi servent-elles ? Quelle importance leur accorder ? Reportage dans une consultation ONE.

Laissons dehors le gris et la pluie de ce début d’après-midi pour passer la porte du 68 de la rue de Mons, à Braine-le-Comte. C’est ici, à la consultation ONE, que quarante à cinquante enfants viennent chaque semaine se faire peser et mesurer par une volontaire, puis examiner par une pédiatre. Un suivi de proximité, préventif et gratuit, destiné aux enfants de 0 à 7 ans.
Aujourd’hui, c’est Thérèse, volontaire depuis dix-huit ans, qui les accueille dans la petite pièce située à droite de l’entrée, équipée de tables à langer, d’une balance électronique et d’une toise en bois. Posée à plat sur une table, cette toise est conçue pour mesurer les bébés et les enfants jusqu’à 2 ans en position couchée. Un moment que les tout-petits apprécient rarement, puisqu’il implique de leur étendre les jambes et de les maintenir quelques instants. Heureusement pour eux, cela s’arrange en grandissant, comme en témoigne la mine détendue de la petite fille de 21 mois qui quitte à l’instant la pièce avec son papa.

Taille et poids sont indissociables

Ses différents paramètres ont été consignés dans son carnet de santé, dont les dernières pages contiennent des graphiques à l’allure savante : les courbes de croissance. Celles-ci se retrouvent également en version informatisée dans le dossier médical et sont de plusieurs types : courbes de taille, de poids, de périmètre crânien (tour de tête) et d’indice de masse corporelle (IMC ou BMI en anglais). Ces données sont indissociables, précise Jacques Lombet, conseiller pédiatre à l’ONE : « Si vous prenez la taille sans le poids ni le périmètre crânien, vous n'avez pas une vue globale de l'enfant. Dans les premiers mois, c’est plutôt le poids qui va attirer l’attention, même s’il faut bien sûr garder à l’esprit la taille ».
Ces courbes fonctionnent « comme un thermomètre », continue-t-il : « Vous pouvez avoir 36,5°C et être très malade, comme vous pouvez avoir 39°C et une simple grippe. Une cassure de la courbe est un signal d’alerte, mais elle ne suffit pas à poser un diagnostic. L'idée, c'est d'attirer l'attention d'un professionnel de santé sur un problème potentiel ». Et de préciser qu’il s’agit d’un outil de suivi dynamique : « Ce qui est important, c’est d’observer son évolution dans le temps ».

Des moyennes toutes relatives

Voir son enfant situé visuellement par rapport à une moyenne d’enfants du même âge et du même sexe, et savoir que sa trajectoire de croissance correspond à tel ou tel petit ou grand « percentile », peut faire un drôle d’effet. Mais l’objectif des courbes n’est pas de comparer les enfants entre eux, assure Jacques Lombet. Qui ajoute que les moyennes utilisées sont d’ailleurs assez relatives.
« Il n’y a pas de courbe universelle standard. Les Français ont les leurs, les Flamands ont les leurs. En Belgique francophone, on n’en a pas. Nos carnets de santé reprennent les courbes de l’OMS, basées sur un échantillon d’enfants du monde entier. Quand on veut évaluer la croissance d’un enfant, il faut donc garder le même set de référence, ou tout retracer. »
« On dit toujours d’un enfant qu’il suit ‘sa’ courbe, confirment Céline Provis et Aurore Pletinckx, partenaires enfants-parents (PEP’S) de l’ONE à Braine-le-Comte. Chaque enfant est différent, faire des généralités n’est jamais une bonne chose ». Leur rôle étant préventif, les équipes de l’ONE s’attachent à suivre l’évolution des enfants et les orientent si nécessaire, en partant autant que possible de ce qu’amènent les parents. « La plupart sont demandeurs de ce suivi, poursuivent-elles. Pour eux, c’est un des indicateurs principaux de la bonne santé de leur enfant. Et pour nous, c’est aussi une belle porte d’entrée pour aborder d’autres questions ».

« Avec l’allaitement, je ne sais pas ce qu’elle prend. Je me mets un peu la pression. C’est peut-être parce que c’est le premier… »
Une maman dans la salle d’attente de l’ONE, avec sa petite de 2 mois qui dort à poings fermés dans sa poussette

Globalement, les courbes rassurent les parents, constate Mélissa Desantoine, qui coordonne l’équipe de la consultation. Car l’inquiétude de cette maman est assez courante : « Quand, dans les premiers jours ou les premières semaines, l’enfant ne rattrape pas son poids de naissance aussi vite qu’espéré, ça peut être source de stress pour les parents. Dans ce cas, notre rôle va être de rassurer, de soutenir, d’évaluer si la situation est inquiétante ou pas ». Ce besoin est également lié à une société très portée sur le contrôle, analyse-t-elle : « Le fait d’allaiter sans avoir aucun contrôle, de devoir lâcher prise, est quelque chose de compliqué pour de nombreuses mamans ».

Enregistrement de la courbe de croissance sur le carnet de santé

En âge scolaire, au moins une visite par an

Passées les premières années, le suivi préventif va s’espacer. La fréquentation des consultations ONE diminue généralement lors de l’entrée en crèche, lorsque des visites médicales y sont organisées. Ensuite, « quand l’enfant passe de la crèche à l’école, les consultations préventives passent parfois un peu à la trappe, signale Jacques Lombet. Or, il faut garder quand même une certaine surveillance, de la taille notamment ».
La médecine scolaire s’en charge, mais seulement un an sur deux. Si un enfant n’est pas malade, il arrive donc qu’il ne soit pas vu pendant longtemps… Et s’il est malade, la priorité du ou de la médecin n’est pas toujours de le peser ou de le mesurer. « Typiquement, à l'adolescence, on ne consulte plus beaucoup. Donc pour peu que le jeune rate une visite médicale à l’école, par ailleurs obligatoire, il peut être vu juste avant la puberté ou au démarrage de celle-ci. Et puis n’être revu qu’à la fin de sa puberté… ». Son conseil ? Garder au minimum un bilan de santé par an, tout au long de la croissance.

ZOOM

Que penser des applis et outils en ligne ?

De nombreuses applications (et même certains sites commerciaux de célèbres marques de couches ou de laits pour bébé…) proposent aux parents de compléter le poids et la taille de leur bébé pour visualiser ses courbes de croissance. L’équipe de l’ONE de Braine-le-Comte y est régulièrement confrontée. « Je n’émets pas de jugement, explique Aurore Pletinckx. Si les parents ont recours à ces applications, c’est que, quelque part, ça les rassure. Mais en pratique, ils laissent très rapidement tomber, parce que c’est contraignant ».
Le risque est que ces outils les inquiètent inutilement, ajoute Mélissa Desantoine : « Le hic, c’est que cela reste un traitement de données, qui ne sont pas remises dans leur contexte. Il faut donc inviter les parents à garder un esprit critique, surtout lorsqu’ils sont inquiets et que l’application leur envoie des notifications disant ‘Attention à ceci’, ‘Attention à cela’. En cas de doute, il faut toujours demander les conseils d’un·e professionnel·le ».
Autre petit point d’attention : vérifier si les courbes utilisées sont les mêmes que celles du carnet de santé (c’est-à-dire celles de l’OMS, dont la dernière mise à jour date de 2018).

EN SAVOIR +

À quels moments, les visites médicales ?

Qu’elles soient réalisées par l’ONE, par un·e pédiatre ou, plus tard, par la médecine scolaire, les visites de suivi préventif sont recommandées à…

  • 15 jours
  • 1 mois
  • 1 mois et demi
  • 2 mois
  • 3 mois
  • 4 mois
  • 5 mois
  • 6-8 mois
  • 9-10 mois
  • 12-13 mois
  • 14-15 mois
  • 18 mois
  • 2 ans
  • 2 ans et demi
  • 3 ans

Et ensuite, 1 fois par an.

Source : ONE