Développement de l'enfant
Séverine Duchenne, psy, animatrice et co-coordinatrice du Centre de planning familial et de consultations familiales et conjugales Infor Famille Brabant wallon, nous explique comment la question des câlins est abordée dans les écoles, via les animations et la façon dont elle collabore avec les parents.
De l’Évras, éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle, vous avez certainement entendu le son « S ». Essentiel, mais qui occupe pas mal le champ médiatique. Nous lui avons d’ailleurs consacré tout un dossier, important à rappeler à l’heure où les attaques des détracteurs et détractrices refont surface. Par-delà les polémiques, voyons avec Séverine Duchenne comment on parle câlins à l’école, plus spécifiquement dans ces animations. Quels exercices sont menés pour en expliquer les limites et donc bâtir les fondations de l’éducation au consentement ?
Séverine Duchenne : « Dès la 3e maternelle, une fois que les émotions ont été approchées en classe, on aborde les câlins par le prisme de ‘bulles’, qu’on illustre avec différents outils. Une balle en mousse que les élèves se passent eux-mêmes, elles-mêmes, par exemple. On la passe sur le corps. ‘Tu es d’accord ? Pas d’accord ? Est-ce que c’est agréable, est-ce que c’est gênant ?’. On illustre le tout par différentes expressions de visage. L’institutrice ou l’instituteur est généralement présent·e pour poursuivre la discussion en classe. On travaille également avec des cerceaux. L’idée, c’est que les élèves prennent justement conscience de ce qu’est leur ‘bulle’. On n’y entre pas comme ça. On leur fait mesurer par différents exercices à quel point il est important de donner son accord. Non, n’importe qui ne peut pas faire de câlins comme ça, sans demander au préalable. »
Quelle est votre approche vis-à-vis des élèves ?
S. D. : « On part de leur réalité. On essaie d’être toujours très concret. Par exemple, les enfants ont souvent l’habitude de rentrer en classe en faisant au choix check, câlin ou bisou. Ils répètent leur manière de faire avec nous en se disant que c’est comme ça qu’on fait avec tous les adultes en classe. Mais, nous, on ne leur fait pas de câlins quand on ne les connaît pas. On leur explique pourquoi on ne se dit pas bonjour comme ça. Ce qui permet d’aborder le principe de juste distance. C’est sujet à pas mal de discussions. Par exemple, sur le fameux petit bisou imposé à tata ou mémé. Ils et elles sont souvent persuadé·es d’être obligé·es de le faire par politesse. Je leur réponds que la politesse, c’est de dire bonjour. Pas de se forcer à faire un câlin ou de faire un bisou quand on n’en a pas envie… Ce qui est fondamental pour la suite de leur développement. »
Ce type d’apprentissage se poursuit en primaire ?
S. D. : « On va plus loin dans la réflexion avec les plus grand·es. On garde cette idée de cerceaux qui symbolisent la sphère intime. On voit comment montrer à ses copains/copines qu’on les aime bien. Comment se respecter soi et respecter l’autre dans son témoignage d’affection. On part, par exemple, de l’affiche d’Élise Gravel Le consentement expliqué aux enfants. On met les différents points qu’elle y aborde en pratique. ‘Tu as le droit d’aimer recevoir des câlins’, mais, surtout, ‘tu as le droit de ne pas aimer’. Ce qui permet d’expliquer que ce n’est pas parce qu’on ne fait pas de câlins à ses parents que ça veut dire qu’on ne les aime pas. Pour cela nous nous sommes inspirés de l’ouvrage Le conte chaud et doux des chaudoudoux de Claude Steiner. À notre tour, nous fabriquons une boîte de chaudoudoux dans laquelle on met plein de choses pour aider un copain ou une copine triste. C’est une façon de dire qu’il existe plein de manières différentes de manifester son amour. »
Est-ce que vous intégrez les parents à tout ce travail ?
S. D. : « Bien sûr. L’objectif, c’est de mettre tout le monde à un même niveau d’information. Chacun mérite d’avoir la bonne info. Parents compris. Souvent ces derniers viennent nous voir pour nous remercier, parce qu’ils ne savent pas comment aborder ces questions ou fixer des limites. L’exemple du bisou à papy-mamy revient souvent. Notre rôle, vis-à-vis de tous ces enjeux, consiste à ouvrir la discussion et à rétablir la communication en famille. Aux familles de faire le reste. On discute aussi avec des parents parce que leur culture comporte certaines règles qui nous permettent de mieux saisir la représentation du rapport au corps et à l’intimité de leur enfant, ce que l’on prendra en compte par la suite. L’idée n’est jamais de nier ou de contrarier qui que ce soit. »
Qu’avez-vous à dire aux parents qui nous lisent et associent l’Évras à un cours d’éducation sexuelle ?
S. D. : « On ne vient pas se substituer au rôle de parent. Jamais. On veut juste être partenaire et soutien. Parfois ces derniers craignent un peu de s’attaquer à ces sujets avec lesquels tout le monde n’est pas forcément à l’aise. Pour reprendre l’idée des câlins, on voit bien que ça renvoie à quelque chose d’intime. Nous, on va au rythme de l’enfant. Sans jamais rien sexualiser. On se base sur le rythme psycho-affectif. Si les parents qui nous lisent ont des questions, des doutes, qu’ils viennent alors nous les partager, qu’ils échangent avec les fédérations, les centres PMS et PSE. Forgez-vous votre propre opinion plutôt que de relayer celle des réseaux sociaux, de certains médias ou autres associations. Il existe un super outil créé par la Fédération des centres de planning pluralistes familial (FCCPF) qui s’appelle Loupiote et qui explique la façon dont se déroule les séances Évras. C’est une bonne première approche pour comprendre.
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