Loisirs et culture
Voix officielle du tram de Liège, Josépha Sini emmène chaque matin les Liégeois·es sur les rails. Grâce à son premier seule en scène, Pépée, une histoire sans chute, c’est la Belgique entière qu’elle va conquérir, tant elle parvient à être drôle et lumineuse avec un sujet aussi lourd et intime que l’alcoolisme de sa mère.
Même emmitouflée dans son tour du cou léopard, Josépha Sini sort du lot. Sa silhouette élancée, sa chevelure blond vénitien et ses yeux bleu clair marquent la rétine. Arrivée avec un quart d’heure d’avance, elle s’est commandé un matcha latte. « C’est bobo, je sais, mais j’y ai goûté cet été, et j’ai trouvé ça super bon ! ». D’emblée, sa verve naturelle et sa spontanéité donnent l’impression de la connaître depuis toujours. Comme dans son spectacle, elle parle franc et sans circonvolution.
Notamment de sa mère, son personnage principal : « Tout le monde l’appelait Pépée. Pépée, pour jolie femme en argot français. Ma mère n’a appris son vrai prénom qu’à 12 ans ! ». Grande avocate au barreau de Liège, Pépée était une star locale. Qui avait un sérieux penchant pour le vin blanc. « On savait qu’elle avait beaucoup bu quand, en rentrant, on découvrait un arbuste au milieu de la table, à côté de son verre de vin. Elle raffolait des plantes, et alcoolisée, elle pouvait avoir l’achat facile ».
Une enfance comico-tragique
Dans son spectacle, qu’elle a coécrit avec son amie comédienne et metteuse en scène Laurène Hurst, elle enchaîne les anecdotes comico-tragiques de son enfance : des poux qu’elle a conservés durant toutes ses primaires aux voyages scolaires non payés, en passant par les arrivées titubantes de sa daronne à la garderie.
« C’est le spectacle le plus sincère qu’on ait fait. Il n’y a pas un seul mensonge, tout est vrai ». Limite édulcoré, quand on l’écoute nous raconter d’autres souvenirs, comme ses goûters au fromage blanc-radis sur pain rassis, le manque de reconnaissance pour les services rendus et les accusations à tort…
« Boire lui permettait peut-être d’endormir son monstre. Je ne saurais jamais pourquoi elle buvait, ni pourquoi elle était si imposante. Elle était magnifiquement complexe ». Car les deux fois où Josépha lui a posé la question, sa mère lui a répondu par une citation. La première issue du Petit Prince, la seconde de Winnie l’Ourson. « J’ai compris que ce n’était pas mes affaires ».
« J’ai adoré mon adolescence : j’étais libre, libre, libre. J’ai été élevée par des parents négligents et négligés, ça a des avantages »
Alors, peu après la séparation de ses parents, à 15 ans, Josépha quitte le domicile familial et grandit à gauche, à droite. Elle fait la plonge dans un resto, enchaîne les petits boulots, mais réussit malgré tout ses études. « J’ai adoré mon adolescence : j’étais libre, libre, libre. J’ai été élevée par des parents négligents et négligés, ça a des avantages », dit-elle avec beaucoup d’humour.
De la débrouillardise
De ces travers, elle a fait une force. « Si je suis aussi débrouillarde, c’est grâce à ma mère ». Et si elle a traversé ces épreuves sans trop de bleus à l’âme, c’est probablement grâce à Alice, sa grande sœur de dix-huit ans son aînée. « Heureusement qu’elle était là ». D’ailleurs, Josépha est fière que ce seule en scène ait presque permis à sa sœur de porter un autre regard sur leur mère.
« On peut facilement et naturellement rester braqué sur la mauvaise maman, la méchante. Dans le spectacle, Laurène et moi avons choisi d’en parler autrement ». D’ailleurs, les gens qui la rencontrent en sortie de scène ne lui parlent pas de la pièce, mais de leur histoire, avec un père ou une mère alcoolique. « Ils me parlent d’égal à égal. De leur regard qui a changé. C’est émouvant et magnifique. Mon histoire n’est qu’un prétexte pour parler au plus grand nombre ».
Josépha le reconnait, elle n’aurait jamais pu écrire cette pièce du vivant de sa mère. « On ne pouvait pas parler de son alcoolisme ! Mais maintenant qu’elle n’est plus là pour m’empêcher de le faire… ». Pourtant, au départ, l’écriture était douloureuse. « Parce que cela ne faisait que deux ans qu’elle n’était plus là, mais je ne me souvenais déjà plus du timbre de sa voix ou de sa manière de tenir sa cigarette. Cela me rendait triste. Je lui en voulais plus d’être morte que d’avoir été alcoolique ».
3 T dans Télérama
Le Monde, le Canard enchaîné, France info… « et trois T à Télérama ! », souligne-t-elle joyeusement. Grâce à cette pièce, son talent a été repéré. « Mon père est fier : l’autre jour, il est redescendu avec un album contenant tous les articles de presse. Après le spectacle, il m’a dit qu’il ne savait pas tout ça ».
Bien ancrée dans la réalité, Josépha ne chôme pas : elle tourne avec Pépée, mais aussi avec Pistolet et Good Sex. Son rêve ultime ? Faire un film avec Jeanne Balibar. « J’adore cette actrice, elle peut tout faire ». Aucun doute sur le fait que Josépha en soit capable également ! Et que, dans peu de temps, Paris nous la chipe.
EN SAVOIR +
- Pépée, une histoire sans chute est en tournée dans toute la Belgique. Infos et réservation sur livediffusion.com
Retrouvez ici la bande annonce du spectacle de Josepha Sini
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