Développement de l'enfant

Mais… tes potes pourraient au moins dire bonjour ?

À l'adolescence, les groupe de copains/copines varient parfois beaucoup. Pas toujours facile pour les parents de s'y retrouver

Les années passent, les défilés d’ami·e·s ne s’estompent pas. Pas facile de savoir à qui on a affaire. Entre Killian et ses airs de méchant ou Suzanne qui semble trois fois plus âgée que notre adorable progéniture, on a un peu de mal. Comment s’y retrouver ? Voyons voir.

Dans les petites classes à l’aube du secondaire, on parvenait encore à établir des ramifications. Mais depuis peu, on ne suit plus rien. Et le salon est devenu le terrain de tout un tas d’inconnu·e·s, dont certain·e·s paraissent même franchement belliqueux/belliqueuses. Ils/elles rendent même Laurent, papa d’un garçon de 16 ans et d’une fille de 17 ans plutôt perplexe.
« Mes enfants sont clairement dans un registre casse-c… euh, pardon, contestataire. J’ai l’impression que faire venir des copains/copines déstabilisant·es est parfois un moyen de nous tester. Pour voir si nous sommes ouverts, pour comprendre s’il y a des limites, je ne sais pas trop. En tout cas, les copains/copines peuvent clairement être une forme de provocation. »

Le parent, exhausteur d’amitiés ?

Y a-t-il un message à décrypter dans le choix des ami·es ? Pour Marie Roossens, c’est évident. « Les ados demandent implicitement à leurs parents s’ils peuvent leur accorder leur confiance jusque dans leur singularité. Parfois, à cet âge-là, si les enfants sont en confiance, c’est aussi une manière de valider les amitiés. C’est un âge où ils oscillent entre l’extérieur et la maison. Une copine, un copain qu’on ramène chez soi et qu’on présente sans en avoir l’air, c’est une manière de dévoiler son identité. On peut se risquer en tant que parent à poser des questions sur ce qu’elle ou il partage avec ses ‘ami·es’ au cours d’une balade ou un petit passage éclair dans la chambre après le souper. On s’intéresse. On ne flique pas. On ne juge pas. C’est le moment où ils vont lâcher quelques craintes, quelques anecdotes ».
C’est aussi le moment où on peut l’aider à démêler les liens et exprimer - avec beaucoup de délicatesse - quel point de vue on a sur untel ou unetelle. Laurent partage sa méthode : « Si je sens que la discussion est possible et qu’on est dans un registre drolatique, je procède par surnom. Pas pour me moquer, mais pour pas trop jouer les intrus. Par exemple, ‘Et Mèche verte, c’est un copain d’école ? Vous êtes dans la même classe ? Vous êtes copains depuis longtemps’ ? Il a l’air rigolo’. Ça se fait très naturellement. Je mets un pied dans son monde. Et puis, comme tous les parents, je pose la question de trop et la coquille se referme (rires) ».
Marie Roossens explique que la connivence se construit petit à petit. L’idée, c’est de montrer que l’on collabore. On considère son grand enfant comme une personne qui a sa propre vie, son univers, ses joies, ses peines. Cette complicité forgée depuis l’enfance ne se perd pas. Le graal ? Le respect mutuel qui va aider en cas d’amitiés tumultueuses. Justement, il est temps de les évoquer.

Les amitiés maléfiques

Geneviève revient sur les différentes relations toxiques que sa petite dernière a éprouvée toute sa scolarité. Très vite, il a fallu mettre en place des balises pour l’aiguiller.
« Elle a toujours eu le chic pour être attirée par les pires enquiquineuses. La technique a été simple, je lui ai dit ‘Si le lendemain d’une soirée entre amies, tu n’es pas fière de toi, c’est que cette amitié n’est pas bonne pour toi’. Nos ados manquent souvent de discernement, il semble important de les outiller. »
Est-ce vraiment au parent de sortir son enfant de ses relations malsaines ? Pour Isabelle Taverna, psychologue à la Chapelle-aux-Champs, oui, s’il y a danger, c’est le rôle du parent. Mais elle nuance.
« Dès qu’un parent cherche à influer sur les amitiés, il devrait s’interroger. Qu’est-ce qui lui déplaît dans cette relation ? Plus encore : qu’est-ce qu’il craint ? Et si un jour l’enfant est déçu, il doit l’être par lui ou elle-même. Le rôle du parent dans ces relations est finalement très en retrait. Il est là pour veiller, pas pour façonner le jugement. Il doit accepter que l’enfant ne soit pas son clone et essayer de se détacher le plus possible de cette forme de liberté surveillée. Comment ? En se montrant disponible, en étant un interlocuteur, sans faire les questions et les réponses. Et si jamais, un jour, une catastrophe amicale se produit, ne jamais dire ‘Ah, tu vois, je t’avais prévenu·e’. Des déceptions, il y en aura ». Aucun parent ne pourra jamais éviter ça à son enfant. Pas facile à accepter non plus, pas vrai ?

ZOOM

Lisons Amis

François Ayroles, dans son livre Les Amis (L'Association), aborde l’amitié de façon précise sans pirouette, ni flagornerie. Avec autant de beauté imagée que de vérité nue. Plusieurs petites saynètes drôles, cruelles, très métaphoriques, un dessin sans fioriture qui se mêle au propos, des échanges toujours simples et profonds. Les bases d’une discussion sur l’amitié à aborder avec les potes, peut-être ?

Avec l'adolescence, l'entrée en secondaire, le microcosme de l'ado s'élargit

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Mais… qui sont tes nouveaux potes ?