Loisirs et culture

« Mon boulot, c’est de lire des histoires »

Rencontre avec Élise Larpent, bibliothécaire dans une école bruxelloise

Allez, avouez que vous êtes nombreux, nombreuses à rêver de pouvoir présenter votre travail comme ça. Bibliothécaire scolaire à Saint-Gilles (Bruxelles), c’est le quotidien d’Élise Larpent. Des journées faites de partages, de découvertes autour de cette passion pour la littérature jeunesse.

Dans l’univers de la littérature jeunesse, il est souvent question dans nos pages des autrices et auteurs, illustratrices et illustrateurs, des maisons d’édition, des librairies spécialisées et, plus rarement, c’est vrai, des bibliothèques. Et qui dit bibliothèque, dit bibliothécaire. Élise Larpent en est une, avec une petite particularité : celle de travailler dans des écoles.

La fonction de bibliothécaire scolaire n’est pas forcément très répandue. En quoi cela consiste-t-il ?
Élise Larpent :
« En premier lieu, en ce qui me concerne, c’est une volonté communale d’avoir des bibliothécaires dans les écoles de Saint-Gilles (Bruxelles). Je trouve que ça devrait être partout comme ça ! Ensuite, je travaille dans deux écoles, une dans le général, une dans le spécialisé, ce sont donc deux casquettes totalement différentes. Dans le général, à J. J. Michel, je lis beaucoup d’albums, même aux 6e. C’est vraiment de la lecture plaisir, plaisir à écouter, plaisir à voir. J’essaye de remettre cette tradition de l’oralité qu’on a perdue, parce qu’on a oublié que c’était bien. Ensuite, j’en parle avec les élèves, eux partagent entre eux. Pour le spécialisé, l’école du Parvis est de type 8, avec des élèves qui ont des troubles de l’apprentissage, j’y propose plutôt des activités artistiques avec les livres comme médium. La notion de plaisir est aussi importante, parce qu’un des enjeux, c’est de lutter contre la peur des livres qui, pour beaucoup, les renvoie à leurs difficultés. »

Ça veut dire que vous devez suivre un programme précis ou des directives spécifiques ?
É. L. :
« Pas du tout ! J’ai la chance d’avoir la confiance des directions et il y a aussi beaucoup de communication sur les projets, les envies. Je fais mes sélections de livres en fonction des écoles, il y a donc une réflexion par rapport au public, des discussions avec les autres bibliothécaires. Comme la littérature jeunesse a toujours fait partie de ma vie, je me demande aussi si ça aurait plu à la ‘moi’ de 6, 7, 8, 9, 10 ans. Au final, c’est vraiment à nous de nous adapter aux enfants. Par exemple, à l’école du Parvis, on a travaillé avec Le journal de Samuel d’Émilie Tronche et on a passé un super moment. Lire une BD à un groupe n’est pas facile, mais ça parle aux enfants, ça les fait réagir, c’est ça qui compte. À J. J. Michel, la bibliothèque est un espace de liberté, on n’y fait pas n’importe quoi, mais on peut un peu y faire ce qu’on veut. Pour moi, tout est O. K. dans leurs choix et, ensemble, on crée une énergie autour des livres. Et ça fonctionne ! Il y en a plein qui décollent en lecture parce qu’il y a ce plaisir, des échanges, du partage. On s’enrichit mutuellement de nos lectures, c’est très circulaire comme espace. »

Lire, lire, lire et lire encore !

Comment les enseignant·es s’inscrivent dans cet espace ?
É. L. :
« Ils et elles me sollicitent sur certains projets pour les accompagner avec des livres. Je les vois aussi à la bibliothèque juste pour le plaisir, je trouve ça chouette qu’ils et elles puissent écouter les histoires. Ce sont parfois même les plus dissipé·es de tou·tes ! Dans le fait de se déplacer à la bibliothèque, j’aime bien aussi l’idée de voir leurs élèves différemment, dans un cadre qui est bien moins contraignant que celui de la classe. »  

Cela confirme que la littérature jeunesse n’est pas réservée qu’aux enfants et que les adultes ont un rôle à jouer ?
É. L. :
« Tout d’abord, nous avons un devoir moral en tant que professionnel·les d’accompagner les jeunes lecteurs et lectrices, sans les forcer, simplement en mettant un cadre propice. Ensuite, la richesse de la création fait que la littérature jeunesse est aussi une lecture pour adultes. Ces derniers, de manière générale, qu’ils aient des enfants ou pas, doivent donner l’exemple, c’est une responsabilité citoyenne de lire. Ça peut être dans le métro, dans le train, le tram, à une terrasse, dans une salle d’attente. La lecture, c’est un temps à soi, un moment d’évasion, une lente respiration dans un monde où tout va trop vite. »

Et côté parents ?
É. L. :
« Il y a parfois chez les parents une certaine malhonnêteté à vouloir faire lire alors qu’ils sont eux-mêmes plantés devant leurs écrans. Lors de la réunion de rentrée dans les écoles où je travaille, je leur ai rappelé de lire ce que leurs enfants lisent, de s’y intéresser, de poser des questions. C’est un super outil de communication, le livre. Et puis, si la littérature jeunesse n’est pas dans la culture familiale, si les parents sont absents ou n’ont pas le temps, j’encourage les grands frères et les grandes sœurs à lire aux petit·es. Même si ça ne dure que dix minutes, ce sont dix minutes de partage, de plaisir qui ont un impact positif pour celui ou celle qui lit comme pour celui ou celle qui écoute. »

LES COUPS DE CŒUR D’ÉLISE

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