Santé et bien-être

Quand la restriction alimentaire s’installe dans la durée

Jusqu’où le refus alimentaire peut-il être mis sur le compte d’une néophobie alimentaire ? À partir de quand est-il le signe d’un trouble ?

Danaé a été allaitée exclusivement pendant trois mois. Quand Belinda doit reprendre le travail, le passage au biberon est compliqué. Pendant des jours, la petite n’avale rien à la crèche et c’est seulement avec les tétées du matin et du soir qu’elle s’alimente. Les puéricultrices sont inquiètes. Les parents aussi, forcément.
Danaé ne suit plus sa courbe de croissance. Elle chute de la courbe moyenne de 50 à celle de 25 en l’espace de quelques mois. La diversification n’améliore pas la donne. Rentrer une cuillère dans la bouche de Danaé s’avère être un exercice périlleux. Comme beaucoup d’enfants, elle accepte principalement les féculents, mais rejette les fruits et les légumes cuisinés maison. Autre particularité : rien ne peut être mélangé.
Les semaines passent. Belinda et Antoine sentent qu’il y a quelque chose à creuser derrière les refus alimentaires persistants de Danaé. C’est une pédiatre qui leur parle de troubles de l’oralité et leur conseille d’aller consulter une logopède. Le bilan logopédique confirme qu’il y a bien un problème fonctionnel au niveau de la bouche. Chaque jour, les parents s’astreignent à de petits massages et étirements. Une manière de désensibiliser la zone pour que les aliments soient mieux acceptés.
Néophobie alimentaire, troubles de l’oralité, troubles alimentaires, nombreux sont les parents qui ne savent plus quoi. « Il y a une forme d’errance médicale en ce qui concerne les troubles alimentaires pédiatriques, confirme Amélie Evrard, logopède. Les parents qui passent la porte de ma consultation sont souvent perdus et ne savent plus à quoi se raccrocher. On leur dit que le refus alimentaire va passer et puis, ce sont les mois qui passent et leur enfant n’élargit pas son répertoire ».
Comment démêler cet imbroglio ? Jusqu’où le refus alimentaire peut-il être mis sur le compte de la néophobie alimentaire et à partir de quand est-il le signe d’un trouble ? Nous avons frappé à la porte de Pascale Grevesse, formatrice et logopède à Saint-Luc dans une consultation dédiée aux troubles alimentaires pédiatriques.

Les parents qui ont témoigné dans ce dossier utilisent le terme de troubles de l’oralité. De votre côté, vous parlez de troubles alimentaires pédiatriques (TAP). Qu’en est-il ?
Pascale Grevesse :
« L’appellation ‘troubles de l’oralité’ est largement véhiculée sur les réseaux sociaux et fait du tort à l’efficacité de la prise en charge. Ce terme ne renvoie pas à des critères de diagnostic clairs. Il a aussi tendance à tout focaliser sur la question de l’hypersensibilité de la bouche. Nous préconisons l’appellation de troubles alimentaires pédiatriques (TAP) qui propose une approche interdisciplinaire de l’évaluation et de la prise en charge. »

Qu’est-ce qu’un trouble alimentaire pédiatrique et en quoi se distingue-t-il de la néophobie alimentaire ?
P. G. :
« On parle de trouble alimentaire pédiatrique lorsqu’il y a une difficulté à consommer une quantité ou une variété d’aliments suffisante pour couvrir les besoins nutritionnels et assurer la croissance de l’enfant. La restriction alimentaire peut être motivée par un refus ou une réelle incapacité physique.
Dans un cas de néophobie alimentaire, l’enfant refuse un nouvel aliment parce qu’il a peur de la nouveauté. On estime que cette phase intervient aux alentours des 2 ans de l’enfant. À cet âge, il découvre les aliments, les associe, apprend à les reconnaître et aussi à les apprécier. Pour y arriver, l’enfant doit être exposé à répétition à cet aliment. Au fur et à mesure, il se rend compte qu’il est sans danger, qu’il peut le manger sans être malade et en mangeant, il découvre la sensation de satiété.
Lorsque, malgré la répétition, l’enfant rechigne, recrache ou vomit l’aliment et que le refus persiste dans le temps, cela mérite qu’on investigue. On parle de troubles alimentaires pédiatriques chroniques à partir du moment où la restriction dure plus de trois mois. »

Quand le refus persiste, à qui faut-il s’adresser ?
P. G. :
« Tous les jours, j’ai des parents qui m’appellent pour me demander si je travaille sur les troubles de l’oralité. Le plus souvent, ils ont regardé sur internet, mais n’ont pas consulté leur pédiatre. La toute première chose à faire, c’est de consulter cette source. C’est le pédiatre qui est le spécialiste de l’enfant, peut refaire l’historique de son alimentation et poser un premier état des lieux. C’est aussi lui qui peut exclure un problème d’ordre médical comme un reflux pathologique, une intolérance, un encombrement de la sphère ORL, des douleurs intestinales… »

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