Loisirs et culture
La varicelle à 11 ans ? Y a pire. Sauf quand elle vous éloigne de votre meilleure amie qui passe subitement dans le camp des filles cools. Horrible. Tiens, plutôt qu’une chronique, et si on interviewait l’héroïne principale pour qu’elle nous parle de son journal intime. C’est vrai, quoi, on interviewe rarement les filles de 11 ans, encore moins quand ce sont des personnages fictifs de littérature jeunesse.
C’est trop grave ce qui s’est passé. Kiwi, 11 ans, est frappée par une vilaine varicelle, obligée de rester confinée – ça faisait longtemps qu’on avait plus écrit ce mot – à la maison pendant que la vie au collège continue. Et comme par hasard, c’est pile à ce moment-là que sa meilleure copsse, Nour, en profite pour intégrer la terrible bande des filles les plus populaires, les Caval’Girls. Laissons la jeune l’héroïne nous raconter ses déboires, la façon dont elle a dépassé ses terribles épreuves et surtout ce que ça fait d’être un personnage fictif primé et traduit en plusieurs langues.
On ne peut pas taire cette affaire de varicelle. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Kiwi Knuttson : « J’ai eu 103 boutons, je les ai comptés, je n’avais que ça à faire et j’ai dû m’absenter pendant deux semaines de l’école. Interminable. »
Et c’est donc là que Nour, avec qui vous partagiez tout, est aspirée par les Caval’Girls ?
K. K. : « Je les déteste. Elles font trop leurs belles. Elles paradent en jean blanc partout. Elles se prennent pour les cheffes. Elles font la loi dans la cour de récré. Mais surtout, elles m’ont volé ma meilleure amie. Qui m’a tourné le dos du jour au lendemain. C’est comme si elles l’avaient capturée, puis lobotomisée. Je ne comprends pas trop ce qu’elles lui ont fait. »
Parlez-nous de votre relation avec Nour, c’était à la vie à la mort avant sa rencontre avec ces « pétasses » ?
K. K. : « Han, vous dites des gros mots. Je ne savais pas que les journalistes employaient ce genre de vocabulaire… Avec Nour, on partageait tout. Je la connaissais par cœur. J’admirais beaucoup de choses chez elle. Je pouvais lui confier des secrets, je savais qu’elle les garderait. Elle faisait du vélo sans les mains, parlait anglais, savait coudre, couper les cheveux… Mais surtout, elle savait être sérieuse quand il le fallait. J’ai l’impression d’avoir perdu une sœur en quelque sorte. »
D’ailleurs vous n’avez pas de frère et sœur ?
K. K. : « Ouep. En suédois, on dit jag är enda barnet. »
Pourquoi on vous compare souvent à Fifi Brindacier ?
K. K. : « Boh, d’abord parce que nous sommes toutes les deux Suédoises, j’imagine. D’ailleurs, son nom est nettement plus classe traduit en français. En suédois, elle s’appelle Pippi Långstrump, ce qui signifie littéralement ‘pipi longues chaussettes’… Mais ça ne répond pas à votre question. Je pense que nous avons en commun d’être libres, indépendantes. Nous remettons en question les rapports de pouvoir entre adultes et enfants - d’ailleurs, je vous félicite pour votre dossier sur l’infantisme -, mais aussi entre filles et garçons. Au tout départ, les premières traductions de romans chez vous sont très mièvres. Les traducteurs français ont gommé tout l’aspect rebelle de Pippi, euh… de Fifi. Alors que moi, je suis badass dans les traductions d’Aude Pasquier. Appelez-moi Kiki Brindacier ! »
Cette trahison de Nour, si on insiste autant dessus, c’est parce que c’est le départ de formidables aventures pour vous ?
K. K. : « À fond. Comme je me sens seule et abandonnée à cause de toutes ces pét… enfin, le mot que vous avez prononcé plus haut, je me rapproche de mes parents. Qui sont vraiment aussi cools que gênants. C’est surtout l’occasion de me rapprocher de ma tante qui a de gros problèmes de santé, de gros problèmes psychiques et qui est hospitalisée. Alors, j’ai décidé d’aller lui rendre visite et de la soutenir en douce. Je me suis aperçue qu’aider les autres, ne pas se concentrer sur ses petites histoires de récré, bah, ça fait drôlement du bien. »
C’est ça que vous diriez à un enfant de votre âge qui lirait ce livre et qui se sentirait un peu seul et incompris ?
K. K. : « Ehhhhhhh, je ne me sens ni seule ni incomprise. Et puis, je n’ai que 11 ans. Je n’ai de leçon à donner à personne. Est-ce que ce n’est pas à ses parents de lui dire que les trahisons, les agissements dont est victime, les pétasses… tout ça, ça se dépasse. On n’est jamais dans une impasse. Jamais condamné·e à la solitude et qu’il y a parfois des copains et des copines qui sont juste sous notre nez et dont on ne soupçonne pas qu’ils peuvent devenir les meilleurs copains, les meilleures copines, même s’ils ne savent pas accrocher des vers sur des hameçons sans vomir… »
C’est une expression suédoise ?
K. K. : « Vous, vous avez lu mon livre en diagonale… »
À LIRE
► Les secrets de Kiwi Knuttson, de Kristina Sigunsdotter, illustrations par Ester Erisksson (Thierry Magnier)