Vie pratique
Un père et une mère se séparent. Peut-être tous deux se sont-ils rendu compte que leur couple était dans une impasse. Ou bien l’un a décidé seul une rupture que l’autre n’imaginait même pas. Blessures, amertume… tous les ingrédients sont là pour faire naître le conflit. Et faire de ses enfants, malgré soi, des objets de chantage. Un piège qu’il est possible d’éviter.
Qu’ils aient ou non voulu la séparation ou le divorce, les parents ressentent vraisemblablement des émotions confuses (se séparer peut être un soulagement…) et souvent négatives. Selon les situations, sentiment d’incompréhension, d’injustice, d’abandon, de rejet, déception, tristesse… Colère et agressivité aussi : blessé par ce qu’il vit comme un échec, un parent peut tout faire pour rendre l’autre responsable du rêve perdu. Plus ou moins consciemment, il aimerait lui faire payer la rupture et cherche une vengeance.
La douleur et la rancœur peuvent alors empêcher de penser aux enfants qui, de leur côté, souffrent sans avoir rien décidé ni demandé. Si le conflit entre le père et la mère prend toute la place, les enfants encaissent bien davantage que si les adultes, quoique séparés, restent parents ensemble, dans l’intérêt de leur progéniture. Ce qui, heureusement, existe aussi !
Quand des enfants sont, peut-être inconsciemment, "utilisés" pour faire payer l’autre, ils deviennent des objets de chantage, de jeunes otages, chacun des parents essayant de se les approprier, d’être le "bon parent" face à l’autre nécessairement "mauvais". Toutes les occasions sont bonnes pour juger l’autre et le dénigrer. Parfois l’injurier, voire le condamner. Impossible d’accepter que l’enfant puisse être heureux ailleurs.
Conflit de loyauté
Ces enfants peuvent avoir l’impression qu’on les oublie, qu’on les ignore. Où est leur place ? Ils ne comprennent pas ce qui se passe, sont en plein désarroi. Retour du pipi au lit pour les plus jeunes, problèmes scolaires, repli sur soi ou au contraire l’agressivité, autant de signes avec également des maux de tête, de ventre qui montrent que les mômes sont en souffrance.
Pris dans un réel conflit de loyauté, ils ne peuvent aimer l’un sans faire de la peine à l’autre, être content d’un séjour chez l’un sans trahir l’autre… Comment peuvent-ils être heureux dans une telle situation ? Comment n’avoir pas toujours l’impression d’être en tort, d’être coupable ? « Je suis une balle de ping-pong », raconte Damien, 10 ans, qui explique qu’il dit à chacun de ses parents qu’il vit mal chez l’autre, pour faire plaisir à tous les deux, pour être aimé de tous les deux.
Et s’il perdait l’autre parent ?
Autre crainte : perdre un parent, ce qui peut, effectivement, se passer dans les situations les plus graves. Le dénigrement de l’autre est tel que l’enfant finit par ne plus avoir de contact avec lui. Ou encore l’un des parents, opposé à ce que l’enfant garde d’importants liens avec l’autre, accumule tellement d’obstacles qu’il réussit… à l’évincer. Pourtant, un enfant a besoin de bien connaître un père et une mère pour avoir toutes les chances de bien grandir.
POUR RESTER PARENT À DEUX...
… et se sentir bien en partageant ce rôle avec l’autre
- utilisez un cahier de communication accompagnant l’enfant chez l’un et chez l’autre. Vous pourrez y noter tout ce qui le concerne : visite des parents à l’école, chute ou rhume, rendez-vous chez la logopède, horaire du sport…
- convenez des affaires qui restent chez vous ou chez l’autre parent
- quand c’est possible, doubler certains objets (nécessaire de toilette, bottes, pyjamas…)
… et éviter de mettre l’enfant en porte-à-faux :
- en l’utilisant comme messager de choses peu agréables
- en lui demandant d’espionner l’autre parent
- en l’obligeant à prendre position pour vous
- en critiquant devant lui la manière de vivre de l’autre parent
- en dénigrant la nouvelle compagne ou le nouveau compagnon (même si vous en mourez d’envie)
- en refusant ou en interceptant ses communications téléphoniques
- en niant le droit de visite de l’autre parent
- en oubliant de prévenir l’autre parent de rendez-vous importants (médicaux, par exemple)
- en empêchant l’autre parent d’avoir accès aux dossiers scolaire et/ou médical de l’enfant
- en partant en vacances sans l’enfant placé chez les grands-parents alors que l’autre parent est disponible pour s’en occuper.
S.O.S.
Pour les parents
- Une aide spécialisée individuelle (chez un privé, dans un centre de planning familial ou de consultations familiales et conjugales). Infos sur monpanningfamilial.be
- Une médiation qui aide à se parler, se mettre d’accord sur l’essentiel. Organisée dans certains centres de planning ou de consultations familiales et conjugales.
- Une brochure : Si c’était simple, ça se saurait ou comment se séparer en préservant nos enfants
Pour les enfants
- Une aide spécialisée individuelle, en privé ou dans un centre de guidance si l’enfant vit vraiment très mal la situation.
- Des livres qui racontent des histoires proches de ce que les enfants vivent : Mes deux maisons, Claire Masurel, (Bayard Jeunesse - tout-petits) - C’est un papa, Rascal et Louis Joos (Pastel - à partir de 5 ans) - Le jeu de cette famille, Annie Agopian, Claire Franek (Rouergue - à partir de 7 ans) - Petit Maboule, Charlotte Moundlic (Thierry Magnier, Petite poche - à partir de 7 ans) - On divorce. La vie continue, Véronique Corgibet (Milan, Essentiel Junior - documentaire à partir de 9 ans) - Le silence de Solveig, Françoise Grard (Actes sud Junior - à partir de 10 ans) - Ce n’est pas la fin du monde, Judy Blume (l'École des loisirs, Medium - 9-10 ans) - Le journal de Clara, Brigitte Peskine et Mireille d’Allancé (Hachette, poche cadet - à partir de 11 ans) - Le motard sans visage, Eric Sanvoisin et Marie Diaz (Magnard Jeunesse - à partir de 11 ans) - L’ombre bleue dans la classe, Nadine Brun-Cosme (Nathan Pleine lune - à partir de 12 ans) - À moitié vide, Frank Andriat (Grasset Jeunesse, Lampe de poche - à partir de 13 ans).
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