Droits et congés

[ Espagne ] Naissance d’un congé

En 2021, l’Espagne est devenue le premier pays d’Europe à disposer d’un congé de naissance identique pour tous les parents

En 2021, l’Espagne est devenue le premier pays d’Europe à disposer d’un congé de naissance identique pour tous les parents, intransférable et rémunéré à 100%. Bref historique.

Lorsque Dìdac est devenu papa pour la première fois, début 2018, il avait droit à quatre semaines de congé de paternité. « Mais elles n’étaient pas obligatoires et je n'en ai pris que deux, se souvient-il. J’étais jeune, mon travail était intense et je n’y ai pas beaucoup réfléchi. Quand j’y repense aujourd’hui, je me dis : mala decisión ». Avec le recul, il estime avoir perdu des moments précieux auprès de son fils aîné, et cette première année a été émaillée de tensions à la maison. Alors, en 2021, à la naissance de son second enfant, il n'a pas hésité à prendre les… seize semaines auxquelles il avait droit.

► Comment le congé des pères et co-parents a-t-il pu faire un bond pareil en si peu de temps ? Pour le comprendre, il faut remonter en 2007, année de naissance du premier congé de paternité rémunéré par la Sécurité sociale espagnole. D’une durée de deux semaines, il est facultatif, mais intransférable à la mère, donc « à prendre ou à laisser ». Pendant les dix années suivantes, marquées par la crise économique, cette durée ne bouge pas. Mais en 2017, le permiso por paternidad passe à quatre semaines. Puis à cinq semaines un an plus tard, juste avant la chute du gouvernement de droite de Mariano Rajoy.

►► Le 1er mars 2019, le nouveau gouvernement de gauche de Pedro Sánchez adopte par « décret-loi » des « mesures urgentes pour garantir l’égalité entre les hommes et les femmes », dont la principale consiste à allonger progressivement le congé de paternité à huit, puis à douze et, finalement, à seize semaines en 2021. Une durée identique à celle du congé de maternité, inchangée depuis plus de trente ans. Les termes de congé « de paternité » ou « de maternité » laissent place à une nouvelle appellation de permiso por nacimiento y cuidado de menor, « congé de naissance et de soins à un mineur ».

►►► Un changement de nom symbolique pour un régime qui s’applique désormais à tous les parents actifs sur le marché du travail, quels que soient leur genre, leur statut professionnel et leur lien – biologique, adoptif ou d’accueil – à l’enfant. À la fois égalitaire, intransférable et rémunéré à 100%, il laisse à chaque parent une certaine flexibilité dans la manière de s’organiser : les six premières semaines, obligatoires, doivent être prises immédiatement après la naissance, alors que les dix suivantes, facultatives, peuvent être fractionnées et étalées au cours de la première année, ou encore prises à temps partiel.

►►►► Cette évolution s’explique en partie par une volonté d’encourager les naissances, dans un pays dont le taux de natalité est l’un des plus faibles de l’UE. Elle n’est pas sans lien non plus avec l’intense travail de plaidoyer mené depuis 2005 par la Plataforma por Permisos Iguales y Intransferibles de Nacimiento y Adopcion (PPiiNA), un réseau féministe composé d’organisations et d’expert·es issu·es de la société civile espagnole, qui voit dans les congés de naissance un outil crucial pour favoriser l’égalité de genre, dans la sphère familiale comme sur le marché du travail. Ses propositions, appuyées principalement par le parti Podemos, ont inspiré les grandes lignes de la réforme de 2019 – à l’exception notamment du caractère obligatoire des premières semaines.

►►►►► Depuis le 1er janvier 2026, les parents disposent de trois semaines supplémentaires, dont deux qui peuvent être reportées jusqu’aux 8 ans de l’enfant. Ce qui porte la durée actuelle du congé à dix-neuf semaines.

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