Développement de l'enfant
Autour de 9 mois, votre bébé se déplace à sa façon. Il est en plein dans les découvertes. Il met sa motricité au service de ses explorations, explorations de son territoire et donc aussi explorations des objets et des personnes qu’il y rencontre. Très concrètement, cela donne quoi ? On le dit et répète : à chaque enfant ses façons de faire !
À 8 mois déjà, la motricité de votre bébé était riche, variée et harmonieuse. « À 9 mois, l’enfant confirme son mode de déplacement, il peut aussi changer de forme de déplacement, décrit Bénédicte Guislain, kinésithérapeute pédiatrique au CHIREC (site Delta) et en privé, à Bruxelles. Il rampait peut-être et le voilà qui s’essaie au "quatre pattes". Ou il rampait et rampe maintenant plus vite. Il va peut-être avoir plusieurs façons de se déplacer : il peut et ramper (et il existe trente-six façons d’évoluer à plat ventre !) et aller à quatre pattes. Il va inventer sa propre façon de se déplacer, celle qui, pour lui, se révèle la plus efficace. Il va trouver des solutions motrices pour atteindre ses buts. »
« En se déplaçant, le bébé va être capable de passer au-dessus, en dessous, d’aller à droite, à gauche… S’il veut prendre un jouet posé près de lui, cela ira vite, il n’aura qu’un pas de "quatre pattes" à faire par exemple. Pour attraper un jouet plus éloigné, il devra faire plus de pas de "quatre pattes", poursuit Bénédicte Guislain. Il expérimente ainsi très concrètement les notions d’espace et de temps. Plus tard, il les intégrera d’autant mieux sur le plan abstrait qu’il les aura vécues avec son corps. »
Tout cela, votre bébé le vit avec un plaisir manifeste ! Plaisir d’être dans son corps, de bouger, de faire des expériences, de découvrir ses limites…
L’enfant peut être stimulé par un grand frère ou une grande sœur, surtout si celui-ci ou celle-ci est encore à un âge où on bouge, saute, court beaucoup. C’est ce que décrit si bien Diane, la maman de Margaux et de Jules : à 9 mois déjà, sa petite veut faire comme son grand frère, qui a 3 ans, « c’est son modèle » (lire le témoignage de Diane ci-dessous). Le développement moteur de l’enfant est aussi lié à son tempérament, à son tonus qui lui est propre, à son bagage génétique singulier.
Un espace adapté et sécurisé
Il est important que vous offriez de l’espace à votre bébé pour qu’il puisse explorer à sa guise. Un espace plus grand que son parc, qui reste utile quand vous vous éloignez un moment de votre petit. Un espace dont le sol est adapté au ramping ou au « quatre pattes » : sans couverture, ni tapis de jeu en tissu donc, mais avec un tapis de gym ou un tapis-puzzle – qu’il quittera bientôt pour aller à même le parquet ou le carrelage. Un espace avec du relief (un gros coussin ici, un tabouret stable là…), histoire qu’il ait l’occasion de contourner des obstacles, de les escalader, de s’en servir pour se redresser… Un espace aussi avec des jouets (comme ceux qui roulent) qui vont stimuler son goût pour l’exploration.
Les bosses et les bleus sont inévitables. Mais à vous d’assurer à votre bébé un environnement sécurisé, où il ne se met pas inutilement en danger
Votre bébé fait ses expériences. Les bosses et les bleus sont inévitables. Mais à vous de lui assurer un environnement sécurisé, où il ne se met pas inutilement en danger. Pensez aux cache-prises, aux barrières d’escaliers, aux coins de table. Mettez hors de sa portée ce qui est fragile et dangereux. À vous aussi d’installer vos règles ! Faites-vous partie des familles où les enfants peuvent chipoter aux boutons de la sono ou de celles où ce n’est pas permis ?
Si votre bébé risque de se faire mal, vous allez bien entendu voler à son secours. « Ce qui est important, c’est de le laisser faire ses expériences, également celles de perte d’équilibre ou de chute, à partir du moment où il n’est pas en danger, dit Bénédicte Guislain. Il apprend par essais et erreurs. La chute fait partie de l’apprentissage. »
Passer par le « quatre pattes », c’est tout bénef pour votre bébé
Le stade du « quatre pattes » est « un passage hautement souhaité », insiste la kinésithérapeute. Pourquoi ? « Quand l’enfant fait les expériences sensorimotrices d’avant l’acquisition de la marche, il exerce entre autres la coordination de ses mouvements, l’équilibre, les appuis, il se renforce sur le plan musculaire et dans le redressement. Il aura besoin de tous ces "ingrédients" pour marcher et pour être bien dans son corps et dans ses mouvements. Par ailleurs, les mouvements du ramper et surtout du "quatre pattes" vont permettre des connexions entre les cellules neuronales et des connexions entre l’hémisphère droit et l’hémisphère gauche du cerveau. D’où un meilleur terrain d’apprentissage, non seulement de la marche, mais aussi de la lecture, de l’écriture, du calcul… Bref, c’est tout bénéfice pour l’enfant de passer par le stade du "quatre pattes". »
C’est généralement à partir du « quatre pattes » que le bébé trouve tout seul la position assise. Il voit ainsi augmenter son choix de postures possibles. Il y a des bébés qui ont été habitués à la position assise… et qui s’en satisfont. « C’est alors important de les aider à quitter cette position pour qu’ils varient leurs expériences motrices, pour qu’ils aient envie de bouger. Et pour qu’ils ne deviennent pas des bébés frustrés (à force de voir leurs copains bouger, mais pas eux), tyranniques (car ayant besoin d’un adulte pour changer de position ou avoir un objet en main), manquant de confiance en eux (parce que, justement, ils doivent toujours faire appel à un adulte pour voir leurs besoins satisfaits). »
Il y a aussi des bébés qui ne tiennent pas encore bien sur leurs fesses à 9 mois. « Ce sont en général des enfants qui prennent tellement leur pied à bouger, explorer, découvrir que l’assis ne les intéresse pas pour le moment et qu’ils ne l’ont pas encore trouvé. À partir du moment où ils sont mobiles et actifs et qu’ils redressent bien leur dos quand on les a sur les genoux, il n’y a pas de quoi s’inquiéter. » Dans le cas contraire, consulter un professionnel spécialisé dans le développement de l’enfant (kiné, pédiatre, psychomotricien…) peut être précieux.
Le plaisir de prendre entre le pouce et l’index
Encore une évolution : votre bébé devient de plus en plus habile pour saisir, entre le pouce et l’index, des objets de plus en plus petits. Dès lors, ne laissez pas traîner des petits objets style bonbons ou pièces de Lego qu’il pourrait attraper et mettre en bouche. Et proposez-lui des jouets de tailles, de formes, d’utilisations variées.
9 mois, c’est l’âge où votre enfant acquiert une saine autonomie. « Certains parents observent cette évolution avec un peu d’angoisse, en se disant : "Mon bébé n’a plus besoin de moi !", remarque Bénédicte Guislain. Mais si, bien sûr qu’il a encore besoin de ses parents, mais autrement parce qu’il grandit ! Cette autonomie est importante car elle permet à l’enfant de construire sa confiance en lui. Elle renforce sa sécurité de base. »
PAS À PAS
D’une étape à l’autre… en harmonie
Comment observe-t-on un développement moteur riche, varié et harmonieux ? De bons indices avec la kinésithérapeute Bénédicte Guislain.
« Le bébé va déployer toutes sortes de stratégies qui lui sont propres pour découvrir son corps et son environnement. Du dos, il se retourne sur le ventre, et inversement. Sur le ventre, il trouve ses appuis, se repousse, se redresse, cherche l’équilibre, effectue des transferts du poids du corps… et se déplace : il rampe. Peut-être trouve-t-il des appuis sur ses mains et ses genoux : il est à quatre pattes. Il avance et explore l’espace qui l’entoure. Ses essais l’amènent à mettre ses fesses à côté de ses talons, et le voilà assis ! Il a alors 9-10 mois. Ou il prend appui sur un tabouret, un pouf, une table basse et se met à genoux. Pour, quelque temps plus tard, se mettre debout, souvent en passant par la position du "chevalier servant". Peut-être va-t-il commencer à faire des pas latéraux autour de la table basse, changer d’appui, passer d’un appui à l’autre, de la table au canapé qui est juste derrière… Il va chercher des appuis de plus en plus loin et, quand il sera prêt au niveau de son équilibre et de la coordination de ses mouvements – et c’est lui qui le sentira –, il n’aura plus besoin d’appuis et il marchera tout seul. »
Cette description ne se répète pas à l’identique chez tous les enfants. Bénédicte Guislain insiste : « Ces différentes étapes peuvent se succéder dans cet ordre ou pas, pour chaque enfant à sa façon et à son rythme. »
LES PARENTS EN PARLENT…
Le grand frère, un modèle
« Sur le plan moteur, Margaux, tout juste 9 mois, évolue plus vite que son grand frère, Jules, qui a 3 ans. Elle s’assied seule depuis deux mois. Elle marche à quatre pattes depuis un mois. Elle est tout le temps en vadrouille et se déplace à une vitesse incroyable. Depuis deux semaines, elle est capable de se mettre debout en prenant appui sur un meuble. On a nos hypothèses pour expliquer la "précocité" de Margaux. Tout d’abord, elle est tirée vers l’avant grâce à son grand frère : c’est son modèle, elle veut faire comme lui. Autre élément d’explication : la façon dont les parents se comportent avec un deuxième enfant. Margaux est plutôt sage, Jules est plutôt turbulent. Comme il réclame pas mal d’attention, elle est davantage que lui au même âge "livrée à elle-même", cela la pousse à se développer. On la laisse souvent dans son parc, même si elle s’y sent à l’étroit. Du jour au lendemain, on l’a vue se mettre sur ses pieds en s’agrippant aux barreaux. Maintenant, elle a besoin d’espace. Alors, on sécurise la maison avec des cache-prises, des barrières de sécurité pour les escaliers, des coins de table… Margaux a quelques bleus, c’est inévitable. On ne va quand même pas mettre du papier bulle partout ! »
Diane, maman de Jules et de Margaux
Il se déplace ou il ne se déplace pas ?
« À la crèche, les puéricultrices disaient qu’Émile ne tenait pas en place, qu’il se déplaçait beaucoup. Ce n’était pas ce qu’on observait à la maison. Y avait-il deux Émile ? On s’est rendu compte que, chez nous, on le laissait encore facilement dans son relax et dans son parc, et aussi sur une couverture qui glisse, fait des bourrelets, bref, trois situations qui ne lui permettaient pas de développer ses capacités. On n’avait pas saisi que ses besoins avaient changé. On a vite revu les choses. »
Juliette, maman d’Émile
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