Société
L’ARCHIVE DU MOIS
En septembre 1985, un texte s’impose en une. Son titre ? Lettre ouverte à l’instituteur. Il est signé Thérèse Gilles, pseudonyme utilisé dans les pages du Ligueur par Thérèse Jeunejean lorsqu’elle rédige des billets d’humeur bien sentis. Sous la plume de la journaliste, c’est une maman qui s’exprime, visiblement fâchée et décontenancée par le portrait de sa fille dressé par un professeur sur une fiche scolaire. Ce petit bout de papier se passe de prof en prof. Pour signaler certaines particularités de l’élève. Dans le cas de Sophie, les commentaires ne sont pas top. C’est succinct et brutal. « Faible en orthographe, grammaire, conjugaison. Peu encline à l’effort. Tête en l’air ».
Recevoir cela en tant que maman, c’est dur. Se dire que ce constat scolaire suit son enfant d’une année à l’autre, c’est pire. D’où une mise au point, sous la forme de cette fameuse lettre ouverte qui veut déminer la fatalité d’un petit bout de papier qui risquerait « d’écrire l’année dès le départ ».
Et cette maman de plaider pour une analyse plus fine de la situation. Et si on s’interrogeait sur les pourquoi « des mauvais points, des comportements mis en cause ». Elle la connaît, sa fille. Au quotidien, elle la voit s’appliquer à écrire pour elle des courriers sans faute. Plutôt que d’utiliser l’expression « tête en l’air », elle parle de curiosité et de recherche d’expérience.
On imagine la réaction du professeur qui reçoit la lettre. Thérèse aussi. « Encore une mère qui croit sa fille géniale et parfaite ». Thérèse réplique à l’attaque imaginée et reproche à certain·es professeur·es une propension à classer les parents en deux catégories : « Ceux qui s’en foutent et qu’on ne voit jamais à l’école. Et les casse-pieds qui s’investissent. N’est-ce pas simpliste ? ».
Dans ce texte, on aime ce passage où la maman rétorque à l’accusation de naïveté : « N’est-il pas vital que les parents soient les premiers et les derniers à croire, envers et contre tout, aux possibilités de leurs enfants ? Non pas à leur génie. Seulement, mais inébranlablement, en leurs capacités de mieux faire ». Cela sent le vécu, non ? Contactée, Thérèse, figure historique du Ligueur, avoue ne pas se souvenir de cet article. Puis, à la lecture de certains passages, elle concède qu’on y retrouve pas mal d’éléments tirés de sa vraie vie de l’époque. C’est qu’au Ligueur, l’inspiration se nourrit du quotidien, y compris de celui des journalistes.
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