Loisirs et culture

Mère-fille, prends garde à ton duo

Dans La bonne mère, Mathilda Di Matteo passe subtilement en revue certaines dérives de notre société

Avec La Bonne Mère, Mathilda Di Matteo signe un premier roman étonnant. Autour d’une famille marseillaise, elle trace un chemin serpentant entre violences conjugales, reproduction des schémas familiaux, changement de classe sociale et antagonisme marseillo-parisien. Le tout avec autant d’amour que de haine, de joie que de peine.

Si les relations familiales sont fréquemment de la matière première pour roman, il est des auteurs et des autrices qui parviennent à emporter leur sujet bien plus loin. C’est le cas de Mathilda Di Matteo et son premier titre La Bonne Mère (L’Iconoclaste). Avec une écriture fluide, drôle, mordante, elle nous emmène tout d’abord à Marseille, cité de l’iconique Notre-Dame de la Garde, la « Bonne Mère » qui veille de toute sa hauteur sur la ville.
Et puis il y a l’autre « Bonne Mère », Véro, enfant du pays et véritable « cagole » dans le langage local, autrement dit aussi provocante que vulgaire. Mariée à Joseph, dit « le Napolitain », elle est la maman de Clara, jeune femme totalement à l’opposé d’elle, tant sur le plan physique que dans la façon d’être. Et comble du comble pour la maman marseillaise, sa fille a fini par « monter à Paris » pour y faire ses études, débuter sa carrière dans la prestigieuse filière de Sciences Po... et tomber amoureuse d’un pur Parisien, fils de bonne famille.
Pour faire vivre son sujet au plus près du lecteur et de la lectrice, Mathilda Di Matteo joue tout au long de son roman l’alternance de points de vue entre mère et fille. Elle tisse ainsi une toile douce-amère, entre différences et véritable amour profond réciproque. Si l’autrice met en avant la complexité des relations mère/fille, elle propose également une lecture bien plus vaste de la société, notamment à travers le prisme de la turpitude des histoires de famille et de la vie de Clara dans le monde parisien.

Si différentes et si semblables

Ce qu’on aime dans La Bonne Mère, c’est que Mathilda Di Matteo ne se contente pas de faire « parler » ses deux protagonistes – on notera que Véro garde son accent marseillais même à l’écrit ! L’autrice livre de la mère et de la fille, toutes leurs pensées les plus serètes (celles de Véro à propos de son « gendre » sont à mourir de rire…), leurs ressentis les plus intimes, leurs failles les plus douloureuses, leurs blessures les plus profondes, leurs instincts les plus vifs, que ce soit dans leurs joies ou dans des situations difficiles. En effet, la vie de Véro et Clara, ce sont des rires francs, des petites ou grandes victoires, mais aussi de nombreux bas. Ils se manifestent souvent par de la violence, tout autant par les mots que par les coups reçus, parfois de façon identique, parfois très différemment pour l’une et l’autre.

La Bonne Mère - Extrait  - L'Iconoclaste - © photo : Marie Rouge
« C'est qu'elle brille, autant qu'elle braille, tous ces gros mots que moi, je m'étais promis de ne jamais faire sortir de ma bouche, qu'elle dit aux siffleurs en voiture, mais aussi au banquier, au boucher, et même à la boulangère, si bien qu'ils la craignent, si bien que tous se courbent devant elle dès qu'ils entendent sur le sol ses talons qui claquent. Certains disent, comme pour contrer son pouvoir, qu'elle est vulgaire. Moi, je dirais qu'elle est solaire. Un soleil de canicule, du genre incendiaire. »
La Bonne Mère - Extrait

L'Iconoclaste - © photo : Marie Rouge

De la violence conjugale qui mine le quotidien jusqu’à faire éclater les plus belles histoires d’amour aux non-dits familiaux qui explosent à la face de tous et toutes un jour d’enterrement, en passant par le refus d‘un compagnon un peu honteux des origines de sa compagne de passer outre le fossé social, La Bonne Mère est un roman plein de surprises. Sous un premier abord léger se cache une histoire riche, intense et surtout éminemment contemporaine.

  • La Bonne Mère de Mathilda Di Matteo (L’Iconoclaste – Août 2025)