Loisirs et culture
Ces dernières années, les ateliers d’initiation à la bande dessinée se multiplient un peu partout en Belgique. Le musée de la Bande dessinée en accueille, lui, depuis plus de vingt-cinq ans. Nous nous sommes glissés dans l’un d’eux pour prendre le pouls.
C’est pile en face du magnifique musée de la Bande dessinée bruxellois que les douze stagiaires écoutent avec attention Sylvain Fajner, leur maître de stage spécialisé dans la construction de personnages. Sur un présentoir, il dessine un personnage qui a le dos en forme de S, de I, puis de C : « Vous pouvez appliquer des lignes d’attitude à vos personnages. La ligne démarre de la tête aux pieds. Cela donne du mouvement ».
Chacun s’applique ensuite à tester la méthode sur son personnage créé la veille, avec du papier calque. L’ambiance est studieuse et appliquée. Si, hier, ils ont appris la géométrie des personnages, aujourd’hui, les stagiaires apprendront les textures, les expressions faciales, la gestuelle et la mise au propre.
« Je leur transmets des outils simples qui facilitent la complexité des choses, explique Sylvain Fajner. Dans un atelier BD, on apprend à observer, à analyser, à structurer et à ressentir aussi. Car on est dans l’émotion ». Demain, ils visiteront le musée selon une thématique.
Lauréat d’un concours scolaire
« Avant, il n’y avait que des ateliers dessin, les ateliers de bande dessinée étaient réservés aux Académies. Maintenant, on en voit apparaître un peu partout, explique Tine Anthoni, directrice adjointe du musée de la Bande dessinée. Ici, nous avons eu la volonté de nous adresser aux jeunes et qu’ils soient encadrés par un auteur/dessinateur professionnel. Pour un accompagnement de qualité. »
Certain·es jeunes, fidèles, reviennent chaque année et, visiblement, ça paye. L’un d’eux a remporté dernièrement le prix du dessin et celui du scénario (catégorie 8-12 ans) au concours de BD scolaire qui avait pour thème « L’ami imaginaire », avec ses planches de Tomaatman. Celles-ci sont même exposées au musée actuellement. « Derrière chaque planche se cache un imaginaire qui ne demande qu’à être partagé ».
Parfois considérée par certain·es comme un art mineur, la bande dessinée n’en demeure pas moins pour la grande majorité d’entre nous une porte d’entrée vers la lecture. Une stimulation naturelle de l’imaginaire. « Cette place de première lecture est riche, car ce n’est pas parce qu’un enfant a plus de mal avec la lecture qu’il ne faut pas lui fournir d’histoires dans lesquelles il puisse s’identifier et évoluer. Il faut arrêter de les prendre de haut, insiste Tine Anthoni. Les enfants adorent les BD, parce qu’elles ne sont pas lourdes en texte, mais riches en histoires ».
Le journal de Perrault
C’est d’ailleurs un imaginaire commun qui lie Nils et Samuel, 14 ans tous les deux. Si Nils est un habitué des ateliers – il en est à son cinquième et « j’apprends toujours des trucs » –, pour Samuel, c’est une première. « Si je suis là, c’était pour être avec lui ». En creusant un peu, on réalise que le duo, très complice, a carrément une idée commune : développer le Journal de Perrault, un projet de BD réalisée par Samuel quand il était petit.
« Quand je l’ai montré à Nils, il a tout de suite eu envie de continuer à le développer ». Et Nils d’enchaîner : « C’est un peu comme le Journal de Spirou. Perrault est un petit chat blanc aux yeux jaunes triangulaires. C’est la mascotte, mais il n’a pas besoin d’être là dans toutes les histoires ».
Là, ils travaillent sur un scénario pour un trio de personnages qui parlent chacun une langue différente, « comme en Belgique », et qui ne se comprennent pas. Ce qui permet de nombreux quiproquos. Souvent, c’est Samuel qui a les idées et Nils qui les dessine. Ils prennent clairement du plaisir à développer leur histoire. « Comme tous les travaux, on est contents de l’avoir fait. Fiers d’avoir quelque chose à montrer ».
Spontanéité dans la créativité
Sylvain Fajner donne également des cours dans des écoles supérieures (Rubika, Helha), mais il apprécie ces stages avec les plus jeunes. « Il y a beaucoup de légèreté et de spontanéité. Ils ne sont pas encore ‘codés’, donc plus libres dans leur créativité. On se retrouve parfois avec des environnements inattendus, avec une autre vue sur les choses ».
Si Sylvain Fajner leur enseigne une grammaire, il précise aussi que « je leur dis toujours qu’ils en font ce qu’ils veulent. On n’en fait pas une religion ». Le stage se terminera avec une mini-expo de leurs œuvres dans le hall du bâtiment. Afin de pouvoir admirer les nouveaux acquis.
EN PRATIQUE
Les stages d’initiation à la bande dessinée sont organisés durant chaque congé scolaire (excepté celui d’hiver) pour les 10 à 14 ans (maximum douze élèves par stage). Il existe également les ateliers BD du samedi matin (9h30-12h30) qui s’adressent aux 10-16 ans.
Horaires : de 10 à 16h, avec possibilité de garderie dans la bédéthèque de 9h à 17h. Prix : 150€ pour les stages des 10-14 ans (matériel compris) ou 280€ pour 22 séances pour les ateliers des 10-16 ans.
À LIRE