Développement de l'enfant
Est-ce que bébé peut devenir végétarien ? Certaines familles qui ont décidé de bannir la viande de leurs assiettes se posent la question lorsqu’elles accueillent un petit nouveau ou une petite nouvelle dans la tribu. Entre éthique revendiquée et risques de carences, on fait le point.
« Je ne cuisinerai pas de viande chez moi, ce serait contraire à mon éthique ». Position radicale d’une maman sur son blog où elle partage ses bons plans et les enseignements de sa vie quotidienne. Elle s’explique, affirmant que ce choix a été posé avant tout pour des questions de respect du bien-être animal. Pas pour la planète, ni pour la santé, « même si c’est important » précise-t-elle.
C’est un choix. Personnel. Mais qui a des conséquences sur l’alimentation de son bambin de 7 mois. Si la viande est bannie de la cuisine, elle l’est aussi, a priori, de la panade de bébé. « On me dira peut-être que je devrais laisser choisir mon enfant. Pour moi, ce n’est pas non plus laisser choisir son enfant que de lui donner de la viande. (…) Je trouve bien plus violent d’obliger un enfant à manger de la viande que de ne pas lui en donner, sachant qu’il n’en a pas besoin ».
Cette dernière petite phrase pose question, est-ce que vraiment les tout-petits n’ont pas besoin de viande dans leur alimentation ? N’y a-t-il pas des risques de carences ? Et si oui, comment y remédier ? Pour y voir plus clair nous avons contacté Amal Alaoui, diététicienne pédiatrique à l’ONE.
Végétarien, végétalien, etc., quelle différence ?
D’emblée, Amal Alaoui relève un point essentiel. « Il y a différents types de végétarisme. Plus celui-ci est restrictif, plus il y a un risque d’avoir des carences nutritionnelles ». On vous propose ci-dessous un petit glossaire simplifié pour vous y retrouver ou vous situer. Mais sachez que lorsqu’on approfondit le vocabulaire des régimes végétariens ou semi-végétariens, on est confronté au très courant ovo-lacto-végétarisme (des œufs, des produits laitiers, mais pas de viande), mais aussi au fruitarisme (régime composé principalement de fruits crus) et même, de façon très anecdotique, au kangatarian (pas de viande… sauf celle de kangourou). Bref, la palette est large.
La diététicienne de l’ONE met en garde spécifiquement contre les effets du végétalisme qui n’intègre aucun produit d’origine animale. « Le Conseil supérieur de la santé (CSS) a formulé un avis l’année dernière concernant le végétalisme. Il ne le conseille pas chez les nourrissons de 0 à 3 ans. Le végétalisme étant très restrictif, ce n’est pas toujours évident de pallier les manques. Un enfant végétalien qui consomme un ‘lait’ végétal ne profitera pas du lactose présent dans le lait maternel ou animal. Ce glucide est important par rapport à l’absorption du calcium, au développement cérébral, à la flore intestinale. À ce titre, on ne peut donc pas encourager le végétalisme chez les petits. Certaines carences nutritionnelles peuvent avoir des conséquences graves, voire irréversibles dans son développement ».
L’avis du CSS évoqué par Amal Alaoui est en effet très clair à ce sujet. Il se justifie ainsi : « Le risque de carence en cas de végétarisme augmente lorsque la consommation du substitut approprié de lait maternel diminue. Ce risque est encore plus grand lorsque l’alimentation est exclusivement composée de végétaux ». Quoi qu’il en soit, tout type de régime végétarien demande un bon suivi de l’enfant, plus que chez l’adulte. Singulièrement durant les trois premières années.
De la naissance à 1 an
À la naissance, les familles végétaliennes peuvent être confrontées au choix d’un substitut au lait maternel. Pour elles, pas question de s’orienter vers des préparations pour nourrissons à base de lait de vache ou de chèvre comme le font des végétariens moins restrictifs.
« Il n’y a plus de préparation à base de soja, les produits proposés sont aujourd’hui basés sur des protéines hydrolysées de riz. C’est important de consulter un diététicien ou un médecin qui puisse guider vers les bons produits. Certains de ceux-ci sont disponibles en pharmacie parce qu’au départ, ils sont destinés aux nourrissons allergiques à la protéine de lait. Certains sont plutôt vendus en magasin bio. »
Si les mamans végétaliennes allaitent, elles doivent aussi être vigilantes. « Le lait d’une maman au régime moins restrictif est stable. Par contre, si la maman est végétalienne et qu’elle ne consomme pas de compléments alimentaires en vitamine B12, le lait maternel peut être carencé. Tous les végétaliens doivent prendre des compléments en vitamine B12. On en trouve dans les pharmacies, par exemple en préparation magistrale. Cette vitamine B12 est importante pour le développement du cerveau du nourrisson. »
Tout au long de notre discussion, Amal Alaoui insiste sur un point, il est important d’aller chercher du conseil du côté d’un tandem formé d’un·e médecin et d’un·e diététicien·ne.
Ce tandem, par exemple, est à même de déterminer le choix du lait et la quantité à donner à bébé. C’est essentiel. « Durant la première année de vie, c’est le lait qui amène la majorité des apports nutritionnels du bébé. Même quand il y a une diversification alimentaire. Lorsque celle-ci est bien installée, le nourrisson aura besoin de 600 ml de lait, répartis par exemple en trois biberons. Cela permet de donner des repas de légumes sans viande ni poisson. Ce n’est pas grave, les protéines nécessaires sont amenées par le lait ».
Entre 1 et 3 ans
Au-delà de la première année et jusqu’à la troisième année, il s’agit de continuer à veiller à avoir des substituts au lait maternel ou aux produits laitiers. Conseil de la diététicienne de l’ONE ? « Opter pour un lait de croissance bien choisi, c’est-à-dire sans sucre et sans arôme vanille, car il est enrichi en fer, en vitamines. Pour les végétaliens, il faut continuer les préparations à base de riz. Il existe aussi des substituts de yaourt à base de soja enrichi en calcium, vitamine B12 et, pour bien faire, limité en sucre ».
Si de nombreuses études n’ont pas vraiment identifié de conséquences sanitaires négatives du végétarisme dans le développement de l’enfant, la majorité pointe l’importance d’un accompagnement. C’est qu’il s’agit, encore une fois, de combler d’éventuels manquements dans l’alimentation. Ne consommer que du végétal peut potentiellement créer des déficits, au-delà de ceux déjà épinglés, en zinc, fer, vitamines, oméga 3. Il faut aussi savoir que les aliments d’origine végétale n’ont pas toujours une très bonne qualité de protéines par rapport à la viande.
Pour remédier à ce manque de qualité, Amal Alaoui conseille de faire preuve de créativité en mélangeant légumineuses et céréales. « Cela permet d’améliorer l’apport en protéines. Il faut faire des bonnes associations pour obtenir de bonnes qualités nutritionnelles. L’enfant grandit, son alimentation se diversifie, la quantité de lait diminue. Il faut veiller à la qualité des protéines pour la croissance du bambin ».
En guise de bon exemple, la diététicienne donne celui du chili (sin carne, bien sûr) où s’épousent riz et haricots rouges ou du couscous (toujours sans viande) où se marient semoule et pois chiches. « Il y a deux types de céréales qui ont une très bonne qualité de protéines et qui ne nécessitent pas forcément de combinaisons : le quinoa et le sarrasin ».
ZOOM
La question du riz et du soja
Le soja et le riz s’imposent rapidement à l’esprit lorsque l’on cherche à construire des menus végétariens. Mais dans les deux cas, l’ONE attire l’attention sur des particularités sanitaires.
- Le soja : « Il faut jouer la carte de la prévention. Même s’il n’a pas été prouvé qu’il y avait des effets néfastes sur l’être humain (au contraire des rats), le soja contient des isoflavones qui sont des perturbateurs endocriniens. Il faut garder en tête que ceux-ci sont déjà nombreux dans notre environnement. S’il fallait émettre un principe général, ce serait d’éviter les perturbateurs endocriniens qui sont… évitables. Par rapport au soja, il est donc conseillé de limiter sa consommation à un produit par jour ».
- Le riz : « Je déconseille aussi les boissons de riz par rapport aux autres boissons végétales. Le problème, là, c’est la présence d’arsenic inorganique. Concernant, les préparations pour nourrissons, pas de souci, elles répondent à des normes très strictes. Mais ce n’est pas le cas des boissons classiques ».
Conclusion d’Amal Alaoui : « Éviter le riz, limiter le soja, varier les produits ».
EN SAVOIR +
Une vidéo et un livre
► Une vidéo : Air de famille : enfants végétariens ?, une capsule publiée le mois dernier par l'ONE.
► Un livre : Les végétarismes chez l'enfant, l'adolescent, la femme enceinte et allaitante, par Céline Lefebvre et Charlotte Nicolas (EME Éditions). Ce livre sorti l’année dernière aborde, notamment, le végétarisme à hauteur de bébé.
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