Développement de l'enfant
Le câlin s’étiole à mesure que les ans passent. Adieu, les koalas. Bonjour, distance physique. Et alors notre cher parent, qu’est-ce qui le prépare à ça ? Et l’enfant comment le vit-il ?
► Câlins et 6-11 ans, rien à signaler ?
Si les discussions autour des câlins nous ont menés du fœtus à l’adolescence, on se rend compte qu’il y a comme une tranche d’âge délaissée, celle que l’on appelle entre nous les médiums. Comprenez les 6-11 ans. Pourquoi les exclure de toute considération vis-à-vis des câlins, demande-t-on, circonspects, à Laurence Renard qui ne s’en inquiète pas. « C’est un peu automatique à cet âge-là. Ils expriment quand ils en ont envie. Tout est très spontané. Ce qui ne veut pas dire que les câlins sont moins importants. Ils le sont à tous âges ».
D’ailleurs, généralement, ils jouent progressivement un rôle de rituel. Pour s’endormir, après l’école, quand ça ne va pas, quand on se blesse… Mélissa De Conto rappelle aux parents l’importance de ses propres rituels de tendresse. Chacunꞏe doit communiquer avec l’autre, à sa propre mesure. La psychologue redit que là encore, à cet âge, « le plus important, c’est d’être à l’aise dans la façon dont on manifeste son affection. De ne pas faire pour ‘ressembler à’ ou parce qu’on a lu quelque part que ça se faisait ».
À cet âge, comme aux autres périodes de la vie, le câlin, la tendresse doivent être sincères ou ne doivent pas être. D’ailleurs, nos intervenantes nous rappellent qu’on est tout à fait autoriséꞏe à dire à son enfant : « Je ne peux pas t’en donner. Je vois que tu en manques, mais ce n’est pas mon truc, c’est ma bulle, c’est mon histoire. Je ne suis pas habitué·e. Ce qui ne veut pas dire que je ne te regarde pas, que je ne te vois pas grandir, que je n’aime pas jouer avec toi, je ressens d’autres formes d’amour qui s’expriment différemment. Est-ce que tu comprends ? ».
Voilà encore une fois l’occasion de revenir sur ses propres représentations au corps, à la sensualité, à la transmission et de redire que rien ni personne ne peut nous donner un mode d’emploi sur l’usage de son propre corps. Utile pour la suite.
► Il déteste le contact physique et les bisous, qu’est-ce que je fais ?
Si on a évoqué à plusieurs reprises les blocages des parents, n’oublions pas ceux de nos petit·es qui expriment très tôt leur désintérêt, voire leur dégoût total pour les câlins, les bisous ou autres marques d’affection dégoulinante d’amour sur lesquels on s’étend depuis plusieurs pages. Est-ce qu’on s’en inquiète ? Nous n’oublions pas que même si les chiffres officiels n’existent pas chez nous, les estimations des pays voisins nous rappellent que 1 enfant sur 5 est victime de violences sexuelles, 1 enfant sur 10 d’inceste. C’est pourquoi nous vous invitons à (re)lire les différents articles et le grand dossier que nous avons consacré à ce sujet. Un enfant incesté réagit d’ailleurs autant par le rejet de la tendresse de l’autre qu’à l’inverse, par un manque de repères quant aux limites autorisées avec le corps d’un ou une adulte.
Cette précaution prise, que se passe-t-il donc dans la tête et dans le cœur de ces enfants qui boudent nos manifestations suaves d’amour parental sans limite ? « Eh bien, certains n'aiment tout simplement pas cela, comme d’autres détestent le vélo », tranche de façon ferme Laurence Renard. Mais alors que fait-on ? Comme dans chaque situation : on en parle. On exprime ce qui nous embête. « Tu n’aimes pas et je le respecte. Mais, moi, c’est ma façon de te montrer que je t’aime. Comment on peut trouver une façon de faire ? ».
Notre parent, alors en proie à une forme cruelle de carence affective, n’a pas d’autre choix que d’accepter et respecter cette différence chez son enfant. Toutefois, Laurence Renard - qui sait parfaitement de quoi elle parle, puisqu’elle vit la même chose avec son fils - recommande aux parents qui sont dans cette situation de s’intéresser à la psychomotricité relationnelle ou encore à la thérapie du développement pour des enfants qui ont, de manière générale, des soucis avec la juste distance (trop proches, ne comprenant pas que l’autre a besoin de sa propre bulle ou simplement gênés par le contact physique tant avec les parents qu’avec leurs pairs). « Je ne pense pas qu’il faille que chaque enfant qui a un souci avec les câlins ait besoin de se faire aider, ça peut aussi faire partie de la personnalité de l’enfant d'éprouver un plus grand besoin d’indépendance », développe Laurence Renard. Et, bien sûr, de toujours s’interroger soi. À quoi nous renvoie cette forme de rejet ? Qu’est-ce qui nous blesse tant ?
► Ils et elles grandissent, comment trouver la juste distance ?
On vous met en garde, parents, le câlin est malheureusement une denrée périssable. L’adolescence ne pointe pas encore tout à fait le bout de son nez que les câlins se font plus rares. La tendre accolade devant l’école ? « Gênant, papa ». Se donner la main dans la rue ? « Ça ne se fait plus, maman ». Mais, alors, où est la bonne place du parent ?
Laurence Renard explique que le rôle du parent dans ces va-et-vient, c’est de maintenir toujours la porte ouverte. Celle de votre enfant se ferme parfois. Rien de plus normal. Elle ne se ferme jamais définitivement. Comme elle ne le sera pas définitivement non plus au moment de l’adolescence. « La meilleure place, c’est celle de se montrer disponible et d’entendre quand l’enfant a un besoin physiologique ».
Le conseil revient à chaque fois et à chaque âge. Le contrat-câlin se réajuste au fil des ans avec votre rejetonꞏne. Si vous sentez que vous êtes un peu dépassé·e par ce qui se fait ou pas, discutez-en. « Ça te met mal à l’aise que je te prenne dans les bras et que je te fasse plein de gros bisous quand on se retrouve alors que tu es avec tes copains/copines ? Je vais faire gaffe. Mais est-ce qu’on peut garder le gros câlin d’avant se coucher ? ». Dealez, donc, la vie de parent, ce n’est que ça. Des petits réajustements permanents.
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