Développement de l'enfant

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les câlins - Chez les ados

Câlins et ados, une antinomie

Voilà vos enfants devenus ados. Les câlins ? Rarement une priorité dans leur monde en pleine évolution. Pour autant, chers parents, faut-il y renoncer définitivement ? Pas si sûr...

► Trop grand·e, on ne se câline plus ? Que se passe-t-il quand ça s’arrête, est-ce que ça doit forcément cesser ?

La période du tout-câlin ? Bientôt un lointain souvenir. Ce petit être unique et merveilleux qui venait chercher du réconfort dans vos bras, comme pour se protéger du reste du monde, a fait place à un être non moins unique et merveilleux qui trace une frontière qu’il ou elle est le seul ou la seule à pouvoir franchir. Votre place est on ne peut plus simple. Vous faites le pied de grue devant cette ligne imaginaire à attendre ce moment où votre ado redevient enfant, l’espace d’un minuscule instant, et vous enlace de tout son long. Vous en avez bien profité ? Le prochain n’est pas pour tout de suite !
Pour bien comprendre ce qu’il se passe et aider les parents à surmonter ce changement, Mélissa De Conto a de nouveau les mots justes. « Il est important de se rappeler sa propre adolescence. Combien nous pouvions être sensibles et vulnérables à cette période de la vie, dans le développement de nos corps. Une des missions du parent consiste à ne pas bouleverser ce fragile équilibre. Que l’on soit déstabilisé par une certaine forme de rejet, c’est tout à fait normal. Instinctivement l’ado s’éloigne. Il se protège. Il devient un être sexué, les hormones sont puissantes et agissent de façon pulsionnelle. Face à cette irruption, bien sûr que l’on va mettre le parent de côté. Il y a tellement de choses à expérimenter. Les parents ne font plus partie de cette aventure-là ».
La psy explique qu’en fonction de ce que vit l’ado, le parent est à différents endroits. À côté. Dans cette transformation permanente. Derrière. Quand il prévoit, qu’il anticipe, qu’il met ou aide à mettre en projet, quand il est filet de secours. Et puis parfois, devant. Quand l’ado ne va pas bien, quand il perd toute forme de confiance en lui. Le parent est à tous ces carrefours. Sa meilleure place ? Celle qui permet de rester en lien. Celle de la confiance. Et pour les câlins ? On répond à la demande.
La grande question qui reste en suspens reste : comment est-ce qu’on se console de cette raréfaction de tendresse ? Voir grandir ses petit·es, ça peut faire mal. Faire le deuil de cet accueil de la vie, de l’émerveillement qu’on partage, de cette découverte de tous les instants… pas évident de lui dire au revoir, n’est-ce pas ?
Laurence Renard l’entend parfaitement : on peut ressentir comme une forme de rejet. « C’est important de pouvoir l’exprimer. Sans nécessairement culpabiliser. C’est intéressant d’en parler avec d’autres adultes, également. Cette réduction des gestes tendres, ça marque aussi un cycle de la vie. On va se retrouver face à soi, certes. Pas face au vide ».
Mélissa de Conto de rebondir et de clamer haut et fort que réussir à l’accepter, c’est un cadeau fait à soi et aux sien·nes. Parce que cela revient à voir grandir son enfant sans difficulté.
Mais que va faire notre parent esseulé, alors ? Il va se nourrir d’autre chose. « On se récupère », confie délicatement Mélissa de Conto. On s’est pas mal oublié·e sur le parcours. D’autres surprises nous attendent…

► Beaucoup trop tactile pour un·e ado ? On le ou la jette ?

L’épopée parentale racontée par les câlins suit donc cette très brève linéarité qui nous conduit de la matrice à l’éloignement, en passant par la fusion, la tendresse et différentes portes à passer. C’est beau. C’est doux. C’est intense. C’est donc plus ou moins ainsi que ça se déroule chez nous autres, drôles d’animaux sociaux que sont les humainꞏnes. Fondu. Fond noir. Générique de fin. Merci d’avoir tout lu jusqu’à la fin. À bientôt, peut-être, pour un nouveau chapitre, dans quelques années, consacré aux câlins faits aux petits-enfants. Tot ziens, comme on dit…
« Hey, attendez, attendez. Revenez le Ligueur, ça ne marche pas comme ça chez moi. Moi, mon ado, il ne se décolle pas, il n’est jamais dans sa chambre, il passe tout son temps avec nous et il continue à nous faire des tonnes de câlins, je fais quoi ? ». Vite, on se retourne vers Laurence Renard qui, par chance, n’a pas encore quitté la salle.
« Sans nécessairement s’inquiéter, il ne me semble pas absurde de se poser quelques questions. Un ado complétement collé, qui ne fait jamais d’activité avec les autres et reste accroché à ses parents, ça peut vouloir dire beaucoup de choses. C’est toujours à réinterroger. D’abord pour lui ou pour elle. Est-ce qu’il y a un problème quelconque avec les copains/copines ? Comment alors réussir à le pousser à passer plus de temps avec ses congénères ou leur faire davantage confiance ? Ça peut aussi vouloir dire qu’il ou elle sent que son parent a besoin de sa présence. Ce qui arrive dans un contexte de dépendance du parent à l’alcool ou autre. Ou dans le cas d’une séparation très difficile ».
L’ado a alors le sentiment qu’il ou elle doit combler quelque chose chez le parent. On peut lui poser la question. « Je remarque que tu as besoin d’être constamment près de moi. J’ai le sentiment que c’est compliqué pour toi ».

les câlins et les ados

CONCLUSION

Câlin révolution : la culture analogique

Le choix même de la thématique de ce dossier sur les câlins tient du manifeste. C'est une ode à la patience, à la douceur, à la tendresse. Ce ne sont pas des mots en l’air. Pas des idées de bisounours ou de tendres rêveurs/rêveuses non plus. Il s’agit bien d’une prise de position complètement assumée. Au retour strict à l’ordre, aux vieux dictateurs qui ne renoncent pas d’un cheveu à leurs privilèges, aux chefs de guerre, aux politiques fondamentalistes rigides, nous leur opposons l’amour.
Non pas une éducation irréfléchie ou laxiste, mais un quotidien parent-enfant complice, réfléchi et apaisé. Quand de toutes parts s’érigent la virtualisation des valeurs, les divisions, la dénonciation de l’autre comme entrave à son propre épanouissement, nous répondons par une ode à la tendresse, au tangible, par une incitation à aimer, à être curieux des siens, des siennes, des autres.
C’est cette confiance en eux qui va les aider à se tourner vers les autres et à bâtir des choses collectives. Ça passe alors par s’enlacer, par se toucher de façon respectueuse et sans équivoque, à doser savamment les sentiments que l’on porte à l’autre et à les manifester de façon juste.
Aussi, nous vous proposons d’épouser ce que l’historien de l’art Michel Poivert nomme la culture analogique, prôner le réel. Le câlin en fait partie, la relation de corps à corps également. « Chaque matin, les hommes et les femmes qui prennent soin de la parcelle du réel qui leur est confiée sont en train de sauver le monde, sans le savoir », dit l’écrivaine Christiane Singer.
Nous ne pouvons aller plus loin dans l’éloignement de l’autre. La numérisation des esprits ne doit jamais interférer dans la façon dont un parent va voir grandir son enfant. Aucune barrière virtuelle ne doit entraver l’amour bien concret d’un parent pour son enfant. Multiplions les marques d’affections, les témoignages d’amour.
Faisons le choix d’opter pour la vie. La vraie, celle qui se voit, pas celle qui s’imagine ou qui stigmatise derrière un écran. Celle à travers laquelle nos fils et nos filles s’épanouissent. Celle dans laquelle nous les prenons dans les bras et leur disons que nous serons là, ensemble, pour toujours. Rien ni personne ne nous en empêchera. Le flambeau de vie doit toujours tout éclairer. Le câlin en est sa première étincelle.