Développement de l'enfant

Est-il prêt pour les panades ?

Entre 5 et 6 mois, il est temps de débuter la diversification alimentaire chez le bébé

Peut-être que votre petit a déjà goûté l’un ou l’autre aliment, en plus du lait, peut-être pas. « Au-delà de ses 6 mois, le bébé aura besoin d’éléments (acides aminés spécifiques, fer, zinc, lipides, vitamines, fibres…) que le lait, maternel ou adapté, ne lui apporte pas ou pas assez », rappelle Catherine Ghion, infirmière qui a travaillé dans une collectivité de jeunes enfants. Si aucune raison (médicale ou de circonstance) n’a justifié une diversification alimentaire plus tôt, il est temps entre 5 et 6 mois de la débuter. Mais sans faire du forcing ! Ne mettez pas la pression sur votre bébé ou vous. Allez-y en douceur.

Pour ses premiers repas à la cuillère, choisissez une période où, vous parents (papa compris, bien entendu), vous vous sentez disponibles et détendus – ceci dit, ne faites pas de cette diversification alimentaire un fromage ! Observez aussi votre petit pour voir s’il est prêt à passer le cap. Vos propres repas le captivent-ils ? Aime-t-il découvrir les choses avec la bouche ? Quand vous lui donnez une cuillère de vitamines, sait-il quoi faire avec l’ustensile en bouche ? Un conseil encore : commencez à un moment de la journée où il n’est pas trop affamé, un moment où il est davantage dans la curiosité de la nouveauté que dans le besoin de remplir au plus vite son estomac.
Quelques autres éléments à garder en tête, développés avec Catherine Ghion. Reprenez aussi le numéro précédent du Ligueur et mon bébé où le sujet est déjà abordé. Et, bien sûr, n’hésitez pas à demander conseil au pédiatre ou à la consultation de l’ONE (Office de la Naissance et de l’Enfance). 

À lire : « De nouveaux aliments en douceur… », une brochure bien pratique de l'ONE

Tous les bébés finissent par s’habituer à la cuillère

« Je croyais que Lilou allait détester ses premières panades. Mais cela a été : une cuillère et demie avalée, et j’étais ultra-fière ! », confie Sybille. Pour votre bébé, la diversification alimentaire, c’est une période de découvertes. Pour vous, c’est un signe (parmi d’autres) que votre bébé grandit. « Vers 5-6 mois, le bébé se familiarise petit à petit avec l’objet cuillère et une nouvelle technique de déglutition, il découvre progressivement d’autres odeurs, d’autres goûts, d’autres consistances… Certains enfants maîtrisent rapidement la technique de déglutition à la cuillère, d’autres chipotent un peu avant d’y parvenir, mais tous finissent par y arriver, rassure Catherine Ghion. Il vous faudra peut-être de la patience, à votre bébé et à vous, mais rien ne presse. Parfois, un petit problème neurologique rend la déglutition difficile ; parfois, le bébé doit simplement trouver le bon truc. Ne vous angoissez pas, ne vous énervez pas, mais présentez-lui la cuillère tous les jours. C’est en la lui présentant tous les jours que la familiarisation va se faire. S’il a du mal, prévoyez de très petites quantités au début. Une fois que le mouvement est pris, les choses se passent du côté du plaisir. Le bébé se réjouit à l’idée de voir son repas arriver, le choix des aliments qu’il a à découvrir est quasi infini et leur exploration est un plaisir pour toute la vie. Le parent, quant à lui, est heureux de voir son enfant se réjouir, découvrir et grandir… » D’un point de vue pratique, préférez des cuillères avec une partie creuse souple et en plastique – matière moins froide en bouche que du métal.

Catherine Ghion - Infirmière
« Certains enfants maîtrisent rapidement la technique de déglutition à la cuillère, d’autres chipotent un peu avant d’y parvenir, mais tous finissent par y arriver »
Catherine Ghion

Infirmière

Selon votre choix, vous commencez avec des légumes (écrasés avec des pommes de terre) ou avec des fruits (à ne pas mélanger avec des biscuits pour bébés, qui constituent des calories inutiles). Prenez-les frais ou surgelés. Aux légumes cuits, ajoutez de l’huile (d’olive, de colza, de soja…) ou du beurre frais – l’équivalent de trois cuillères à café pour une portion de 200-250 grammes. Ne salez et ne poivrez pas les purées de légumes – même si elles vous paraissent fades ! Pensez éventuellement à les parfumer avec des herbes aromatiques (persil, basilic, coriandre… hachés menu). La viande n’est pas encore à l’ordre du jour. Cuire les fruits n’est pas indispensable mais facilite la digestion et diminue le risque d’allergies. N’ajoutez pas de sucre aux panades de fruits. Que vous démarriez avec des légumes ou avec des fruits, ne soyez pas monomaniaques : variez vos menus !

Tout ne se joue pas en un jour !

« Si vous donnez à votre bébé un mélange de fruits et que tout va bien, pas de souci : c’est qu’il les supporte tous. Mais si vous lui préparez un mélange de fruits et que vous observez un problème (intolérances…), vous devrez ensuite les lui proposer un à un pour savoir lequel ne passe pas. En présentant d’emblée les aliments un à un à votre bébé, vous pouvez mieux repérer ceux qu’il aime et ceux qu’il supporte moins, c’est stratégique », explique Catherine Ghion.
Et si vous préparez un repas que votre bébé refuse ? « Ce n’est pas parce qu’il rejette une fois un aliment qu’il ne faut pas de nouveau le lui proposer. Parfois, il faut y revenir jusqu’à une dizaine ou une quinzaine de fois avant qu’il ne se mette à l’apprécier. Rien de préoccupant là-dedans. Allez-y en douceur, il n’y a pas d’urgence. » À 5 mois, le lait – maternel ou en poudre – apporte tous les éléments dont le bébé a besoin. Cela a de quoi apaiser.

Cinq repas par jour

À 5 mois, votre bébé continue à avoir cinq repas par jour. Comment procéder pour une diversification alimentaire en douceur ? « On démarre avec cinq biberons. L’idée est de remplacer progressivement un de ces cinq repas par une panade (de légumes ou de fruits). Si, les premiers jours, le bébé n’accepte qu’une ou deux cuillerées, pas de panique : elles sont complétées par du lait, celui qu’il boit normalement. Dès que le bébé est bien habitué à ce premier repas à la cuillère et qu’il mange sa portion complète, et donc quand on peut supprimer un des cinq biberons, c’est-à-dire après quinze jours, trois semaines, on peut commencer à remplacer un deuxième biberon par une autre panade (de fruits si la première panade est aux légumes, de légumes si la première panade est composée de fruits). Si l’enfant est en difficulté, pas d’inquiétude : on lui propose quand même cette deuxième panade, quitte à lui donner un complément de lait. On arrive normalement à 6 mois avec trois biberons, un repas de légumes et un repas de fruits. Ce schéma-là va durer jusqu’à 1 an. Ça, c’est la théorie, parce que les bons dormeurs, par exemple, ne se réveillent pas la nuit pour réclamer un troisième biberon. Et c’est à respecter : s’ils ne le demandent pas, c’est qu’ils n’en ont pas besoin ! » Une portion complète, un repas, cela fait 200-250 grammes. Une quantité indicative : en effet, il y a des bébés qui mangent beaucoup plus et d’autres qui mangent beaucoup moins. À chaque bébé son appétit… qui varie aussi selon les jours. Après le repas à la cuillère, l’enfant peut boire un peu d’eau, au biberon ou au gobelet, mais son alimentation (lait, légumes et fruits) est déjà riche en eau.
Une fois la diversification lancée, si votre bébé est allaité, il continue au sein. Si vous le biberonnez, passez à un lait de suite ou 2e âge enrichi en fer et adapté à l’évolution de ses besoins. « Faites-le un peu avant que l’enfant ait ses deux repas à la cuillère complets. Que le changement ait lieu quinze jours plus tôt ou quinze jours plus tard, ce n’est pas grave. C’est toujours sur le long terme qu’il est important que les besoins nutritionnels de l’enfant soient couverts », conclut Catherine Ghion.

UNE INFIRMIÈRE RACONTE

Carottes, grimaces et plaisir

Catherine Ghion, infirmière qui a travaillé dans une collectivité d’enfants

Une première cuillerée, et le bébé fait une grimace. Une deuxième cuillerée, puis une troisième, il grimace toujours mais un peu moins… Avec ses mimiques, l’enfant révèle quelque chose de son tempérament, de qui il est et de comment il aborde les choses. Si les parents sont ouverts à l’observation, le repas à la cuillère est un super chouette moment à vivre, parallèlement à l’exploration des goûts à laquelle ils l’amènent.
Le repas du bébé de 5 mois s’inscrit davantage dans la vie familiale. Il y a des jours où il ne sera pas possible d’assurer une ambiance calme. Mais, quel que soit l’environnement, si le parent qui s’occupe du bébé est physiquement et psychiquement disponible pour lui, il va pouvoir le garder centré sur son repas, tout cela étant marqué d’échanges entre eux. Si l’enfant est distrait, regarde partout et qu’il y a de longs moments entre deux cuillères, dites-vous que le plaisir du repas est là aussi. Il n’y a jamais lieu d’être dans le forçage : gardez en tête que c’est l’enfant qui se remplit de nourriture et que le parent est là pour satisfaire son besoin et sa demande. C’est comme cela qu’on crée les conditions de l’autonomie alimentaire : c’est l’enfant qui décide de ce qui entre dans son corps !
Mais on n’exige pas des parents parfaits ! Il y a des circonstances où on est pressé, où on s’énerve : quand on est pressé et que l’enfant met une heure à manger, c’est énervant ! De même, quand, juste à ce moment-là, d’autres enfants, plus grands, viennent réclamer votre attention… La vie, quoi !
Sur le terrain des découvertes alimentaires, le bébé peut déployer mille et une réactions : il peut être surpris, inquiet, enthousiaste, en colère… L’adulte doit pouvoir accueillir ces réactions et formuler les hypothèses qui lui viennent : « Pourquoi te fâches-tu ? C’est un nouveau goût, peut-être que tu n’aimes pas ou peut-être que tu es trop surpris… » Le bébé ne comprend pas les mots mais il comprend l’état émotionnel dans lequel ces hypothèses lui sont proposées.
Si le bébé refuse avec dégoût les carottes que le parent a grattées, coupées, cuites et mixées avec tout son cœur, celui-ci ne doit pas imaginer que son petit le rejette ou qu’il entame une dangereuse grève de la faim. L’enfant prend simplement son temps. Il apprend à connaître. Pour lui, manger, c’est satisfaire un besoin vital dans un moment d’échange agréable avec son parent.

LES PARENTS EN PARLENT…

Beaucoup de curiosité
« J’avais observé que Paolo me regardait avec beaucoup de curiosité quand je mangeais. Il avait toujours reçu du lait maternel : même si c’était ce qu’il y avait de meilleur pour lui, il devait commencer à en avoir marre et avoir envie d’autre chose ! Surtout qu’avec le lait, il goûtait toutes les variations de ce que je mangeais. Je me suis vraiment posé des questions à partir du moment où je me suis sentie obligée de manger en cachette car cela me faisait trop mal au cœur de le faire devant lui. À la consultation ONE, on m’a proposé de commencer petit à petit la diversification alimentaire. Paolo a eu sa première panade de légumes un peu avant ses 5 mois. Son premier plat était tout bio : carottes bio, pommes de terre bio, beurre bio. Mon homme a filmé la scène… Au début, les bébés ne sont pas doués avec leur bouche, Paolo était tout surpris, il ne prenait qu’une ou deux cuillères à café de sa panade. Puis, il s’est habitué à la cuillère et a apprécié de plus en plus les petits plats que je lui préparais… »
Chiara, maman de Paolo

On conseille tout et son contraire !
« Avant, ma maman s’en souvient, on disait : pas de diversification alimentaire avant 6 mois, et d’abord les fruits puis les légumes. Nous, on l’a commencée quand Iris avait 5 mois, avec des légumes. Ça s’est passé sans difficulté ! Un pédiatre dit que nous pouvons donner plusieurs légumes d’un coup, un autre parle d’un légume à la fois. On nous conseille tout et son contraire ! Nous, on fait comme on pense : deux-trois jours, un légume ; puis, les deux-trois jours suivants, un autre légume ; deux-trois jours encore, un troisième légume ; après, on mélange deux légumes… Le papa et moi, on écoute ce que les pros disent, on prend note, puis on essaie de faire pour le mieux pour la petite, en suivant notre instinct. »
Élise, maman d’Iris

EN PRATIQUE

Prudence !

Si votre bébé est né prématurément ou s’il risque tout particulièrement de développer une allergie (parce qu’il existe dans la famille – parents, fratrie – des allergies diagnostiquées), redoublez de prudence dans la diversification alimentaire. Demandez un avis médical, suivez les recommandations « sur mesure » du pédiatre.

EN BREF

No stress

  • Vous pouvez débuter la diversification alimentaire avec des légumes ou avec des fruits.
  • Présenter les aliments un à un à votre bébé vous permet de mieux repérer ceux qu’il aime et ceux qu’il n’aime pas.
  • Parfois, il vous faudra lui présenter un aliment jusqu’à une quinzaine de fois pour qu’il ne fasse pas la moue.
  • À 5 mois, le lait couvre encore l’ensemble de ses besoins.