Développement de l'enfant

Santé mentale et covid : de plus en plus d’ados dans le rouge

Dans quel état sont les ados après le long épisode de crise sanitaire covid ?

La demande d’hospitalisations pédopsychiatriques a augmenté de 400% depuis janvier 2021. Il y a un an, une première vague de décompensation déferlait. En pleine deuxième vague, le nombre de lits mis à disposition est en passe d’augmenter.

Lola* se souvient de sa première crise comme si c’était hier. C’était en novembre 2020, elle avait alors 15 ans et demi. « J’étais à l’école et on terminait par deux heures de sport. Je me suis donnée à fond. De retour dans les vestiaires, j’ai commencé à avoir la tête qui tournait et une impression d’avoir trop chaud. Je suis sortie prendre l’air, mais ça ne passait pas. Tout mon corps s’est mis en tension, mes mâchoires étaient crispées, j’hyperventilais ».
Inquiets, les enseignants décident d’appeler une ambulance. À l’hôpital, Lola reçoit un calmant et se dit que cet épisode n’est plus qu’un mauvais souvenir. Mais le lendemain, rebelote. Quinze mois plus tard, la jeune fille a arrêté de compter les crises. Elles surviennent sans crier gare à l’école, au solfège, au manège, sur son lieu de travail étudiant. En moyenne deux à trois fois par semaine.

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Lola a eu recours à des psychologues, mais n’a pas vu d’effet sur ses crises. « J’ai eu beau changer de psy, je ne peux pas dire que je vois une amélioration, confie-t-elle. Je sais que c’est lié à mon niveau de stress et de fatigue, mais, jusqu’à présent, je ne parviens pas à éviter qu’elles surviennent ».
Âgée aujourd’hui de 17 ans, Lola ne baisse pas les bras pour autant et s’accroche à de nouvelles pistes. « Sur les conseils de ma docteure, je prends un médicament à base de plantes. Je pense que ça m’aide. En cinq jours, je n’ai pas eu une seule crise. Il y a aussi les options de l’hypnose et de la micro-kiné que je n’ai pas encore testées ».

La décompensation ? « Une rupture de l’équilibre psychologique du sujet qui, à un moment, face à un trop plein de tensions, ne peut plus gérer par ses moyens habituels de défense

Une deuxième vague de décompensation déferle

Du coté de Stavelot, Lou aussi a morflé. Du jour au lendemain, l’adolescente s’isolait, se retirait des réseaux sociaux, se coupait de son entourage et décrochait de l’école. La coupe était pleine. Lou se mettait en mode off.
Lola et Lou font partie des jeunes qui décompensent. La décompensation ? « Une rupture de l’équilibre psychologique du sujet qui, à un moment, face à un trop plein de tensions, ne peut plus gérer par ses moyens habituels de défense, résulte généralement une impossibilité d’adaptation à une situation nouvelle », nous renseigne le dictionnaire.
Les conséquences ? Un repli sur soi, des troubles anxieux, des signes de dépression, des pratiques de scarification et, dans les cas les plus extrêmes, des tentatives de suicide. « Ce sont des signes perceptibles et forts qui nécessitent une prise en charge psychologique ou pédopsychiatrique soutenue, avec une hospitalisation qui peut être envisagée avec les soignant·e·s, le jeune, les parents », explique Fabienne Glowacz, psychologue et professeure à l’ULiège.

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Paradoxalement, le premier confinement n’a pas impacté directement les ados. Ils sont dans un état de sidération, comme la population en général. C’est seulement en janvier 2021 que les services font face à une première vague de décompensation. Les professionnel·le·s de la santé sonnent alors l’alerte.
« La demande d’hospitalisation a été inédite et exponentielle avec une augmentation de 400% », souligne Sophie Maes, pédopsychiatre au centre hospitalier Le Domaine. Les services psychiatriques travaillent à flux tendu. Les listes d’attente de patient·e·s s’allongent. Depuis un an, la professionnelle n’a eu de cesse de rappeler dans les médias la saturation des services.
Frank Vandenbroucke, ministre fédéral de la Santé, semble avoir entendu ce message. Sa porte-parole a annoncé un renforcement des moyens avec une augmentation du nombre de lits en soins pédopsychiatriques. Une mesure nécessaire étant donné la durée de la crise sanitaire.

* prénom d’emprunt

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L'asbl Un pass dans l’impasse et son dispositif Sentinelle

Le suicide est la première cause de décès chez les plus de 15 ans. En 2021, le centre de prévention bruxellois du suicide a enregistré une augmentation de 20% du nombre d’appels.
Tout le monde peut jouer un rôle préventif, tel est le crédo défendu par l’asbl Un pass dans l’impasse. Elle a créé en 2021 le dispositif Sentinelle, qui vise à former un maximum de personnes à réagir lorsqu’elles se retrouvent face à une personne en détresse. 300 sentinelles sont déjà actives et 150 autres sont en passe d’être formées.
Cette formation de trois heures est gratuite et permet d’apprendre à observer les signaux inquiétants, d’employer les bons mots et de lancer l’alerte auprès de l’asbl. « Il ne s’agit pas de se positionner en psychologue, mais plutôt de jouer un rôle de lanceur d’alerte pour sauver des vies », explique Alison Verlaet, chargée de communication.
Plus d’informations et inscription à la formation : reference.suicide@un-pass.be - 081/ 77 78 78.