Développement de l'enfant

Le plein de saveurs… en douceur

Les besoins alimentaires du bébé de 6 mois évoluent

6 mois, c’est un cap ! « Les besoins du bébé de 6 mois évoluent, et sa croissance et son développement nécessitent maintenant des éléments qu’il ne peut trouver dans le lait, même maternel. Si ce n’est déjà fait, il devient important de diversifier son alimentation », explique Catherine Ghion, infirmière qui a travaillé dans une collectivité de jeunes enfants. Ainsi, la diversification alimentaire permet d’augmenter les apports qu’il reçoit en acides aminés spécifiques, en fer, en zinc, en lipides, en vitamines, en fibres…

Votre bébé est peut-être déjà (plus ou moins) habitué à la cuillère. Il est peut-être déjà familiarisé avec une grande variété de légumes et de fruits. Le rythme de ses repas se structure un tout petit peu. Il approche des quatre repas par jour sur des horaires qui sont encore les siens. Bien souvent, il continue à être nourri blotti dans vos bras et il concentre toute votre attention. Les choses deviennent plus prévisibles, pour lui comme pour vous. Désormais, vous pouvez programmer des sorties sans vous demander avec inquiétude quand il va manger.

Tous les fruits et légumes sont permis

Comment la diversification alimentaire se poursuit-elle (ou se conçoit-elle, si vous la débutez) autour de 6 mois ? « Par l’introduction de nouveaux aliments, répond Catherine Ghion. Il n’y a pas de restriction, selon les recommandations de l’ONE : tous les fruits et légumes sont permis ! Bien sûr, si le pédiatre préconise un plan particulier, il faut suivre son avis. L’enfant est vierge par rapport aux nouveaux goûts. On a, dès lors, intérêt à lui présenter les aliments aussi nature que possible. Sans sel ni sucre ajoutés, donc. Nous, on est "shootés" au sel et au sucre, et on oublie qu’il y a des aliments naturellement salés ou sucrés. Il faut aussi se rappeler que la perception du goût du bébé est très probablement plus intense que la nôtre. »
Si votre petit rejette la cuillère, continuez à la lui proposer tous les jours, patiemment, sans vous énerver. « Certains bébés ne refusent pas purement et simplement la cuillère, mais ils "chipotent" beaucoup. Par exemple, on met une cuillère dans la bouche de l’enfant, elle rentre plus ou moins mais la moitié de son contenu en ressort. Ou l’enfant repousse la cuillère avec la langue. Ou une cuillerée tourne pendant un long moment dans la bouche avant d’être avalée. Tout est possible. Oui, il faut de la patience ! Et même si vous n’êtes pas face à un réel refus, le repas dure parfois longtemps. Il est presque certain que, dans tous les cas, il y aura de la nourriture partout ! Au point de vous demander quelle quantité votre bébé a mangée ! Mais il faut persévérer, calmement. » Introduire les aliments un à un dans les repas de l’enfant permet de mieux repérer ceux qu’il aime et ceux qu’il supporte moins bien. Certains nécessiteront plusieurs essais avant d’être acceptés.

Catherine Ghion - Infirmière
« Oui, il faut de la patience ! Et même si vous n’êtes pas face à un réel refus, le repas dure parfois longtemps. Il est presque certain que, dans tous les cas, il y aura de la nourriture partout ! Au point de vous demander quelle quantité votre bébé a mangée ! Mais il faut persévérer, calmement »
Catherine Ghion

Infirmière

En cas de questions ou de doutes (par exemple, si vous suspectez une réaction allergique), n’hésitez pas à demander conseil au pédiatre ou à la consultation de l’ONE. Sur le plan émotionnel, le temps des repas peut être un moment remuant pour vous : c’est que l’alimentaire touche à la pulsion de vie… « Il peut y avoir un décalage entre votre bébé occupé à manger (ou pas) et vous. Il a faim, le repas lui plaît et il mange. Ou, pour une raison x, y ou z (poussée dentaire, mal de gorge, état nauséeux…), il ne mange pas. C’est comme cela. Il mangera au repas suivant. Faites-lui confiance et respectez sa décision. Il reste le mieux placé pour juger s’il a faim ou non, s’il aime ou pas tel ingrédient. Si, face à un enfant qui ne mange pas, son parent se dit : "Il refuse la purée que je lui ai préparée avec amour, il me rejette, il ne m’aime pas, il va se laisser mourir de faim", un décalage énorme se crée entre l’enfant qui est tout à fait juste par rapport à ses sensations et l’adulte embarqué dans quelque chose d’un autre ordre qui n’appartient absolument pas à l’enfant. » Bon à savoir : l’enfant malade peut arrêter de manger, c’est tout à fait normal. Il mettra les bouchées doubles quelques jours plus tard.

Du lait, encore et toujours

En règle générale, comptez quatre à cinq repas par jour : trois fois du lait (lait maternel ou lait de suite ou 2e âge, adapté aux besoins actuels du bébé) – soit environ 600 millilitres par jour –, un repas de légumes (écrasés avec une petite pomme de terre et un tout petit peu d’huile ou de beurre frais) et un repas de fruits. Au repas de légumes, vous pouvez, vers 6-7 mois (sauf avis contraire du pédiatre), ajouter 10 à 15 grammes (l’équivalent de deux cuillères à café, pas plus) de protéines : viande, volaille, poisson ou œuf (pour ce dernier, sous réserve de l’avis du médecin). Une portion complète fait environ 200-250 grammes. Cette quantité est, rappelons-le, indicative : fiez-vous aux signaux que votre bébé vous envoie, ne le forcez pas – il sait quand il a assez mangé. Ceci vaut pour la panade mais aussi pour le lait. Ne pesez pas systématiquement les ingrédients : vous connaîtrez vite les rations qui conviennent à votre enfant, tout en sachant qu’elles peuvent varier d’un jour à l’autre. Vous pouvez, par ailleurs, lui proposer des féculents avec du gluten (petites pâtes, semoule…) ou du pain écrasé dans du lait. Les produits laitiers, eux, ne sont pas à l’ordre du jour. En règle générale, écrivions-nous plus haut… « Il y a des enfants qui ne réclament pas un troisième biberon : peut-être compensent-ils en prenant plus de lait aux deux autres biberons, par exemple. Des équilibres se font entre les différents repas », rassure Catherine Ghion. Les repas à la cuillère étant forcément moins liquides que les biberons de lait, n’oubliez pas de donner de l’eau à votre bébé, plusieurs fois par jour, notamment après les repas de légumes et de fruits.
Côté vaisselle, outre l’indispensable cuillère en plastique, vous pouvez aussi prévoir une assiette en plastique : c’est que votre bébé risque de la saisir et… de la faire tomber. Sa légèreté vous conviendra si vous devez la tenir en main pendant tout le repas.
Et que penser des petits pots commercialisés ? « D’un point de vue nutritif et bactériologique, ils sont irréprochables, explique Catherine Ghion. Ce sont de bonnes solutions de dépannage ou pour les déplacements – dont le coût est quand même plus élevé que le "fait maison". Votre bébé sera peut-être surpris par la différence de goût, car leur contenu est effectivement plus fort en goût : en général, il y a un peu de sel dedans. Un conseil : y ajouter une à deux cuillères d’huile afin d’assurer un apport suffisant en graisses. Maintenant, si vous utilisez les petits pots en dépannage, ce n’est pas grave si vous ne le faites pas : pour les graisses comme pour les autres ingrédients, l’évaluation des apports ne se fait pas à partir d’un seul repas ! »
Ce schéma alimentaire va durer jusqu’à 1 an. Si vous avez introduit la cuillère depuis quelques semaines, votre petit et vous atteignez peu à peu une vitesse de croisière. Reste qu’il y a toujours des nouveautés : l’infinité d’aliments à découvrir…

Les besoins alimentaires du bébé de 6 mois évoluent

L'AVIS DE L'EXPERTE

Des découvertes tous azimuts

Marie Thirion, pédiatre française*

Côté repas, 6 mois, c’est une période de découvertes, celles des saveurs, des couleurs, des odeurs, celle de l’immense variété d’aliments.
Il ne s’agit pas d’imposer en quelques semaines des repas « comme un grand », mais d’introduire les fruits et les légumes, puis les protéines animales, puis les laitages très progressivement, et pas plus d’un aliment à la fois pour vérifier que le bébé le tolère bien. Tout ceci, lentement, au rythme de l’enfant. On a du temps – jusque vers ses 18 mois – pour y arriver. Une règle d’or : ne jamais le forcer à finir les rations. Trop souvent, les parents se plaignent que leur enfant « mange mal », alors qu’il va très bien mais refuse des quantités statistiquement normales mais excessives pour lui.
Avec la diversification alimentaire, vient la découverte des nouvelles techniques, en particulier celle de la cuillère. Attention au risque de l’introduire avec force dans la bouche du bébé, et ce, à un moment où il ne connaît encore que la technique de succion. Le risque serait de créer chez lui un conditionnement inconscient associant sensation violente et aliment. Cette sensation excessive, beaucoup de gens vont continuer à la rechercher tout au long de leur vie en enfournant de trop grosses bouchées, en cherchant des aliments « excitants en bouche », trop salés, trop sucrés, très pétillants… Ce conditionnement risquerait de compromettre les sensations normales de satiété et d’entraîner des prises alimentaires inadaptées ou excessives. Encore une règle d’or : commencer la diversification avec de tout petits volumes dans chaque cuillère et attendre que l’enfant ouvre spontanément la bouche.
La diversification alimentaire, surtout si le bébé est allaité, lui permet de découvrir qu’il peut manger avec d’autres personnes que sa maman : le papa, la grand-mère, la tante, le grand-père… Si, jusque-là, il a été exclusivement au sein et qu’il a du mal avec les repas à la cuillère, ces autres personnes vont être très importantes : elles vont faciliter la transition. C’est difficile pour une maman qui sent très fort le bon lait qui ne demande qu’à couler d’arriver avec une cuillère en disant : « Cette fois, cela ne sera pas du lait ! » C’est difficile pour elle et pour le bébé. Par contre, si c’est une autre personne qui lui apporte son repas, c’est beaucoup plus facile. Le message est plus clair.

* Marie Thirion est l’auteure de plusieurs best-sellers sur les bébés et de Pourquoi j’ai faim ? De la peur de manquer aux folies des régimes (Éditions Albin Michel).

DES PARENTS EN PARLENT…

Carottes, poireaux, cerfeuil…
« Mon idée est de faire goûter un maximum de saveurs à mon bébé, toujours des légumes et des fruits de saison. Et même ceux que je n’aime pas ! J’ai testé les carottes, les poireaux, le cerfeuil, les épinards, les chicons, les topinambours, les panais, les brocolis, le chou-fleur… Je n’ai pas encore essayé les champignons. Mais j’ai même préparé de la laitue cuite et des racines de persil. Esther est très ouverte. Je veux lui offrir un maximum de diversité pour lui ouvrir le palais. Cela n’empêche, on avance tout doucement. Pour les fruits, j’ai d’abord testé une seule framboise, une seule fraise… »
Jeanne, maman d’Esther

Une angoisse… irrationnelle
« Quand mon bébé ne mange pas, ça m’angoisse tout de suite. Cela est tout à fait irrationnel et incontrôlable. Je sais que je peux faire confiance à mon enfant. S’il ne mange pas, c’est qu’il a une bonne raison de ne pas manger et qu’il se rattrapera aux repas suivants. Je sais que je ne dois pas tout mélanger, mais c’est plus fort que moi… »
Inès, maman de Gabin

À CONSULTER

  • Les pages des numéros précédents du Ligueur et mon bébé consacrées à la diversification alimentaire.
  • De nouveaux aliments en douceur…, une brochure éditée par l’ONE.
Des questions sur les allergies alimentaires ?