Crèche et école

Sommes-nous trop laxistes ?

Il règne comme une certaine panique chez nos concitoyens du nord. Le Centre de conseil aux étudiants annonce que le nombre d'élèves présentant des problèmes de comportement en classe est en hausse de 30 % en quatre ans. Les conséquences d’une éducation trop laxiste, affirment certains spécialistes. Et chez nous, la question de ce laxisme, du manque de respect, d’autorité, etc., nous nous la posons souvent. Nous en avons discuté avec Jean-François Guillaume, sociologue de l’éducation à l’ULg.

► Plus mous les parents ?

Aujourd’hui, il coexiste plus de modèles éducatifs qu’il en existait il y a cinquante ans. Un parent de 2018 peut être attaché à l’ordre, à l’expression, à la créativité, à la rigueur, etc. Chacun est invité à s’exprimer, à prendre sa place dans la collectivité. Le modèle de l’enfant propre, obéissant… le bon petit soldat d’après-guerre au sens propre, comme au sens figuré - parce que oui, on formait vraiment des soldats - n’est plus, même si certaines classes sociales y sont encore attachées. Ils constituent une diversité qui fait partie d’un ensemble mainstream consacré au bien-être. Le parent n’est donc pas plus laxiste. Il a plus de choix.

► Moins respectueux, l’enfant ?

Comme je vous le disais dans l’article Est-on en train de créer une génération de petits cons ?, j’ai beaucoup de mal avec la notion de respect qui est galvaudée. Elle occulte les fautes, qui vont du manque de politesse à l’infraction d’une loi pénale. Depuis 1989, l’enfant bénéficie de droits. Et encore aujourd’hui, ce n’est pas simple à assimiler. Beaucoup d’adultes ne comprennent pas que l’on n’est plus dans une relation de pouvoir avec son enfant. Les règles s’établissent en famille. C’est une révolution semblable à celle du couple. Aujourd’hui, dit-on que les femmes sont moins respectueuses ? C’est la même chose avec les enfants.

► Les enfants ont-ils moins peur de l’autorité ?

Ron Lesthaeghe, professeur émérite de l'Académie royale flamande, m’a dit un jour : ‘La figure patriarcale s’est effondrée avec le mur de Berlin’. J’aime bien cette idée. Toutes les institutions ont perdu de leur pouvoir. La première à lâcher, ça a été l’Église. Aux personnes à s’autogérer sur le droit moral. Donc bien sûr, la famille suit, en Mai 68. Elle se redéfinit. Elle explose. Elle contrôle sa fécondité. Puis l’armée capitule, et derrière, l’école qui ne fait plus office de zone sacrée. Progressivement, le patriarcat perd du terrain. Et l’impact se fait ressentir dans l’éducation. Moins rigide. Plus ouverte. Ce qui ne veut pas dire que l’enfant soit moins cadré : il l’est avec d’autres valeurs.

► Les parents font-ils trop attention à leurs enfants ?

Il se juge par rapport à quelle norme, ce « trop » ? Les parents d’aujourd’hui sont dans une recherche de validation permanente. Mais à qui se référer ? Au droit ? À la psychologie ? Qui peut répondre à cette question de trop d’attention ? Peut-être qu’on n’a pas assez de temps, aussi. Toutes ces injonctions montrent que, au quotidien, le métier de parent n’est pas facile. Il est assurément plus complexe que dans le passé.

► Plus individualistes, les familles ?

Aujourd’hui, chaque famille doit constituer son propre registre. Il y quarante-cinquante ans, les aspirations étaient plus collectives. On visait le progrès global. On visait l’émancipation. Alors peut-être que nous sommes dans un entre-deux. Dans le cadre de l’actuel panel citoyen, un participant a utilisé l’expression « jeunesse durable ». J’aime bien cette idée. Les parents d’aujourd’hui sont peut-être suspendus entre deux âges. Ils savent de quoi ils se sont affranchis. Ils savent qu’ils doivent penser à une forme d’organisation de vie moins liée à des marqueurs sociaux et plus liée à une forme d’organisation individuelle. Les moments de vie sont de moins en moins balisés. Il y a donc toute une série d’épreuves, toute une série d’enjeux à affronter avant de se dire : « Ça y est, je suis devenu le parent auquel j’aspire ». Est-ce que c’était mieux quand tout cela était plus cadré ? C’était plus rassurant. Mais ne rêvons pas trop vite à un retour d’institutions plus fortes.

À LIRE

  • Les lois naturelles de l’enfant, Céline Alvarez (Les arènes).
  • Les enfants difficiles (3-8 ans), sous la direction d’Isabelle Roskam (Mardaga).
  • Mon ado, ma bataille, Emmanuelle Piquet (Payotpsy).

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