Développement de l'enfant

À quel âge peut-on laisser son enfant seul ?

Mon enfant est-il prêt à rester seul, sans surveillance à la maison

Timothée, 11 ans dans trois mois, n’a aucune envie de vous accompagner faire cette « petite course » que vous essayez de lui vendre à coup de « Allez, viens, on en a pour cinq minutes ! ». Plongé dans sa BD, il lève à peine les yeux et lâche : « Vas-y toi, je t’attends ici ». Passé le moment de surprise, vous vous dites : « Et s’il avait raison ? S’il était assez grand pour rester seul à la maison ? ».

Amener son enfant vers une plus grande autonomie, n’est-ce pas le principe même de l’éducation ? Mais ce qui relève d’un choix pour certains parents peut être une obligation pour d’autres. Ainsi, Anne, maman solo d’un bonhomme de 9 ans, aurait préféré attendre.
« Je suis infirmière et travaille en horaire décalé. Une semaine sur deux, je bosse jusqu’à 20h et ne peux récupérer Mathéo à l’école. Impossible de payer une baby-sitter, mon salaire me permet à peine de boucler les fins de mois. Depuis un an, il rentre seul à la maison et attend sagement mon retour. Évidemment, au début, je n’avais pas l’esprit tranquille, mais je n’ai pas eu le choix. »

Enfant seul à la maison qui fait ses devoirs

Que dit la loi ?

Choix ou pas, Anne est-elle en infraction au regard de la loi ? « Il n’y a pas d’âge minimum légal auquel un enfant peut être laissé seul à la maison. Ce n’est pas une infraction pénale. Cela relève du droit de chacun de connaître son enfant et de juger l’âge auquel il peut assumer cette responsabilité », commente Marie-France Saudoyez, avocate spécialisée en droit de la famille.
« La loi belge reprend deux seuils : l’âge de la majorité à 18 ans et l’âge du discernement à 12 ans. Mais celui-ci peut varier d’un enfant à l’autre et est laissé à l’appréciation du juge. »
Quoi qu’il en soit, le parent est pénalement responsable du mineur. Si ce dernier blesse quelqu’un, par exemple s’il fait tomber un objet sur la tête d’un passant, la responsabilité incombe au parent. Mais c’est valable, qu’il soit présent ou moment des faits ou pas. Si la loi n’interdit pas de laisser son enfant seul à la maison, il est évident que cette décision doit être prise en tenant compte de l’enfant et de sa maturité.

Capacité à s’occuper seul·e, sens de l’organisation et évaluation des risques encourus... pour savoir si c’est le bon moment, posez-lui la question

Prêt·e à rester seul·e ?

Finalement, la question à se poser est davantage : « Mon enfant est-il prêt à rester seul, sans surveillance ? ». Avant 7-8 ans, la réponse est non, car il n’a pas la notion du danger. Ensuite, tout dépend de son caractère et de son degré d’autonomie. Et de vous aussi !
Si vous êtes un parent-poule, il y a de fortes chances pour qu’il ait plus de mal à vous lâcher, ne fût-ce qu’une demi-heure. Si vous êtes inquiet à l’idée de le laisser sans surveillance, il se peut que vous lui transmettiez vos angoisses.
Importent aussi sa capacité à s’occuper seul, son sens de l’organisation et son évaluation des risques encourus. En bref, pour savoir si c’est le bon moment, posez-lui la question. Assurez-vous qu’il ne vous réponde pas oui juste pour vous faire plaisir et qu’il est détendu par rapport au fait de se retrouver en tête à tête avec lui-même. Certains enfants savent, tout petits, se passer de compagnie, jouer dans leur coin, en solitaire. Ceux-là pourront plus facilement se passer de votre présence. D’autres, à l’imagination débordantes, s’imagineront le pire scénario au moindre bruit. Il vous faudra alors être prudent pour que cette expérience ne soit pas traumatisante pour lui.

Préparez le terrain

Enfin, comme tout apprentissage, faites les choses progressivement. Commencez par le laisser seul quelques minutes, puis quelques heures, d’abord en journée. Expliquez-lui toujours où vous allez et comment il peut vous joindre en cas de pépin. À votre retour, félicitez-le mais sans excès, qu’il ne s’imagine pas que rester seul en votre absence est un exploit, donc synonyme de grands dangers potentiels.
S’il est en larmes quand vous le retrouvez, demandez-lui de vous raconter ce qui l’a effrayé et rassurez-le sur la source de ses craintes. Enfin, pour évaluer son sens de la sécurité, interrogez-le sur la réaction qu’il aurait face à telle ou telle catastrophe (Que ferais-tu si...?). Passez en revue avec lui les situations qui pourraient se présenter en votre absence afin qu’il ne soit pas désarmé face à un événement qui sortirait de l’ordinaire.
Avant de rayer définitivement la baby-sitter de votre carnet d’adresses, attendez que votre enfant soit rodé à vos absences la journée. Car la nuit, les repères changent et les choses deviennent plus inquiétantes. Avant de passer à cette deuxième étape, recommencez le même parcours d’apprentissage : prévoyez des sorties courtes et pas trop éloignées, soyez joignables, etc.

Grand frère qui garde sa soeur à la maison

LA QUESTION

Un enfant de 9-10 ans peut-il garder sa petite sœur en l’absence de l’adulte ?

Tout dépend de l’âge et du caractère de la petite sœur. Si c’est une véritable terreur, qu’elle fait des crises inconsolables, mieux vaut peut-être ne pas tenter le diable ! Quoi qu’il en soit, c’est une grande responsabilité, accordée à l’aîné. Est-il est prêt à en assumer la tâche ? En mesure-t-il l’ampleur ? Autant de questions à se poser avant de lui faire baby-sitter frère ou sœur !

BON À SAVOIR

Les précautions à prendre…

  • Prévoyez ce dont il peut avoir besoin : boissons, nourritures, jeux. Ça lui évitera d’escalader les armoires et de prendre des risques inutiles.
  • Fermez les pièces dangereuses comme la salle de bain, le garage, l’atelier et sécurisez les fenêtres si nécessaire.
  • Prévoyez une personne de confiance à proximité ; le cas échéant, apprenez-lui à composer le numéro à appeler en cas de soucis.
  • Posez les interdits : ne laisser entrer personne, ne pas sortir de la maison, ne pas ouvrir la porte ou la fenêtre, etc.