Développement de l'enfant
Il y a peu encore, votre enfant se blottissait contre vous à la moindre petite contrariété, vous sautait dans les bras à la sortie de l’école et réclamait un gros câlin avant de faire dodo. Désormais, c’est du bout des lèvres qu’il vous fait un bisou. Qu’a-t-il pu bien se passer ?
Il y a des enfants qui adorent se faire cajoler, qui en ronronnent quasiment de bonheur! Mais, il y en a d’autres, plus indépendants, qui, très tôt, font comprendre à leurs parents que câlins et bisous les embêtent. « En grandissant, ils acquièrent une confiance en eux qui leur permet de s'autonomiser, et ce justement grâce à l'affection et aux réassurances que les parents auront prodiguées dès la naissance », explique Olivia Surquin, psychologue.
Le besoin d’affection n'est pas vraiment une question d’âge, mais plus de tempérament. Si votre enfant a toujours été assez indépendant, et qu’il préfère largement bouger et être actif qu’être dans vos bras, c’est fort probablement parce que ça fait partie intégrante de sa personnalité. Cela ne veut pas dire qu’il ne ressent pas de l’affection pour vous, mais plutôt que sa sécurité de base est solide. Il est tout simplement satisfait avec vos « Je t’aime » et votre présence.
Les hyper-affectifs ne seraient alors pas en sécurité, eux ? Rassurez-vous, là aussi, ce n’est généralement qu’une question de tempérament.
« L’enfant a besoin de pouvoir demander et venir chercher le câlin au moment où il en a besoin/envie. C’est lui qui décide » Olivia Surquin, psychologue
Bébé a grandi !
Tous les parents désirent transmettre leur affection à leurs enfants, que ce soit en leur disant qu’ils les aiment ou par des marques d’affection physiques. Émus par l’amour que vous vouez à votre tout-petit, vous êtes spontanément poussé à lui faire des caresses. « Le changement de votre bambin est parfois difficile à accepter. Vous devez faire le deuil de votre bébé et accepter qu’il ait grandi », souligne la psychologue.
Si votre enfant refuse votre affection, mieux vaut se retenir de lui imposer des câlins. Il pourrait se braquer. « L’enfant a besoin de pouvoir demander et venir chercher le câlin au moment où il en a besoin ou envie. C’est lui qui décide », poursuit-elle. Il y a heureusement de multiples autres façons de lui montrer que vous l'aimez. Vous pouvez lui consacrer du temps seul à seul pour jouer ou discuter. Les compliments, les félicitations et l’intérêt pour ce qu’il fait pourront aussi remplacer les câlins.
Et vous dans tout ça ?
Vous vivez mal cette période et ressentez un véritable trop-plein d’amour ? Essayez de le déverser sur votre conjoint(e), votre famille ou vos amis ! Les enfants ne peuvent pas remplir tous nos besoins d’affection. En tant que parent, vous devez vous aussi respecter ses besoins, même si ça ne correspond pas à votre idéal de parentalité. L’erreur à éviter ? Le faire se sentir coupable du manque d’affection que vous éprouvez. Cela pourrait créer une distance supplémentaire ou, au contraire, qu’il se sente obligé de se forcer pour vous rassurer et prendre soin de vous.
« Il est essentiel pour un enfant de faire une distinction claire entre ses besoins et ceux des autres, cela fait partie de la construction de sa personnalité, assure Olivia Surquin. C’est l’éducation et l'affection que vous avez données à votre enfant qui lui permettent de devenir autonome... Vous pouvez donc être fiers de ces moments où il affirme son indépendance : cela montre que vous faites bien votre job de parent. »
Dans quels cas faut-il s'inquiéter ?
Si le refus de câlins et d'affection est à la fois soudain, inhabituel ou encore si votre enfant montre des symptômes concomitants d'un quelconque mal-être, il y a peut-être lieu de s’inquiéter. Sans crier au loup, prenez le temps de discuter avec lui afin de déceler d'éventuelles inquiétudes ou angoisses. Celles-ci peuvent être liées à l'école, à la famille, à une difficulté d'adaptation à des changements tels qu'une séparation, un déménagement, un décès, un stress particulier, etc.
Par ailleurs, si vous constatez que votre enfant a pour habitude de ne pas venir chercher du réconfort chez vous malgré des situations où il se sent inquiet, en danger, seul, etc., cela peut être le signe d'un trouble de l'attachement. Il a tendance à ne compter que sur lui-même, à ne pas être touché, même par de grands changements dans le mode de vie ? Il y a alors sans doute lieu de voir un psychologue afin de déceler cet éventuel trouble qui, plus tard, risque de se perpétuer et pourrait également se manifester par des troubles de conduite à l'adolescence.
Enfin, si votre enfant reste excessivement affectueux, il faut veiller à ce que ce ne soit pas le reflet d'une crainte du monde extérieur ou d'une relation trop fusionnelle avec les parents. Dans ce cas-là aussi, n’hésitez pas à prendre conseil auprès d’un spécialiste.
Toutefois, rassurez-vous, les besoins en affection de votre enfant restent réels. Même s’il a envie de partir en explorateur et se détache un petit peu de vous, il y aura toujours des moments où seuls vos bras pourront le consoler. Même l’ado rebelle finit parfois dans les bras de son papa ou de sa maman.
L’AVIS DE LA PSY
Et le bisou sur la bouche ?
Selon la psychologue Olivia Surquin, innocent pour le parent, le baiser sur la bouche peut en revanche être déroutant pour l'enfant. « Dans notre culture, un baiser sur la bouche est lié à une intimité amoureuse, à des rapports adultes sexualisés. Si les parents s'embrassent, c'est parce qu'ils sont amoureux ». Bien sûr, quand un parent fait un bisou sur la bouche de son enfant, il voit cela comme un simple geste d'affection. Mais l'enfant, lui, peut l'interpréter différemment. « Ce n'est pas forcément perturbant à court terme, mais cela peut s’inscrire en lui et le déstabiliser plus tard, au moment où intervient l'Œdipe, par exemple, ou encore s'il constate que d'autres enfants n'ont pas cette habitude-là avec leurs parents ».
Pour la psychologue, le baiser sur la bouche peut créer un flou dans l’esprit de l’enfant : « Quelle est ma place dans la famille ? Plus tard, serai-je l'amoureux de maman ? » sont autant de questions qu’il peut se poser. Or, l'enfant a besoin de codes sociaux clairs, de limites, pour se construire dans un environnement sécurisant. « Le flou, au contraire, peut faire place à l'imagination toujours très fertile des enfants et les amener finalement à beaucoup d'inquiétudes », avance Olivia Surquin.
Bien sûr, ceci est à nuancer selon le sexe du parent et de l'enfant, la personnalité de chacun, le contexte familial… bref, en fonction d'une multitude de facteurs. Malgré tout, pour la psychologue, mieux vaut s'abstenir afin de permettre à l'enfant de grandir dans une famille où chacun a une place claire et lui permettre ainsi de se construire plus sereinement et de comprendre plus rapidement certains de nos codes socio-culturels.
À LIRE
- Tous les câlins du monde, Manuella Monari et Evelyn Daviddi (Rue du Monde/Pas comme les autres). Petit Ours se promène avec Papa Ours et découvre que le monde qui l’entoure est fait d’embrassades, de gestes tendres… À partir de 3 ans.
- Embrasse-moi : petit traité de bisoulogie, Judith Nouvion (La Martinière Jeunesse). Un imagier photo qui montre que les animaux aussi aiment les câlins et les bisous ! À partir de 4 ans.
- La machine à câlins, Scott Campbell (Little Urban). Personne ne peut résister à cette machine à câlins… et surtout pas vous quand vous lirez ce très chouette album à votre enfant. À partir de 4 ans.
DES PARENTS EN PARLENT...
De plein à rien
« Tout petit, Lucas était le roi des câlins, il lui en fallait et il en donnait tout le temps. Ça a continué comme ça jusqu’en 2e primaire. Du jour au lendemain, bing, plus rien ! Impossible d’obtenir le moindre câlin ou d’en donner un. Mais, en contrepartie, il a commencé à poser des mots sur ses émotions, ses ressentis. Et ça, c’est très chouette aussi ! »
Thibaut, papa de Lucas, 9 ans
Pas n’importe qui
« Lili, ma deuxième fille, délivre les câlins de façon restreinte. Maman, papa, une des deux mamys, son parrain, quelques copains-copines, c’est tout. Je crois que ça a de la valeur pour elle, qu’elle dit de cette façon la force du lien. »
Anaïs, maman de Lili, 5 ans, et de Jeanne, 7 ans
Fluctuant
« Chez nous, les câlins, c’est comme la Bourse : fluctuant ! Il y a des périodes où la demande est forte, d’autres où c’est la récession totale. Comment on réagit ? On s’adapte, tout simplement. Et on ne réclame jamais. Comme ça, les un·es et les autres savent qu’on est là pour eux. Je crois que c’est rassurant, non ? »
Lucia, maman de quatre enfants de 5, 7, 13 et 16 ans
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