Loisirs et culture
Avec les Petits Ambassadeurs du livre, les écoles font d’une pierre plusieurs coups. Des enfants de fin de primaire – lesdits ambassadeurs – lisent, de façon individualisée, des albums jeunesse à des plus jeunes de maternelle. Tout bénéfice pour tout le monde !
À l’origine des Petits Ambassadeurs du livre, Roxane de Limelette, fondatrice et directrice de l’asbl Boucle d’or. Particularités : son enthousiasme, communicatif, et sa force pour soulever des montagnes quand elle croit à une idée. « J’ai pris conscience de l’importance des livres dans la vie des enfants et dans leur développement avec mon mémoire de fin d’études en psychologie. Or, beaucoup n’y ont pas accès dans leur famille. D’où des inégalités, entre autres sur le plan scolaire, lors de l’apprentissage de la langue écrite, par exemple. J’ai, à ce moment-là, découvert l’association française ACCES (Actions culturelles contre les exclusions et les ségrégations), connue pour son travail magnifique de sensibilisation autour de la lecture individualisée avec les bébés ».
Guidée par ses convictions, Roxane de Limelette a créé, en 2017, l’asbl Boucle d’or qui s’inscrit dans cette filiation. Le but : permettre à tous les enfants de 0 à 12 ans de « vivre des rencontres intimes avec les livres ». Leur offrir cette approche individuelle de la lecture-plaisir, même au sein d’un groupe.
Elle était alors seule à bord. Aujourd’hui, « on est treize, intervenant dans toute la partie francophone du pays ». L’association donne des formations aux professionnel·les de la petite enfance et de l’enfance. Sur le terrain, elle accompagne les équipes dans la mise en place de leurs projets-lecture.
Le « coup de main » des grand·es
Les institutrices et instituteurs de maternelle ont l’habitude de raconter des histoires à leur groupe-classe, et c’est super. La lecture individualisée, c’est autre chose. « Elle convient parfaitement au stade de développement du jeune enfant, à ses besoins en termes affectifs, relationnels… Le fait que l’instit ait un temps privilégié avec chacun de ses élèves, c’est de l’or. Beaucoup d’enseignant·es en sont persuadé·es, dit Roxane de Limelette. Mais, avec plus de vingt enfants, instaurer de tels moments est compliqué ».
Impossible pour la directrice de Boucle d’or de rester sur ce constat. Sa réflexion : « Il y a une flopée d’enfants lecteurs en primaire. Et si on leur demandait un coup de main ? ». Essai dans l’école de sa fille. Concluant. C’est ainsi qu’est né, il y a bientôt neuf ans, le projet des Petits Ambassadeurs du livre. Sur base volontaire (« ce point est capital »), les élèves de 5e et 6e primaires (parfois de 4e) s’engagent à lire régulièrement, et de façon individualisée, des histoires aux petit·es de maternelle (et parfois de 1re primaire).
« Je n’ai rien inventé, insiste Roxane de Limelette. Les profs envoient, depuis longtemps, les grand·es lire aux petit·es. Ce moment est, alors, souvent pensé d’abord pour les grand·es. Ma porte d’entrée, cela a été les petit·es : l’urgence de répondre à leurs besoins ».
Le cadre de l’activité est clairement défini, afin qu’elle profite au mieux aux deux tranches d’âge. Les enfants de primaire acheminent, au moyen d’un « train » (de jolis chariots ou de simples bacs), les livres – sélectionnés avec soin – vers ceux de maternelle. Ces derniers y puisent des albums et choisissent ceux qui vont les leur lire.
Avant les premières lectures « en vrai », les grand·es reçoivent une formation. « Un enfant de maternelle, même s’il écoute l’histoire qu’on lui raconte, peut beaucoup bouger, intervenir, revenir en arrière, sauter des pages… Tout cela est déstabilisant. À travers des jeux de rôles, les enfants de primaire sont mis dans ces différentes situations et voient comment y réagir au mieux ». Voilà de quoi les rassurer ! Ils prennent aussi le temps de découvrir les albums du train, « pas pour viser une lecture parfaite, mais pour se les approprier et ne pas être mis en difficulté par la suite ».
Du plaisir tous azimuts
« Je suis convaincue que le projet des Petits Ambassadeurs apporte des choses essentielles aux enfants sur le plan de l’entrée dans la lecture et du goût pour celle-ci, et aussi au niveau humain », assure Roxane de Limelette. Les bénéfices sont variés.
Léa, qui vient d’entrer en secondaire, a joué le jeu en 5e et 6e primaires. « Ça me plaisait. C’est chouette de faire des choses avec des petits. Ils font comme s’ils ne faisaient pas attention à ce qu’on lit, mais moi, je dis : ils écoutent, ils s’intéressent. Et puis, cela nous calme après le travail. Lire à voix haute, ça nous entraîne aussi à mieux parler ».
Laurence Walens, prof en 5e et 6e primaires à l’école Prince Baudouin à Woluwe-Saint-Lambert, remarque : « Les enfants savent qu’ils sont responsables de la lecture. D’où un côté ‘il faut bien faire’, qui n’est pas confortable pour tous. Mais même ceux qui lisent avec difficulté voient qu’on les écoute avec plaisir. Et ça, ça fait du bien ».
« Obsédée de la lecture » (« elle est la base de tout »), Stéphanie Saintenois, enseignante en 5e et 6e primaires à l’École n°1 à Schaerbeek, renchérit : « On a beaucoup d’enfants qui ne parlent pas français chez eux et n’ont pas accès aux livres. C’est important de montrer que lire, ce n’est pas une torture inventée par les profs ! Car, souvent, c’est ce que ces élèves-là pensent. Grâce au projet, ils ont moins peur des livres. Cela leur donne une confiance nouvelle. Cela leur permet de s’approprier l’objet-livre comme quelque chose de positif. Ils sont en autonomie complète. Ils aiment sentir qu’ils ont des responsabilités et faire plaisir aux enfants de maternelle. Et ceux-ci ont plaisir à ce qu’on s’occupe d’eux ».
Le rêve, finalement, dans cette aventure : « Que les enfants de maternelle deviennent à leur tour des ambassadeurs et ambassadrices », conclut Roxane de Limelette.
EN SAVOIR +
Le site boucledorasbl.com est un trésor d’infos et de conseils. Possibilité de s’inscrire à Pssst !, le petit journal trimestriel de l’association.
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