Loisirs et culture
« À toi qui as ce livre entre les mains, ne le brusque pas ». C’est par cette délicate et tendre épigraphe que démarre Toute une vie à chercher (Éditions de l’Olivier), le deuxième roman du musicien, écrivain, dramaturge et poète anglais Kae Tempest. Et de la délicatesse et de la tendresse, le personnage central n’en aura eu que peu dans son enfance. De quoi l’entrainer vers les addictions et la violence dans le monde dur et désespérant de la petite ville côtière d’Edgecliff qui n’accepte pas ce qui est hors des normes habituelles, comme les questionnements sur l’identité sexuelle.
À travers une histoire de famille pleine de manques, d’une histoire d’amour remplie de révélations, de rencontres qui donnent la force d’affronter le quotidien, Kae Tempest retrace la vie de Rothko, la trentaine, sortant de prison après quinze ans. Avec son écriture fluide, musicale et lumineuse, ses formules qui vont droit au cœur et au cerveau, l’écrivain anglais arrive à faire cohabiter des atmosphères sombres, parfois glauques, avec des messages positifs autour de la transidentité, de la culture queer, de l’écoute de ses désirs, de la question du temps et de sa relativité.
Amoureux des gens, Kae Tempest laisse une immense place à l’humanité de chacun des personnages qui gravitent autour de Rothko. D’Ezra à Meg, ses parents, en passant par Fletcher, son phare dans sa vie d’adulte, ou encore Dionne et Sean, son amour de jeunesse et son meilleur ami de l’adolescence, avec leurs qualités, mais aussi – voire surtout – leurs défauts et leurs failles, tou·tes apportent à leur tour cette étincelle qui redonne de l’élan à la flamme de la vie.
Toute une vie à chercher est un roman sur ce qui subsiste de l’enfant dans l’adulte qu’on devient, sur ce qui se passe dans certains interstices du temps et sur le fait de ne pas juger ou définir les gens par ce qu’il leur est arrivé dans leurs jours les plus sombres. Avec, en fil rouge final, l’essentielle idée du pardon et de la réconciliation avec les autres… et surtout avec soi-même.
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