Développement de l'enfant

[ Santé mentale des jeunes ] Des projets qui réinvestissent le lien humain

De manière générale, les jeunes ont profondément besoin de se frotter à leurs pairs, de s’investir dans des projets qui font sens et de se sentir utiles

En résumé

  • Un fort besoin d'être avec leurs pairs
  • Des structures avec des projets de moyenne ou longue durée pour les jeunes

S’impliquer dans un projet qui fait sens. Appartenir à un groupe. Vivre une expérience sociale humaine. Voilà ce dont les jeunes ont profondément besoin. Et plus encore, celles et ceux qui vont mal.

Les jeunes dont nous avons recueilli le témoignage ont en commun d’avoir décroché de l’école. Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils et elles veulent s’isoler du monde, être inactif, inactive. Au contraire, ils et elles ont profondément besoin de se frotter à leurs pairs, de s’investir dans des projets qui font sens et de se sentir utiles. Heureusement, ici et là, des projets en phase avec ces besoins fleurissent.

ZOOM

Quand l’hôpital psychiatrique se met au vert

Forest4Youth est un projet qui vise à intégrer la forêt de manière concrète et structurée dans les parcours thérapeutiques destinés aux adolescent·es.

« Autour de 2010, on a vraiment vu un point de bascule. Jusque-là, on était confronté à des jeunes qui étaient en crise. À partir de 2010, on s’est retrouvé face à une cohorte de patients qui ne faisaient plus de crise, comme si le processus adolescent était grippé. Ils restaient isolés dans leur chambre, tapis derrière les écrans », explique François-Xavier Polis, psychiatre au Centre neuropsychiatrique Saint-Martin à Namur. Un constat à l’origine de la création d’Athanor, une unité de soins pour adolescent·es, qui vise à réinvestir le communautaire. « Je voulais que les jeunes réapprennent à s’appuyer sur le groupe et les soignants dans un lien réciproque où l’on peut donner et recevoir de l’autre ».
Au-delà de l’aspect communautaire, le psychiatre est aussi persuadé des bienfaits de la nature. « Dans les années 70 déjà, Robert S. Ulrich, un professeur américain, démontrait que les patients hospitalisés dans une chambre avec vue sur le parc guérissaient mieux que ceux qui sont face au mur ». François-Xavier Polis connait bien le directeur de la Société Royale forestière de Belgique. Au détour d’une discussion, ce dernier l’invite à tester le cadre forestier avec ses patient·es.
Le projet se concrétise, puisque depuis quatre ans, chaque mois, l’équipe d’Athanor embarque six jeunes pour trois jours et deux nuits d’aventure dans la forêt. Accompagné d’un garde-forestier ou d’une garde-forestière, le groupe s’immerge dans le cadre sylvestre. Campement, feu de bois… une bulle hors du temps où professionnel·les et patient·es quittent horaires et écrans pour se retrouver pleinement. « On laisse libre cours au hasard. Le temps s’arrête et le rythme change. Dans les hamacs, on borde les jeunes qui observent cette nature qui s’offre à eux. C’est une expérience très forte de reconnexion au vivant, à soi et aux autres », explique François-Xavier Polis.
Le projet gagnerait à être répliqué. Se montrer disponible les un·es pour les autres, lâcher nos écrans, faire un pied de nez à l’accélération du temps pour retourner à l’essentiel. Partager un repas, se promener, jouer à un jeu de société, cuisiner. « Des choses toutes simples qui permettent de nourrir les liens. Des moments de qualité pour lutter contre les ravages de l’individualisme et de l’accélération du temps, voilà ce qu’il faut aux ados et ce qui leur fait défaut dans la société actuelle. Ils ont besoin de pouvoir s’appuyer sur ces liens aux autres », rappelle François-Xavier Polis.

ET AUSSI…

Et pour les parents d’un enfant atteint de troubles psychiques  ?

L’association Similes propose des groupes de parole. Présente à Bruxelles (similes.brussels) et en Wallonie (associationsimiles.org), elle organise aussi des séances de psychoéducation pour mieux comprendre les maladies mentales et outiller les proches.
« Quand j’ai commencé, il y a quatorze ans, la moyenne d’âge des personnes pour lesquelles les familles faisaient appel à nous était de 30-35 ans. Aujourd’hui, c’est dix ans de moins, note Jean-Philippe Lejeune, coordinateur de Similes Wallonie. Les parents et proches sont davantage sensibilisés aux maladies mentales et s’inquiètent plus tôt qu’avant. »
En Wallonie, les groupes de parole se déploient de Tournai à Verviers, en passant par Namur, Ottignies ou Bertrix, avec la spécificité d’être organisés par et pour les familles. Des permanences psychologiques et juridiques sont aussi proposées par Similes Wallonie.
À l’occasion de son 25e anniversaire, Similes sensibilise autour des maladies mentales avec deux outils :