Loisirs et culture
En BONUS du dossier consacré à la littérature jeunesse dans lequel l’autrice Chloé Perarnau nous parle du genre littéraire préféré des enfants comme ouvroir graphique, voici plusieurs références données par l’autrice dans lesquelles nous avons pioché. Comme le dessin est à l’honneur dans son interview, nous avons décidé de vous présenter cette sélection, non pas par la narration, mais bien par la force graphique… mine de rien.
Pain de Anne Brugni (l’Articho)
L’opus consacré au pain vient compléter la trilogie dans laquelle l’illustratrice s’est d’abord attardée sur les matières. Les différentes tâches d’encre et de peinture y incarnent des textures de pâtisseries, de minéraux ou de paysages, qu’Anne Brugni complète d’éléments graphiques pour plonger le tout dans une narration par l’image. Dans notre article consacré aux innovations graphiques (voir plus bas), Chloé Perarnau invite les parents à s’attarder sur les images quand ils lisent avec leurs enfants. Voilà l’ouvrage idéal pour se prêter à ce type d’exercice.
Les printemps, Adrien Parlange (La Partie)
Les souvenirs sont comme des fenêtres. Et pourquoi ne pas étendre l’allégorie jusqu’à les représenter dans la mise en page, voire dans la fabrication du livre. C’est ce qu’Adrien Parlange a poussé jusqu’au bout, mêlant toutes les fenêtres comme de vraies dimensions qui s’enchevêtrent au fil de la lecture. Jouant alors sur la mise en page, les couleurs, le tout servi par une ligne claire impeccable qui semble laisser la place à cette excellente diablerie picturale. On sait que les enfants vont s’amuser à faire plusieurs bonds dans la linéarité de l’histoire. Et peut-être que les parents aussi.
Et ici, Valentine Laffitte (Versant Sud Jeunesse)
Comme dans ses autres ouvrages, Valentine Laffitte compose ses images depuis du papier découpé comme pour souligner la force et la poésie du monde sauvage qu’elle restitue dans toute sa singulière délicatesse. En refermant ce livre, il n’est pas impossible que les lecteurs et lectrices avides de bricolages se saisissent de plusieurs feuilles de couleur pour composer à leur tour leur propres images, faites de strates… et d’imagination.
Notte Magica, Sarah Cheveau (Fatatra)
Dans son ouvrage, Sarah Cheveau restitue les paysages avec force. Par l’entremise de traits sombres, texturés, massifs. On n’est pas loin de José Parrondeau dans le trait et l’expression réduite à son plus simple appareil. Au fur et à mesure des pages, on traverse un champ visuel cohérent. Comme une plongée cinématographique bucolique. Nous n’avons qu’un rêve en renfermant ce livre, que Sarah Cheveau crée des clips ou un long métrage d’animation. Nous exaucera-t-elle ?
Le nid, Lucie Félix (Les Grandes Personnes)
Une preuve de plus que le livre jeunesse ose tout. Ce nid de Lucie Félix au graphisme épuré, hyper efficace et d’une justesse sans pareille est-il un jeu ? Un jouet ? Est-ce aux enfants de s’en saisir pour raconter leurs propres histoires ? Ici, nous sommes en plein dans une lecture à plusieurs sens. Pile dans la thématique du récit graphique. Où le terme « construire une histoire » n’a jamais été aussi bien illustré !
Tudo O'Que quiseres, Madale Namatoso (Paneta Tangerina)
Outre le fait que Chloé Perarnau soit la curatrice de cette page, que les illustrations aient toute en commun d’être magnifiques, il existe un autre point commun à ces ouvrages : celui de donner envie de dessiner. Ici, avec ses jeux de typo et ses dessins dépouillés dignes des affichistes de l’école des Beaux-arts en 68, Madale Namasoto incite à se mettre à son tour à reproduire ses propres visages, ses propres arbres, ses propres fleurs. Et puis, il s’y murmure quelque chose d’autre : une vie tout en dessin est forcément une vie plus douce et plus fantasque. Soufflons-le aux dirigeant·es du monde entier, tiens.
Le Chien Cornet, Amelie Fontaine (Hélium)
Il n’y a-t-il pas quelque chose d’allégorique ? Un cornet, vous savez ces objets que les vétérinaires mettent autour de la caboche des toutous, c’est handicapant, pas vrai ? Le représenter par le dessin, ça l’est encore plus, non ? Eh bien, ici, Amélie Fontaine en tire justement une force. L’occasion de jouer des formes géographiques qui vont parcourir tout le récit et servir l’histoire par-dessus le marché. Depuis le temps qu’on vous dit que le handicap est une force.
La colonie de vacances, Fanny Dreyer (Albin Michel)
L’évocation de la « colo » comme disent les jeunes né·es avant les années 80, c’est forcément teinté d’un charme désuet et suranné. Ce livre, par son approche picturale, ne manque pas d’appâts vintage. Les montagnes, les bus, les lits… même la végétation fleure bon les colonies de vacances à l’ancienne. Les bandes, les déambulations, les représentations kitsch d’urbain·es face à la nature. Mais ne vous méprenez pas, il s’agit bel et bien d’un parti pris graphique qui rend la lecture savoureuse. Un peu comme un voyage dans le temps que l’on rêverait parfois d’accomplir.
Avec trois brins de laine, on peut refaire le monde, Yara Kono (Les éléphants)
Nous vous conseillons vivement de regarder ce qui se passe du côté du Portugal. Avis aux amateurs, amatrices de Jochen Gerner, il existe tout une école de dessinateurs et dessinatrices qui surfent sur cette vague d’illustrations rétro-modernes. On pense à Bernardo Carvalho, Catarina Sobral, Madale Namatoso que l’on a cité plus haut. Yara Kono, depuis son Brésil natal, rejoint vite l’écurie Planeta Tangerina. Elle utilise les mêmes ingrédients de ses confrères et consœurs locaux : des histoires et un traitement graphique hors des sentiers battus.
Le cas canard, Vincent Mathy (La partie)
Pourquoi faire compliqué quand on peut user de la simplicité graphique imparable à la Vincent Mathy. On suit son canard, fait de formes évidentes. On tourne les pages au fur et à mesure du récit en se demandant avec avidité quelle ingéniosité nous attend au tournant.
Immeubles, signalétique, rideaux, majorettes… tout est représenté avec bon sens et créativité débridée. Le cas canard ? C’est canon oserions-nous cabotiner…
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