Vie pratique

Pépé où t’es ?

Il y a encore quelques générations, tout était simple : les grands-parents s’appelaient « pépé », « mémé », « bon-papa », « bonne-maman ». Mais il a fallu que la génération des baby-boomers entre en piste pour venir tout perturber.
« Les parents de mon papa, c’est papi et mamie ; ceux de maman, c’est bon-papa et bonne-maman ». Plié, on n’en parle plus. C’était facile les générations précédentes. À de rares exceptions, les grands-parents possédaient toutes et tous les mêmes petits noms. Ils se ressemblaient presque, regardaient les mêmes émissions de télé, pratiquaient les mêmes activités. Tout ronronnait au salon autour de la pendule d’argent qui dit oui, qui dit non, qui dit « Je vous attends ».
Seulement, la génération des baby-boomers réinvente le jeu. Non contente d’incarner pour la première fois dans l’histoire de l’humanité « les jeunes », les voilà qui réinventent le rôle de grand-parent. Oui. Ça passe aussi par la façon dont on se fait appeler par sa tribu.

Un seul grand-père, trois appellations

Tour d’horizon de ces drôles de zigues qui refusent qu’on les appelle comme leurs propres parents. Pourquoi d’ailleurs ? « Pas assez moderne ». « Réducteur ». « Impersonnel ». Ou encore « Pour conserver un certain dynamisme et se distinguer des autres », nous disent les un·es, les autres. Les doux sobriquets de nos aîné·es ? Ils sont aujourd’hui variables au possible. D’autant qu’avec les séparations, les couples recomposés, un Papilou peut être le simple mari de Mamoune. Et il s’appelle comme ça parce que SES petits-enfants de sang, non par alliance, le nomment ainsi, mais pas les autres… Vous suivez ? Non. C’est tout à fait normal… Et ça, c’est quand tous les petits-enfants sont au diapason. Pas comme chez August, 73 ans, chez qui il faut un mode d’emploi pour comprendre qui appelle qui.
« Au départ, avec mes deux premiers petits-enfants, on m’appelle Papigust. Puis, nouvel enfant, nouvelle dénomination. Papigust devient aussi Papouk. Mais comme je suis remarié, et que chez les enfants de ma nouvelle jeune compagne de 75 ans, il y a déjà un Papigust - contraction de Gustave ! - et que je ne suis pas le grand-père, mais bien le ‘beau-grand-père’, pour eux, je suis Papibis (papi bis). J’adore, ça a un côté égyptien ». Trois appellations pour un seul grand-père. Et August n’a pas dit son dernier mot, il reste ouvert à d’autres surnoms.

« On joue le jeu tout en réinventant les règles »
Anne Paravy

Psychologue

Un titre de grand-parent par tribu ? On pose la question aux pépés et mémés que l’on a rencontré·es pour cet article. L’idée d’une dénomination variable séduit. Après tout, « pourquoi toujours laisser la primeur de l’appellation aux premiers et premières arrivé·es ? », se pose la question à voix haute, Irène, connue sous l’appellation de Babička (mamie en tchèque).
Pour la grand-maman, le plus important est de trouver un petit nom qui va plaire à tout le monde. La meilleure ? Mieux, la plus adaptée. « Autour de moi, il y a des Pomme, il y a des Mamie-chat, il y a même un Zeus ! Finalement, ce qui compte c’est que ça sonne évident. Une amie est arrière-grand-mère et se fait appeler GM2, prononcez gé-éme-deux, impossible à retenir, et pour les parents et pour les tout-petits. On dirait une formule de maths ».

Nouveau nom, nouvelle fonction ?

Ce qui nous intéresse aussi, au-delà de l’aspect pratique ou idéologique du pseudo, c’est de savoir s’il redéfinit le rôle ou pas. Chez les protagonistes que l’on a rencontré·es, on a senti l’envie de tourner le dos à une image traditionnelle, et donc à une certaine forme de vieillesse. On en discute avec Anne Paravy, psychologue spécialisée dans la grand-parentalité. Pourquoi pas un gentil petit papi ou mamie à l’ancienne, après tout ? Elle explique que le couac, c’est lorsque les grands-parents ne se sentent pas prêts à le devenir.
« Il peut y avoir plusieurs raisons. L’idée de ne pas vouloir assurer le passage de flambeau éducatif, par exemple. Ils ou elles n’ont pas le sentiment d’être véritablement âgé·es et souhaitent continuer à cultiver une certaine forme de jeunesse. Dans ce cas, le désir de trouver un nouveau surnom traduit généralement la volonté d’être plus affranchi·e des codes. On joue le jeu tout en réinventant les règles. Bien souvent, cette réinvention du nom, c’est aussi une manière de se rapprocher de ses petits-enfants. Comme si on créait ensemble quelque chose. »
Comme si on contribuait à une grand-parentalité sur-mesure en quelque sorte. Est-ce que ça plaît aux parents cette affaire ? August revient à la charge. « Nos enfants, parents à leur tour, nous connaissent. Ils peuvent tout du moins nous redécouvrir dans nos nouveaux habits de pépés et mémés. Plus cools sur certains points. Plus pointilleux sur d’autres. Plein de choses se chevauchent. La façon dont on se fait appeler, c’est un peu la vitrine de tout cela. Il y aura des désaccords, des débats sur certaines façons de faire, on ne se comprendra peut-être pas parfois. Mais tout ce qu’on va faire, c’est dans l’intérêt de notre famille. De nos petiot·es. De notre descendance. C’est une manière de leur dire : ‘Je vais le faire à ma façon, jamais loin de toi ou de ce que tu penses et ça va être bien. Qu’on se dise toutes et tous que ça va être bien’ ».
Papi-Bien et Mami-Bien, c’est une bonne idée, ça, non ?

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