Société
L’ARCHIVE DU MOIS
À l’automne 2006, l’heure est aux élections. Le Ligueur est au taquet entre programmes électoraux, isoloirs et bulletins de vote. À cette époque, le Petit Ligueur figure encore au sommaire du magazine. Il s’agit de pages consacrées à l’actualité expliquée aux enfants. L’occasion faisant le larron, la rédaction décide d’aborder de façon didactique le scrutin électoral. Il est forcément question de l’âge auquel on peut voter. Le Ligueur rappelle que, jusqu’en 1971, il fallait avoir 21 ans pour voter. En 2006, la limite est de 18 ans. Aujourd’hui, en 2026, celle-ci est toujours de mise, sauf pour les élections européennes où l’obligation de voter s’impose à partir de 16 ans.
Le Petit Ligueur questionne ces limites dans Et si les enfants votaient ?, un article signé Thérèse Jeunejean. Pour alimenter sa réflexion, la journaliste s’inspire des résultats d’une enquête menée sur un site internet destiné aux enfants. Là, était demandé directement aux intéressé·es de savoir s’ils ou elles étaient d’accord avec l’éventualité de participer activement aux élections. Bon, le sondage n’a pas été un grand succès, cinquante réponses à peine, avec, finalement, un constat d’ex æquo.
Pour Alan, c’est no way, âgé de 10 ans, il estime qu’un enfant n’a pas à s’intéresser à la politique. Géraldine est du même âge et du même avis, « si on n’a pas tout lu et qu’on vote pour quelqu’un de méchant, on fait quoi après ? ». Encore un petit tour du côté des non ? « Ce serait abuser », estime Kahina (11 ans). Quant à Marie, 13 ans, elle doute de l’honnêteté des adultes qui pourraient « profiter de la naïveté des enfants ».
Dans le camp des oui, Eva monte au front : « Je trouve que voter est un privilège et pourquoi on ne le donnerait pas aussi aux enfants ? On fait partie aussi de notre ville. Nous aussi, on existe et nous voulons donner notre opinion ». Anaïs, 12 ans, déboule aussi avec un avis bien affirmé : « L’avenir est aux jeunes. Alors pourquoi c’est pas les enfants qui décideraient de leur avenir et non les adultes qui pensent qu’à eux ? ».
Voilà des propos qui font écho à notre dossier sur l’infantisme sorti en juin dernier. La pédopsychiatre et sociologue Laelia Benoit y expliquait : « Cette idée de droit de vote aux enfants souligne qu’il faut trouver comment les impliquer, ce qui changerait complètement le paysage citoyen. (…) Je pense qu’une manière d’impliquer concrètement les enfants électeurs, ça pourrait se faire en s’alignant sur les votations, cette spécificité exécutive communale et cantonale en Suisse, pour lesquelles on revient régulièrement avec des concertations très locales ».
Mais, revenons en 2006. Avec une question très précise. Donner le droit de vote aux enfants, très bien, mais à partir de quel âge ? Sondés, les enfants donnent des avis divergents. La fourchette va de 8 à 14 ans. À l’époque, le mot de la fin, Thérèse Jeunejean le confie à Clo. Du haut de ses 11 ans, elle estime qu’il ne faut pas donner le droit de vote aux enfants « parce qu’ils risqueraient de voter sans savoir ». Ce à quoi elle ajoute, « Mais… on devrait les écouter un peu plus ». Ce qui rejoint encore totalement le constat posé par le Ligueur en juin dernier, à défaut de donner une voix électorale aux enfants, prendre davantage en considération leur voix serait déjà un bon début.
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