Loisirs et culture

La littérature jeunesse s’expose

La littérature jeunesse sort de plus en plus de ses pages pour investir lieux, murs, salles d’expo

C’est un phénomène qui s’est amplifié ces dernières années. La littérature jeunesse sort de plus en plus de ses pages pour investir lieux, murs, salles d’expo. Elle se montre. Sans complexe. Revendiquant cet « art en soi » qu’elle mérite.

« Je tiens beaucoup à cette notion d'art en soi à qui on ne demande rien, mais qui offre beaucoup ». Lorsqu’elle aborde sa vision de la littérature jeunesse, Muriel Limbosch du Wolf (la maison de la littérature jeunesse à Bruxelles) est intarissable. Depuis plusieurs années, elle s’évertue à la faire vivre pour toucher le plus de monde possible. Pourquoi ? « Parce que, comme toute forme d'art, la littérature est un formidable levier d'épanouissement, de citoyenneté et de démocratie ». L’exposition fait partie de la palette des moyens disponibles pour en faire la promotion.
Au Wolf, l’aventure a débuté en 2009. Première expo ? Celle consacrée à Svjetlan Junakovic, auteur du Grand livre des portraits d’animaux, un album sorti deux ans plus tôt où oiseaux, mammifères, palmipèdes et autres batraciens prennent des poses inspirées des grands peintres de la peinture classique.
« Je voulais marquer le coup. Ces portraits, placés dans de grands cadres dorés, comme de vraies œuvres du Louvre, ça en jetait ! Pour cette première, c’était important pour moi de faire un lien entre l'art plus traditionnel et la littérature jeunesse. Montrer que celle-ci, j’insiste, est un art en soi. »

Cover livre jeunesse Grand livre des portraits d'animaux

Rendre une expo accessible aux enfants

À Liège, dix ans plus tard, un projet de librairie axée autour de l’illustration et de la littérature jeunesse prend la forme d’une Grande Ourse. Il se concrétise en 2020. En même temps que… la crise du covid. « À l’origine, on pensait surtout mettre l'album jeunesse au centre de nos médiations, explique son initiatrice, Claire Nanty. Comme ce n’était plus possible vu les mesures sanitaires, on s’est dit que les expos étaient une bonne option. Même avec deux personnes maximum, on pouvait quand même exposer des originaux, montrer un autre aspect des littératures de jeunesse ». De cette contrainte est né un succès, l’agenda des expositions à la Grande Ourse affiche complet jusqu’en juin 2027.
Au Wolf, également, la première expo en a appelé d’autres. Toutes répertoriées dans les archives sur le site de l’institution, elles frappent par leur diversité. Non seulement en regard du style des artistes, mais aussi de ce qui entoure l’expo. « Pour des enfants, regarder des cadres accrochés aux murs n’est pas forcément enthousiasmant. C’est plutôt un comportement d’adulte habitué aux musées ».
D’où la nécessité d’amener autre chose, de diversifier, d’innover, de mettre du lien autour de l’événement. « Une des dernières expositions a été consacrée à Julia où Julia Akhmedova raconte son histoire, son arrivée à Bruxelles, sa vie au Petit Château pendant sept mois avec sa maman et sa petite sœur. On a mêlé sa démarche à celle d’une autre artiste (Ninon Mazeaud) qui a beaucoup travaillé avec des enfants migrants. L’installation a investi notre bibliothèque, mais aussi le Petit Château. Le tout accompagné d’ateliers. On est parti d'un livre jeunesse et, en même temps, on a attiré l'attention des enfants sur d'autres choses. On a renforcé leur ouverture au monde ».

Au-delà des familles

L’exposition, en tant que fenêtre sur le monde offerte par la littérature jeunesse, n’est pas à destination unique des enfants. Claire Nanty de la Grande Ourse l’évoque lors de notre entretien. Des enfants, des parents viennent, certes, mais aussi des étudiant·es en art, des professionnel·les.
Ce public-là cherche inspiration et partage d’expériences. Pour lui, les ATI (les Ateliers du texte et de l’image) organisent, depuis 2015, des expos spécifiques. Le public visé ? Des étudiant·es en art, mais pas uniquement. On retrouve aussi des encadrant·es de la petite enfance, venu·es via l'ONE, des étudiant·es en puériculture.
Un des messages essentiels ? La littérature jeunesse et graphique est porteuse d'un engagement citoyen. « Notre spécificité est de la relier à plein d'autres domaines qu’ils soient historiques, artistiques, sociétaux », explique Brigitte Van den Bossche, la directrice de l’asbl. Pour cette association, l’enjeu des expos est de taille. Il s’agit de valoriser et de rendre accessible un patrimoine exceptionnel riche d’ouvrages et d’œuvres originales et de le mettre en relation au monde.
En 2024 et 2025, les ATI sont montés d’un cran. Ils se sont lancés dans une expo visant un public élargi. Une sélection d’originaux a été présentée dans un centre d’art contemporain liégeois (Les Brasseurs), puis a voyagé en Auvergne avant d’être invitée au Centre de la gravure et de l’image imprimée à La Louvière.
« L’exposition a eu un réel succès, explique la directrice. Tant au niveau des professionnels qu'on touche habituellement qu’au niveau du grand public ». Un intérêt qui a créé une envie. Celle de remettre le couvert. « Ce sera en 2028, nous confie Brigitte Van den Bossche. La sélection se concentrera sur nos nouvelles acquisitions ».
Grâce à un maillage qui s’étoffe d’année en année, la littérature jeunesse, notamment celle produite en Fédération Wallonie-Bruxelles, s’offre donc un bel appui à travers les expositions. Cela profite à la fois aux jeunes lecteurs et lectrices, à leurs parents, mais aussi aux secteurs connexes (petite enfance et jeunesse, création artistique).
Tout cela génère une dynamique intéressante. La Fédération Wallonie-Bruxelles l’a bien compris, elle qui propose des expos clé sur porte consacrées à des auteurs particuliers. « Elle met gratuitement ces expositions à disposition des centres culturels ou des bibliothèques, détaille Muriel Limbosch. Il suffit de prendre une assurance ‘de clou à clou’ et puis de s'occuper de l'installation. Dans ce cadre, on invite l'artiste à venir faire l'une ou l'autre animation rémunérée, c'est aussi une manière de faire vivre nos auteurs et autrices, d’assurer leur promotion ».
Autre impact, les ventes des albums des artistes exposé·es qui s’offrent un coup de pouce. Sur ce point, Claire Nanty partage son expérience à la Grande Ourse : « Tous les ans, j’établis le classement des cinq meilleures ventes. Chaque fois, c'est lié à des expositions ». Plutôt réjouissant.

EN SAVOIR +

Pour être tenu·e au courant des expositions liées à la littérature jeunesse, la rubrique agenda du site Objectif plumes est d’un grand secours.