Vie pratique

Les troubles du sommeil et les enfants TDA/H

De plus en plus d'études ont établi un lien entre le trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) et les troubles du sommeil

De plus en plus d'études ont établi un lien entre le trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) et les troubles du sommeil. Mélanie Strauss, neurologue, responsable de l'unité fonctionnelle du sommeil adulte et professeure à l'hôpital universitaire Érasme, répond à nos questions.

Quels troubles du sommeil sont les plus fréquents chez les enfants avec TDA/H ?
Mélanie Strauss :
« Quasiment tous les troubles du sommeil peuvent être associés au TDA/H. Le plus fréquent est l'insomnie avec des difficultés d'endormissement et des réveils la nuit. Il peut y avoir différentes origines aux difficultés d’endormissement. Soit parce que l’on a plein de choses dans la tête et que l’on a du mal à ’déconnecter’. Soit parce que le corps n'a pas le ‘signal sommeil’ au bon moment. C'est l'aspect chronobiologique, le retard de phase. Nous avons une horloge biologique dans l'organisme, chez les patients TDA/H, il y a souvent décalage de cette horloge. Et de ce fait, plus de difficultés à s'endormir.
Il y a aussi d’autres troubles du sommeil possibles. Certaines hypothèses considèrent que l'impatience cognitive, l'impulsivité qu'on peut avoir chez les patient·es TDA/H, pourrait s’associer à une impatience motrice dans le cadre du syndrome des jambes sans repos. Ce syndrome est plus fréquent chez les enfants/ados/adultes avec TDA/H. Il y a une origine commune liée à une altération de la dopamine et du fer dans le cerveau. Ce qui participe aussi à l'insomnie d'endormissement, parce que c'est au moment où on est justement au repos qu’au lieu d'être relâché, on va avoir une tension ou une sensation désagréable, voire des douleurs dans les jambes. Et cela se soulage par le mouvement. Résultat : on bouge, on se relève, ce qui peut être très gênant pour l'endormissement.
Il existe également fréquemment des troubles respiratoires du sommeil. Ici, il s’agit probablement plutôt d’une cause aggravante des symptômes du TDA/H. Car si on a un syndrome d'apnée du sommeil et qu’on ne dort pas bien, on va avoir des troubles attentionnels la journée, une plus grande impulsivité… »

Dans quelle mesure est-ce qu'un manque de sommeil peut-il aggraver les symptômes du TDA/H ?
M. S. :
« On sait que le manque de sommeil ou un sommeil de mauvaise qualité, pas suffisamment profond ou récupérateur, joue beaucoup sur les fonctions cognitives. Parce que, pour bien fonctionner la journée, le cerveau a besoin de bien dormir. Donc, lorsqu’on ne dort pas bien, on a typiquement des troubles attentionnels et des troubles exécutifs avec potentiellement plus d'impulsivité et moins d'inhibition, qui font partie des symptômes du TDA/H. Tant le trouble de l'attention que l’impulsivité comportementale sont favorisés par la dette de sommeil. »

Sachant que tous les ados accusent un retard de phase, est-ce que les ados atteint·es d'un TDA/H subissent alors un double retard de phase ?
M. S. :
« Il y a effectivement un décalage de cette horloge biologique vers un coucher et un lever plus tardifs qui sont physiologiques à l'adolescence. Cela revient à la normale à l'âge adulte. Puis, en prenant de l’âge, il y a une avance de phase. Plus on vieillit, plus on se couche et on se réveille tôt. Physiologiquement, dans le développement du cerveau et dans le rythme de la vie, on a des moments un peu sensibles. Et chez les ados TDA/H, effectivement, ça peut être d'autant plus important. »

Que conseillez-vous ?
M. S. :
« La première chose à faire va être de s’assurer d’un temps de sommeil suffisant. Il est important d’avoir une bonne hygiène de veille et de sommeil, avoir des rythmes réguliers : se coucher et se lever à peu près tous les jours à la même heure. Veiller à ne pas trop se décaler le week-end, sinon, ça va être plus compliqué en semaine. On aura du mal à rattraper parce qu'il va falloir se lever le matin pour aller à l'école.
En tant que parent, on peut sensibiliser ses ados et limiter au maximum la dette de sommeil en évitant, ne serait-ce que la semaine, les écrans, les réseaux sociaux, les notifications pendant la nuit, etc. La qualité du sommeil est aussi importante, avec le dépistage des troubles du sommeil éventuels et la réalisation, si nécessaire, d’examens adaptés. »

Et si, au-delà de la dette de sommeil, il y a de vrais troubles du sommeil ?
M. S. :
« La première étape, c’est de pouvoir reconnaître qu’il y a un trouble du sommeil. Cela passe par la sensibilisation des personnes autour de l'enfant. Il faut pouvoir identifier ces troubles, parce que s'ils passent inaperçus, on ne peut pas les prendre en charge. Alors, avant d'introduire un traitement psychostimulant, il faut déjà s'assurer que le sommeil soit de bonne qualité. Sinon, on met un traitement qui va masquer un autre trouble. Donc, le médecin référent au TDA/H doit pouvoir poser ces questions : 'Est-ce qu’il a du mal à s'endormir ? Est-ce qu’il se réveille la nuit ? Qu'est-ce qu’il se passe à ce moment-là ? Combien de temps dort-il ? Est-ce qu'il y a un inconfort physique moteur ? Est-ce que c'est plutôt de l'anxiété ? Y a-t-il des ronflements ?'. Identifier les comorbidités fait partie de la prise en charge des médecins spécialistes du sommeil. On peut éventuellement faire un examen du sommeil, chez soi ou à l’hôpital, surtout si on suspecte un trouble respiratoire nocturne, comme des apnées du sommeil.
Pour les insomnies, on peut proposer d’autres approches, comme les thérapies cognitives et comportementales. On peut aussi agir avec la mélatonine, par exemple, une hormone synthétisée naturellement par le cerveau en début de nuit, et s’exposer à la lumière le matin, ce qui permet d'avancer l'horloge interne et limiter le décalage de phase. La lumière stimule l'éveil le matin. En hiver, quand c’est compliqué de se lever, la luminothérapie peut aider certains patient·es avec TDA/H qui se plaignent de somnolence la journée. On évite aussi de prendre le méthylphénidate après une certaine heure, car, comme c'est un psychostimulant, ça peut impacter le sommeil. »

Quel point vous paraît-il essentiel de mentionner aux parents et à leurs ados TDA/H ?
M. S. :
« De prendre conscience que, pour être attentif et bien fonctionner la journée, il faut un sommeil de qualité. Encore plus lorsqu’on a un TDA/H, parce que ce sommeil est potentiellement plus altéré que dans la population générale. Soyons vigilants quant à la qualité et la quantité du sommeil. »

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