Développement de l'enfant
Anne Claessens a bourlingué dans le secteur de la santé mentale. Elle endosse aujourd’hui les fonctions de psychologue de première ligne et de responsable de projets au CRéSaM (centre de référence en santé mentale) à Namur. Entretien avec une professionnelle passionnée.
En prévision de notre entretien, Anne Claessens a rassemblé ses idées sur une dizaine de pages. Pendant plus de deux heures, la professionnelle étaye son propos. On décèle une urgence en elle : celle de partager ses connaissances et d’outiller les professionnel·les des écoles primaires pour qu’ils et elles puissent agir face aux signaux de souffrance et contribuent ainsi à une bonne santé mentale.
Lors d’un premier échange téléphonique, vous expliquiez qu’il ne faut pas attendre l’adolescence pour s’intéresser à la santé mentale…
Anne Claessens : « Les problèmes en santé mentale n’arrivent pas tout à coup à l’adolescence. Plusieurs signaux attestent d’un mal-être chez certains enfants déjà. Les lits de crise sont occupés par des enfants de plus en plus jeunes, les enseignants rapportent faire face à un nombre croissant d’élèves qui ne vont pas bien et le décrochage scolaire démarre déjà en primaire. Ces signaux doivent nous alerter. »
Pourquoi est-ce important de s’intéresser à la santé mentale des enfants ?
A. C. : « Sur le plan cognitif, ils sont dans l’ici et maintenant, leur cerveau rationnel est moins développé, ce qui laisse plus de place à leur imaginaire et leurs émotions. Les enfants ont aussi moins d’expérience et donc moins de stratégies pour faire face. Ils sont plus vulnérables du fait de leur grande dépendance aux adultes, avec une possibilité limitée de faire appel à des ressources extérieures. »
Quels sont les signaux qui doivent alerter ?
A. C. : « Il faut faire la part des choses entre un mal-être passager et un trouble qui envahit le quotidien. Tout le monde traverse des phases compliquées, y compris les enfants. Les signaux sont différents en fonction de l’âge et de l’environnement. Pour certains, ils seront intériorisés et s’apparenteront à de l’angoisse ou à des plaintes somatiques. Pour d’autres, ils seront extériorisés par de la colère ou de l’agressivité. Il faut prendre l’enfant dans sa globalité et s’intéresser à ses relations à lui-même et aux autres, à ses ressources, à la qualité du sommeil, à l’appétit... L’intensité et la fréquence d’un comportement servent d’indicateurs pour évaluer la santé mentale. »
« Le système éducatif pointe ce qu’il faut améliorer, cette approche n’est pas toujours propice à motiver les enfants. Cette course à l’excellence fabrique du mal-être. Il faudrait davantage valoriser les efforts fournis par les enfants »
Votre casquette de psychologue de première ligne vous amène à être en contact régulier avec les enfants, quels sont vos constats ?
A. C. : « Le système éducatif pointe ce qu’il faut améliorer, cette approche n’est pas toujours propice à motiver les enfants. Cette course à l’excellence fabrique du mal-être. Il faudrait davantage valoriser les efforts fournis par les enfants. Côté famille, le quotidien est de plus en plus dense et manque de temps libre. Les parents sont géniaux quand il s’agit de dégoter un stage ou prendre des rendez-vous, mais gagneraient à alléger l’agenda. »
Comment peut-on soutenir le bien-être des enfants en tant que parent ou qu’enseignant·e ?
A. C. : « Les adultes disposent de nombreux moyens. Ils peuvent garantir la sécurité de l’enfant, lui assurer de l’affection, le valoriser, être fiables, fixer un cadre avec des repères clairs. Ils sont aussi là pour aider l’enfant à développer ses capacités d’adaptation, à laisser la place à ses émotions, à lui permettre de développer son autonomie, à lui octroyer le droit de se tromper. L’enfant en construction a aussi besoin d’être protégé, cela implique une vigilance de la part des adultes pour ne pas l’exposer à des informations anxiogènes ou à des conversations qui le dépassent. »
Forte de vos expériences, quel message aimeriez-vous transmettre à nos lecteurs et lectrices ?
A. C. : « J’aurais envie d’inviter les adultes à revisiter les exigences qu’ils font peser sur les enfants. Je suis convaincue qu’il faut un rapport à soi et aux autres plus tendre. Le burn-out, la séparation, les adultes ont leurs limites. Pourquoi l’enfant devrait-il tout réussir ? Offrons-leur aussi cette possibilité et plus de temps. »
EN SAVOIR +
En tant que centre de référence en santé mentale, le CRéSaM met à disposition plusieurs ressources gratuites pour les professionnel·les grâce au soutien d’Assuralia :
- Des fiches outils
- Un accompagnement pour les écoles primaires.
Contact : a.claessens@cresam.be
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