Développement de l'enfant
Comment se positionner en tant que parent face à l’erreur de son enfant ? En théorie, quelques étapes suffisent. Dans la pratique, parfois plein de petites choses sont à mettre en place. Au bout de ces petits pas, le déclic.
Face à l’erreur, comment accompagner son enfant ? Pour le savoir, nous avons posé la question à quelques parents. À l’unanimité, ils se réfèrent à l’école quand on les questionne sur les erreurs de leurs enfants.
Farah Merzguioui, psychologue au groupe santé Josaphat, interprète ce qui est en jeu. « La marche et le vélo s’apprennent dans la bulle familiale au rythme de chaque enfant alors que les apprentissages scolaires se déroulent en présence d’un tiers. Il y a un enjeu narcissique pour l’enfant comme pour le parent ».
Partons des erreurs scolaires partagées par les parents. Emmy, en 2e primaire, apprend les notions d’unités et de dizaines. Mais dans sa tête, ça cafouille. « Quand je lui demande 23+14, elle me répond 28 », raconte Laurie, sa maman. Pour Lison*, les tables de multiplication sont difficiles à mémoriser. Marius* est brouillé avec la conjugaison et Paolo* répond souvent à côté de la plaque.
Pas de panique. Si l’on en croit les neurosciences, l’erreur est naturelle. « Le cerveau fonctionne par itérations (ndlr : autrement dit par répétitions), avec des cycles qu’on peut décomposer en quatre étapes successives : prédiction, feedback, correction, nouvelle prédiction », explique Stanislas Dehaene, docteur en psychologie cognitive. Dans cette conception, l’erreur permet d’ajuster les prédictions. « L’apprentissage ne peut se déclencher que s’il y a un signal d’erreur, autrement, rien ne change ».
Chaque jour, votre enfant réussit de nouvelles choses. Chaque jour, il se trompe aussi. C’est comme ça qu’il apprend
En éducation aussi, l’erreur a été réhabilitée. « Depuis une trentaine d’années, l’erreur est perçue comme une étape normale de l’apprentissage, confirme Bernard Rey, professeur en sciences de l’éducation à l’ULB. L’erreur, c’est une petite fenêtre ouverte sur le mode de pensée de l’enfant ». Avec sa casquette de psychologue, Nathalie Ferrard confirme : « L’erreur, c’est la base de l’éducation. C’est en se trompant qu’on construit le savoir ».
En théorie : comprendre et apprendre de ses erreurs
La première étape, pour la parent, c’est de comprendre la source de l’erreur. C’est aussi la plus compliquée. « Pour le parent, les choses sont devenues des automatismes et il est difficile d’expliquer ce qui, pour lui, est une évidence et pour son enfant, une abstraction », explique Renaud Keymeulen, ludopédagogue.
Cette démarche implique de sortir de sa posture et de changer de regard. C’est à cette condition que le parent peut accéder à la perception de son enfant. Pour se rejoindre sur une vision commune, rien de tel que le dialogue. Le parent peut l’initier à partir d’un constat objectif comme le conseille Nathalie Ferrard. « Regarde là, tu t’es trompé, on va essayer de voir ensemble ce que tu n’as pas compris. Qu’est-ce qui s’est passé ? ». Renvoyer la question à l’enfant lui confère un rôle actif dans l’analyse du problème.
Deuxième enjeu : que l’enfant comprenne aussi la source de son erreur. « On peut lui dire ton idée n’est pas bête, mais ce n’est pas comme ça », conseille Bernard Rey. Renaud Keymeulen ajoute une précaution : signaler l’erreur sans abîmer la confiance en soi. « On est tellement dans une société du jugement et de l’échec qu’il faut à tout prix banaliser l’erreur et rappeler que tout le monde se trompe ».
S’il se sent dévalorisé, l’enfant risque de se démotiver, prévient le pédagogue. « Le plus important dans la démarche d’apprentissage, c’est que l’enfant se mette dans la posture de celui qui recherche ». Le rôle du parent est donc d’amener l’enfant à comprendre son erreur pour qu’il en retire un apprentissage.
Récapitulons. Primo, comprendre l’erreur de son enfant. Deuxio, discuter avec lui pour que lui aussi comprenne et partage le diagnostic. Pour ce faire, poser un constat objectif pour qu’il conserve une posture active et motivée dans l’apprentissage.
En pratique : identifier la solution ad hoc
Maintenant qu’on a passé en revue la théorie, revenons à la pratique. En sortant de sa posture et en faisant parler sa fille, Laurie a compris ce qui coinçait : au lieu d’additionner d’abord les dizaines (20+10) et puis les unités (3+4), Emmy prend le premier chiffre 23 et ajoute 1 et puis 4 pour arriver à 28. Quand Marius écrit « le chien aboies », il y a aussi une logique. Comme il y a plusieurs aboiements, il faut mettre « s », explique le garçon. Ces exemples témoignent d’une réalité relevée par Bernard Rey. « Les savoirs scolaires sont souvent en décalage, voire en rupture, par rapport à la pensée spontanée ».
C’est aussi par le dialogue que Delphine comprend que sa fille Lison ne parvient pas à intégrer des contenus par cœur. Elle doit pouvoir se raccrocher à un exemple ou une histoire pour mobiliser sa mémoire. Chez Paolo c’est la compréhension des consignes qui pose problème. Il pare au plus pressé pour vite s’acquitter de sa tâche sans lire la consigne jusqu’au bout.
Une fois le diagnostic posé, encore faut-il trouver les outils pour contourner le mur. Laurie a compris qu’elle ne s’en sortirait pas avec des explications orales. L’institutrice d’Emmy lui conseille d’utiliser l’outil Le pays des Pasdix, l’histoire d’un royaume où chaque sujet est un petit pois (l’unité). Comme il y en a trop, ils se rassemblent au sein d’une gousse (la dizaine). Laurie imprime aussi un jeu de cartes lié à l’histoire pour s’appuyer sur un support visuel. Le dispositif fait mouche. Emmy a le déclic.
Pour Lison, il a aussi fallu partir d’une histoire concrète pour que les tables de multiplication rentrent. « La logopède qui suit Lison nous a expliqué qu’elle intègre seulement si elle comprend. Elle a donc créé pour Lison une histoire avec la table de deux sur laquelle elle a pu s’appuyer pour les autres tables ». Quand elle part à la mer, elle achète deux sacs banane et revient avec ses deux sacs. Si elle y retourne, elle a toujours ses deux sacs et deux supplémentaires ce qui fait quatre. Et ainsi de suite.
C’est aussi grâce à la discussion que Marius comprend que le pluriel ne s’applique pas lorsqu’il conjugue. Pour Paolo, ses parents misent sur un petit personnage de détective (tiré de Apprendre à métacogiter de Pierre-Pol Gagné, disponible sur erudit.org) pour freiner son impulsivité.
« Lorsqu’il lit la consigne, Paolo doit prendre sa loupe pour bien la lire jusqu’au bout et avoir une petite discussion avec lui-même : que dois-je faire ? Est-ce que cet exercice me fait penser à quelque chose que l’on a déjà fait en classe ? L’objectif, c’est que ce personnage enclenche une routine pour éviter qu’il ne se lance trop vite dans quelque chose de mal compris », explique Alexandra*, sa maman.
Le passage de la théorie à la pratique ne se fait pas tout seul. C’est parfois des semaines d’efforts, de dialogue, d’ajustement, de recherche. Une bonne dose de patience aussi. Mais la récompense au bout du chemin est aussi au rendez-vous : le déclic et cette fierté de l’enfant de voir qu’il a su passer au-dessus de sa difficulté.
* prénoms modifiés
L'AVIS DE...
Farah Merzguioui, psychologue au Groupe santé Josaphat
Dans notre société qui pousse de plus en plus à l’hyperperformance, à l’individualisme, le droit à l’erreur ne va pas de soi. C’est compliqué pour un parent d’accorder le droit à l’erreur à son enfant à partir du moment où il ne se l’octroie pas pour lui. Les enfants ont besoin d’adultes « consistants » qui servent de références dans leur construction, pour intégrer progressivement, à leur rythme, le monde où ils grandissent.
En tant que parent, ce qui est important, c’est d’avoir une position contenante, d’être aux côtés de son enfant, de fixer le cadre, de poser les limites et de pouvoir l’encourager continuellement dans les efforts qu’il fournit. De pouvoir aussi être empathique pour comprendre ce qu’il vit.
Mais le parent n’est pas un robot, il a aussi ses émotions, ses contraintes. Le moment des devoirs peut être propice à l’énervement, c’est normal. Ce qui est important une fois l’émotion passée, c’est de revenir dessus et pouvoir mettre des mots pour expliquer sa réaction.
À LIRE
Pour relativiser l’erreur avec vos enfants
- Nuage ne se sent pas à la hauteur, Sylvie Sarzaud (Eyrolles),
- Max se trouve nul, Dominique de Saint-Mars et Serge Bloch (Alligram),
- Le livre des erreurs, Corinna Luyken (Kaléïdoscope),
- Les embrouillaminis des histoires de papi, Gianni Rodari et Béatrice Alemagna (Versant sud),
- J’aurais voulu, Olivier Tallec (Pastel, l’école des loisirs).
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