Développement de l'enfant

Ma (grande) fille veut dormir chez son copain

Quelle attitude adopter pour les parents quand son ado veut dormir chez son copain ou sa copine

Il y a eu le premier soutif, les premières règles, les sorties avec les copines et puis LA question arrive un jour. Votre fille vous demande, la bouche en cœur, si elle peut rester dormir chez un copain. Derrière votre cool attitude pointe une inquiétude : et si ma fille se dénude ? Dois-je lui parler de sexe en prélude ?

Pour certains parents, il n’y a pas de tabou et on parle de tout à la maison. Même de sexe. Et si des jeunes veulent dormir ensemble, pourquoi pas ? Véronique, maman de deux adolescents, raconte : « Comme on habite dans un endroit reculé, on préfère que les copains viennent dormir chez nous. On met des matelas par terre et ils regardent des films toute la soirée. On sait où ils sont et on est tranquille ». Sa fille, Ysaline renchérit : « Oui, chez nous, les copains peuvent rester dormir, y a pas de problème. Mais de toute façon, à 16 ans, même si deux amoureux dorment côte à côte, ils restent en pyjama, hein ! » (Ndlr : Ah bon ?).

Un livre pour entamer facilement le dialogue sur la sexualité

Santé et bien-être

Parler de sexe aux ados, en toute simplicité

D’autres parents, plus protecteurs peut-être, refusent ces amitiés nocturnes. « Nos filles ont 15 ans et on n’accepte pas qu’elles ramènent un copain à la maison. Ni qu’elles aillent dormir chez un jeune. C’est trop tôt pour découvrir la sexualité. Si les enfants veulent faire des choses, ils s’organisent entre eux. Mais permettre ça sous notre toit, c’est un peu cautionner leurs relations et on ne veut pas », expliquent Valérie et Patrick, parents de jumelles.
Pour d’autres, leur fille peut découcher, mais sous certaines conditions. « Le jour où ma fille me demandera si elle peut aller dormir chez un copain, j’aimerais rencontrer les parents avant, même si ça fait un peu vieux jeu. Je voudrais savoir s’ils ont parlé à leur fils du préservatif et tout ça… Et ma réponse dépendra des personnes chez qui elle va, si j’ai confiance en eux ou pas », confie Dina, maman d’une adolescente de 12 ans.
Et puis, il y a la catégorie des parents « cool » - naïfs diront certains - qui choisissent simplement de faire confiance à leur grande fille. Sylvie, maman de Laure, 16 ans, accepte que sa fille dorme chez un copain, mais « uniquement s’ils sont plusieurs, c’est la règle. D’ailleurs elle m’a dit que son pote était homosexuel, donc je ne me tracasse pas trop. »

Alors qu'on les croit de plus en plus précoces, chez les filles, l’âge moyen du premier rapport sexuel reste autour des 17 ans

En parler, sans forcément cautionner

Au-delà de toutes ces différences familiales et des permissions de sorties - accordées ou non -, une question traverse un jour l’esprit de tout parent : dois-je parler de sexualité à ma fille ?
Pour Jessica Temmerman, assistante sociale en planning familial, c’est un sujet trop souvent tabou dans le milieu familial, alors que les adolescentes aimeraient en parler. « Beaucoup de jeunes me disent que c’est un sujet difficile pour leurs parents. Alors, si elles veulent des conseils, qu’elles ont peur pour la première fois par exemple, elles vont trouver un copain ou une copine qui l’a déjà fait, une grande sœur ou une cousine. Certaines n’osent même pas dire à leurs parents qu’elles ont un petit copain. ‘À la maison, on me tuerait’, me disait hier une ado. »
Et certains parents l’avouent, ils en font parfois un peu trop, souvent en raison de leur propre éducation. « La famille peut vite s’emballer, admet une maman. Quand ma fille a montré une photo d’un copain à qui elle faisait un bisou sur la joue, c’était le grand bazar du côté de mon compagnon, d’origine coréenne ! ». De quoi refroidir une ado pourtant peu farouche sur sa vie privée.
Car, oui, les parents peuvent être ouverts au dialogue sans pour autant approuver tous les choix de leur(s) enfant(s). Laetitia vit seule avec sa fille de 14 ans, elle se définit généralement comme une « maman-copine » mais, depuis peu, ses relations avec sa fille sont devenues orageuses. « Axelle veut rester dormir chez son copain de 17 ans. Ils sont ensemble depuis quelques mois, mais j’ai refusé car je la trouve trop jeune. Pourtant, ma fille est sérieuse et je lui ai toujours fait confiance, mais là, je cale. Et depuis, elle me fait la tête. »

Ado et son copain en tête à tête amoureux

L’info pas nette du net

Pas facile de trouver le juste milieu entre une réaction soit trop sévère ou soit trop permissive quand on veut conserver la meilleure relation possible avec son adolescent(e). Ne pas briser le contact sans se faire marcher sur les pieds, c’est tout l’enjeu de ce dialogue parfois délicat.
« Moi, je suis disponible si Aurore a des questions sur la sexualité. Mais cette génération en sait déjà beaucoup plus que moi à son âge. Il y a de l’info partout, les médias et internet véhiculent pas mal de choses. D’ailleurs, parfois, elle me taquine, elle me pose des questions sur mes propres expériences. Je lui réponds, mais quand j’estime qu’elle tente d’entrer dans mon jardin secret, je mets mes limites », raconte Anne, maman d’une adolescente.
Avec la toile, nos jeunes peuvent assouvir leur curiosité en quelques clics seulement. On les croit superinformés, mais le net véhicule pas mal de fausses vérités. « Lors des ateliers du planning familial, on se rend compte que les jeunes ne sont pas du tout au courant de certaines bases. Pourtant, ils croient en savoir beaucoup. Malgré les nombreuses manières de s’informer, on constate que certains mythes ont la peau dure. Des élèves croient, par exemple, qu’on ne peut pas tomber enceinte la première fois. D’autres pensent que l’avortement rend stérile ! On se rend compte qu’ils ont parfois entendu des choses mais ne les ont pas bien comprises, révèle l’assistante sociale Jessica Temmerman. Les écoles organisent des cours de sciences sur la reproduction et la contraception pour informer les élèves. Mais ça ne suffit pas. »

Héberger le petit copain ou la petite amie de son ado, c’est ouvrir la question des rapports sexuels sous le toit familial.

Santé et bien-être

« Est-ce que mon petit copain peut venir dormir à la maison ? »

LA QUESTION         

Comment conseiller ma fille sans être une mère intrusive ?

Jessica Temmerman, assistante sociale dans un planning familial, répond : « Montrez à votre fille (ou garçon) que si elle a envie de parler de sexualité, elle peut se tourner vers vous. Le plus important n’est pas de lui laisser un lieu où elle pourrait découvrir la sexualité, car elle peut toujours trouver un endroit et une occasion en journée, mais de lui offrir un espace de dialogue et d’écoute. Les adolescents ont beaucoup d’inquiétudes liées à la première fois. Les filles, par exemple, ont surtout des inquiétudes liées à la douleur. Elles ont peur d’avoir mal, peur de saigner ou de ne pas saigner, selon les cultures. Souvent, elles craignent aussi de faire l’amour la première fois avec une personne qui risque de les quitter après… C’est important de pouvoir leur donner des explications ou de pouvoir les rassurer, leur dire que les filles ne saignent pas forcément la première fois, que ce n’est pas forcément douloureux non plus… »

EN PRATIQUE

Les sujets incontournables à aborder

  • Les contraceptifs et les IST. Certains parents calculent les frais de contraceptifs dans l’argent de poche de leurs ados. D’autres laissent une boîte de préservatifs disponible dans la pharmacie familiale (encore faut-il que les jeunes osent y piocher), à chacun sa solution. Mais attraper une infection sexuellement transmissible par manque d’info ou tomber enceinte à 15 ans parce qu’on ne sait pas payer sa boîte de pilules, c’est dommage.
  • Le gynécologue. Toute jeune fille doit un jour rencontrer ce professionnel de l’intimité. Souvent, la première consultation effraie. Pourquoi ne pas proposer à votre fille de lui prendre un rendez-vous chez un gynécologue « en prévention » ? Et si elle veut s’en charger elle-même, vous pouvez lui donner quelques adresses de gynécos (en cabinet privé, à l’hôpital ou dans un planning familial). Pour faire face aux éventuelles angoisses liées à cette première consultation, vous pouvez aussi imprimer un petit guide.

ILS EN PARLENT...

Sujet tabou
« Ma mère ne m’a jamais parlé de sexualité. À 14 ans, j’avais un petit copain de 18 ans. Il pouvait dormir à la maison, dans mon lit. On a fait l’amour une fois, mais je n’en ai pas un très bon souvenir, je n’ai pas senti grand-chose, je n’étais pas prête. J’en veux un peu à ma mère de ne pas m’avoir ‘protégée’. J’aurais préféré attendre et le faire avec quelqu’un que j’aime vraiment. »
Sarah, 16 ans

Bonjour, c'est la police
« Moi, je n’osais pas demander à mes parents si mon copain pouvait venir dormir à la maison. Je suis l’aînée et mon petit frère n’a pas encore de copine. Alors, mon copain venait dormir quand mes parents n’étaient pas là, ou alors je le faisais entrer par la fenêtre et il partait tôt le matin. Ça me faisait bien rire de faire croire à mes parents que j’étais seule dans ma chambre. Mais un matin, la police a débarqué. Un voisin avait vu quelqu’un partir en douce de chez nous et pensait que c’était un voleur. Là, j’étais mal. Mes parents m’ont passé un savon mais, un mois plus tard, ils ont accepté que mon copain reste dormir chez nous parce qu’il était trop tard pour qu’il rentre à vélo. Je ne m’attendais pas à ce qu’ils soient si compréhensifs. »
Célia, 17 ans

Hors de question
« Pour mes parents, il est hors de question que j’invite un copain dormir à la maison. Pour le moment, je n’en ai pas, donc ça ne me pose pas de problème mais le jour où j’aurai un copain, à mon avis, j’irai chez lui et je dirai que je vais chez une copine. »
Nala, 15 ans

Pas d'accord
« Mes parents sont divorcés et ils ne sont jamais d’accord entre eux. Mon père veut bien que j’aille dormir chez un copain tant qu’il sait où je suis. Par contre, quand je suis chez ma mère, je dois me tenir à carreau. Elle n’a pas de mec et elle me répète sans cesse de me méfier des hommes. Donc, je n’essaye même pas de lui en parler. »
Manon, 16 ans