Loisirs et culture
Lectrice acharnée depuis l’enfance, Celestina Jorge Vindes a créé en 2018 la petite librairie ixelloise Pépite Blues. Elle y partage son amour des littératures africaines et afrodescendantes, les « afro-littératures ». Parmi ses trouvailles, des livres jeunesse.
Qu’entendez-vous par « afro-littératures » ?
Celestina Jorge Vindes : « J’ai choisi d’associer le préfixe ‘afro’ au mot littératures comme on joue avec la langue, en référence aux cultures et imaginaires afrodescendants, c’est-à-dire propres aux personnes qui ont des origines en Afrique subsaharienne. Mais ces littératures peuvent venir de partout dans le monde. Elles peuvent être produites en Afrique ou par des personnes issues des différentes diasporas, récentes ou anciennes. Ce qui implique que, même si elles ont un point de départ commun, ces littératures ont des spécificités et une autonomie, une existence propre. Pour moi, ce terme au pluriel joue aussi avec les ambiguïtés des identités et des univers afrodescendants. Les identités ne sont pas fixes, elles sont en dialogue, en relation. »
Les littératures afrodescendantes sont également multilingues…
C. J. V. : « Le français est central dans ma librairie, parce que la plupart des gens à Bruxelles sont francophones, mais je ne veux pas que ce soit un espace hégémonique. Les littératures afrodescendantes ne sont pas uniquement francophones, elles sont aussi écrites dans des langues africaines, en portugais, en anglais, en espagnol… J’ai eu des livres en lingala, en yoruba et je mets un point d'honneur à en avoir en néerlandais. »
La palette de livres disponibles en français est-elle vaste ?
C. J. V. : « Elle n’est pas si vaste, mais il faut reconnaître qu’il y en a de plus en plus. En Europe, notamment, ce qui montre qu’il y a une place pour ces littératures dans le monde de l’édition. Plus il y en a, plus c’est riche et plus ça colle à la réalité du monde, qui est d’office plurielle. Donner un espace aux littératures, notamment jeunesse, afrodescendantes, c’est accepter que nous faisons partie de cette pluralité du monde et rendre possible le dialogue. Quand on est dans un monde monochrome, on est dans un monologue. »
En tant que libraire, vous percevez donc une évolution ?
C. J. V. : « Oui, clairement, il y a une évolution. En Belgique, la création de la maison d’édition jeunesse AYO Éditions en est un bon exemple (voir encadré). Il y a aussi de l’autoédition. On voit le même engouement en France, en Suisse, dans les pays africains ou dans les Caraïbes. C’est quelque chose de beau. Je pense qu'au-delà des initiatives individuelles ou localisées, il y a un vrai changement de société qui est à l’œuvre. Mais il y en a aussi beaucoup qui disparaissent parce que, de manière générale, malgré un regain d’intérêt, le monde du livre est un domaine difficile et le livre jeunesse n’est pas épargné. »
Est-ce qu’il y a un livre qui vous tient personnellement à cœur ?
C. J. V. : « C’est toujours circonstanciel. Parmi ceux auxquels je pense aujourd’hui, il y a Le voyage de Papa de Saliou Bah et Irina Condé (Ganndal). Ce qui me plaît, c'est sa grande douceur. Ce n’est pas un livre fonctionnel, il n’y a pas de conseil. On vit l'instant. Papa est parti et il nous manque. Alors, on l'appelle, on attend son coup de fil. Et puis papa appelle et le cœur est tout doux, on se sent mieux. Il y a aussi Bébé est bien caché d’Atinuke (voir encadré) et Angela Brooksbank (Les Éditions des Éléphants). C’est très simple, mais aussi très ancré, cette petite fille qui se cache dans un panier et que son grand frère transporte sans le savoir jusque chez leur grand-père, au gré d’un parcours chahuté. Et les illustrations sont très belles. C’est une des choses que j'aime dans la littérature jeunesse. Il y a une simplicité poétique, une quotidienneté. Quand je lis ce genre d’histoire, je souris ».
EN SAVOIR +
- Fondée en 2020 et basée en Belgique, la maison d’édition AYO Éditions se fixe comme objectif de proposer des livres alliant qualité littéraire et inclusion, afin que chacun, chacune puisse se reconnaître dans les personnages. Parmi ses sorties récentes figure L’anniversaire de Médiatrice Mujawamariya et Gabriel Thiago Marques. Destiné aux enfants dès 8 ans, ce petit roman est le second tome des aventures de Likia et Mosi, deux ami·es qui relèvent les défis grâce à la magie de la chimie.
- Née au Nigéria et vivant au Pays de Galles, l’autrice et conteuse Atinuke a écrit plus de vingt livres pour la jeunesse. Plusieurs de ses albums ont été adaptés en français et publiés aux Éditions des Éléphants (Bébé est bien caché, Bébé va au marché, Bintou la casse-cou…). Relevés par les illustrations pleines de tendresse d’Angela Brooksbank, ses textes courts et dynamiques s’adressent aux enfants dès 2 ans et donnent vie à des aventures du quotidien, situées dans un environnement africain contemporain.
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