Développement de l'enfant

Terreurs nocturnes et cauchemars : comment réagir ?

Face aux terreurs nocturnes et aux cauchemars, la réaction à avoir n'est pas la même

Aborder la nuit et les difficultés de sommeil chez un petit de bientôt 2 ans, c’est notamment évoquer les terreurs nocturnes et les cauchemars qui sont souvent confondus et peuvent impressionner les parents. C’est aussi revenir sur les conditions dans lesquelles l’enfant a l’habitude de s’endormir. Éclaircissements avec le pédiatre José Groswasser, ancien responsable de l’unité de sommeil à l’Hôpital universitaire des enfants Reine Fabiola (Huderf) - Hôpital universitaire de Bruxelles (HUB).

Et d’emblée, un point fort : « Il est important que les parents puissent faire la différence entre une terreur nocturne et un cauchemar, dans la mesure où ils doivent y réagir très différemment », dit José Groswasser.
D’emblée aussi, un rappel théorique. On dort par cycles. Avec, dans chaque cycle, une phase de sommeil lent (endormissement, sommeil léger qui s’approfondit de plus en plus avant d’être un peu plus superficiel) qui permet de récupérer physiquement et une brève période de sommeil paradoxal – ou sommeil du rêve – qui est celle de la récupération psychique. Entre deux cycles, on a un micro-éveil de quelques secondes : si on est à ce moment-là dans les mêmes conditions que quand on s’est endormi, on repart pour un nouveau cycle comme si de rien n’était.

Terreurs nocturnes : intervenir le moins possible

Le Ligueur et mon bébé vous a déjà parlé des terreurs nocturnes – ces éveils partiels de nuit – dans son numéro consacré aux 9 mois. Elles surviennent plutôt en début de nuit, une à deux heures après l’endormissement, en phase de sommeil lent profond (en effet, « c’est en début de nuit qu’on est le plus en sommeil profond »). En gros, elles s’expliquent par un « raté » dans l’enchaînement sommeil lent profond-sommeil paradoxal. Elles donnent l’impression d’un éveil brutal. Typiquement, l’enfant est assis dans son lit, les yeux grands ouverts, il est très agité, souvent transpirant, son cœur bat vite, il « parle » et hurle même. Il semble éveillé mais, en réalité, il dort profondément. Spontanément, les parents alertés, voire paniqués, tentent d’aider leur enfant à sortir de cette mauvaise passe en le réveillant complètement. Résultat : il s’agite encore plus ! « Si, à ce moment-là, les parents voient qu’ils obtiennent l’effet contraire à celui espéré, c’est-à-dire une agitation croissante, il s’agit en général d’une terreur nocturne. » En fait, moins on intervient, plus la terreur nocturne est de courte durée. Et l’enfant se calme sans se réveiller. Donc, en cas de terreur nocturne, on ne réveille pas l’enfant et on intervient le moins possible. Éventuellement, en posant une main rassurante sur lui…

Si les terreurs nocturnes sont fréquentes, c’est parfois le signe que l’enfant ne dort pas assez ou qu’il dort mal

Une caractéristique de la terreur nocturne difficile à observer quand l’enfant a 21-23 mois mais bien à 3-4 ans : le lendemain matin, quand ses parents l’interrogent, il n’a aucun souvenir de l’épisode. D’où la recommandation généralement donnée : inutile de lui en parler après coup. José Groswasser nuance : « Il ne faut pas accorder une trop grande importance à l’événement, mais il ne faut pas non plus en faire un tabou. On peut l’évoquer avec l’enfant, ce n’est pas lui faire un reproche. »
On a longtemps dit que les terreurs nocturnes sont moins liées à des charges affectives que les rêves. « Je ne pense pas que ce soit vrai, dans la mesure où, dans certaines terreurs nocturnes, on entend des enfants vocaliser au sujet d’expériences qu’ils ont vécues en journée. Donc, elles ont certainement un contenu onirique. Simplement, comme elles se passent dans une phase de sommeil très profond, ils ne se souviennent pas de ce contenu onirique une fois qu’ils en sont sortis. » D’où le conseil du pédiatre : « Avec un plus grand enfant qui fait souvent des terreurs nocturnes, je propose de passer du temps avant l’endormissement à papoter sur ses expériences de la journée : tout ce qu’il aura exprimé le soir ne s’exprimera pas de manière violente en début de nuit. »
La terreur nocturne peut être rapprochée du somnambulisme : « Le mécanisme physiologique sous-jacent est quasi le même : il s’agit d’un éveil partiel en phase de sommeil profond. Le somnambulisme est une terreur nocturne accompagnée de mouvements. La terreur nocturne est un phénomène impressionnant mais pas dangereux. Par contre, avec un enfant somnambule qui peut marcher, il faut prendre des mesures de sécurité. »
Si les terreurs nocturnes sont fréquentes, c’est parfois le signe que l’enfant ne dort pas assez – « vu qu’on augmente son sommeil profond quand on manque de sommeil et que les terreurs nocturnes apparaissent en phase de sommeil profond » – ou qu’il dort mal (notamment s’il a des difficultés respiratoires au cours de son sommeil). À faire alors : accroître son temps de sommeil ou vérifier si son sommeil n’est pas perturbé par des apnées. Un autre élément pouvant favoriser les terreurs nocturnes, ce sont certaines conditions d’endormissement, en lien avec les angoisses de séparation le soir venu, rappelle José Groswasser. « Bien souvent, les parents ont adopté une attitude qui entraîne presque inévitablement des éveils nocturnes, comme rester aux côtés de l’enfant jusqu’à ce qu’il s’endorme. S’ils ont de la chance, l’enfant ne se réveille pas quand ils s’éclipsent, mais s’ils n’ont pas de chance, il se réveille, et les voilà repartis pour un tour. Ce qui va surtout se passer, c’est qu’au moment du micro-éveil à la fin d’un cycle de sommeil, l’enfant va réaliser qu’il n’a plus ce dont il a besoin pour s’endormir – la présence de maman ou papa – et il n’aura pas d’autre choix que de s’éveiller. Soit il va s’éveiller complètement, soit il va avoir un comportement d’éveil mais avec le cerveau qui dort : c’est une terreur nocturne. »
À savoir encore : il y a des personnalités à terreurs nocturnes. « Comme les enfants qui ne s’expriment pas beaucoup et ne se révoltent pas le jour : ils ont tendance à s’agiter dans leur sommeil, notamment par des terreurs nocturnes. Et les enfants très actifs, qui ont du mal à rester en place. » Par ailleurs, chez certains bambins, l’hérédité joue un rôle dans les terreurs nocturnes et le somnambulisme.
Certains enfants font une ou deux terreurs nocturnes dans leur vie. D’autres en font par séries, alternant les périodes agitées et les périodes calmes. D’autres encore en font toutes les nuits pendant un certain temps. « Mais la plupart font une terreur nocturne une fois de temps en temps. »

Cauchemars : comment le rassurer ?

Et les cauchemars, ces mauvais rêves ? Ils se produisent surtout en fin de nuit, en phase de sommeil paradoxal. Rappelons d’abord les principales fonctions du rêve. « Il nous permet de revivre et digérer des expériences qu’on a vécues au cours de la journée en y mettant de l’ordre. Il nous permet de nous souvenir : une grande part de la mémorisation se fait pendant le sommeil du rêve. Et il nous permet d’exprimer nos peurs et nos angoisses », explique José Groswasser. Le cauchemar, c’est un rêve inquiétant, angoissant, pour lequel l’enfant peut être facilement réveillé, s’il ne se réveille pas brusquement de lui-même.
Lorsqu’il est éveillé, l’enfant se souvient bien souvent du contenu de son cauchemar, il reste terrifié. Il a besoin d’être rassuré. Le prendre dans les bras, lui parler (« Tu as eu peur mais tout va bien maintenant, je suis là »), l’écouter « raconter » ce qui l’a effrayé, tout cela l’aide à retrouver le calme et à se rendormir… dans son lit à lui. « S’il a tendance à faire des cauchemars récurrents, avec des monstres par exemple, on peut lui montrer qu’on chasse les monstres, qu’on vérifie qu’il n’y en a pas sous son lit… »

EN PRATIQUE

À faire… ou pas

  • On passe plus d’un tiers de sa vie à dormir ! Alors, un point essentiel : « Le sommeil ne doit pas être considéré comme quelque chose de désagréable, insiste le pédiatre José Groswasser. Et il ne devrait jamais être associé à une menace ou à une punition. S’endormir, ce n’est pas comme si on "éteignait" la vie ! Le moment du coucher doit constituer un moment calme et agréable. Il faut aider l’enfant à comprendre que c’est un moment important pour lui et pour ses parents, il faut prendre le temps de faire en sorte que tout le monde en profite. Pour des parents qui ont une vie professionnelle intense et pour des enfants qui sont toute la journée à la crèche, l’heure de la mise au lit est finalement un des rares moments où ils peuvent partager quelque chose. Avec le repas en famille… »
  • À soigner, dès lors, le rituel du soir – câlins, berceuses, histoires, en présence du doudou – pour évacuer les tensions et apprivoiser la nuit et ses peurs. Des bonnes conditions d’endormissement assurent à l’enfant un bon sommeil.
  • Pour ou contre une veilleuse ? « Si l’enfant réclame de la lumière, je ne suis pas contre une veilleuse dans sa chambre parce que la nuit et le noir peuvent être angoissants, répond José Groswasser. Mais attention : ce qu’on connaît en début de nuit, on le connaît toute la nuit ! Donc, s’il y a une veilleuse allumée auprès de l’enfant quand il s’endort, on la laisse allumée. Car s’il se réveille en pleine nuit, il a besoin de se retrouver dans les mêmes conditions qu’au moment de l’endormissement. » On parle de veilleuse, cela peut être aussi la douce lumière du couloir avec la porte de la chambre entrouverte.
  • Prendre son enfant dans son lit une nuit de temps en temps lorsqu’il a besoin de réconfort après un cauchemar, en lui expliquant que c’est exceptionnel ? Le pédiatre n’y est pas opposé… si le lendemain il retrouve ses habitudes d’endormissement.
  • À garder sur sa table de chevet : Le sommeil, le rêve et l’enfant des pédiatres Marie Thirion et Marie-Josèphe Challamel (Éditions Albin Michel). Une mine d’infos et de conseils pour maintenant et plus tard.

À LIRE

« Je vois souvent des parents arriver trop tard, épuisés par des années de mauvaises nuits dans mes consultations », constate la psychologue Nathalie Ferrard. Des parents qui, depuis des années, ne savent plus ce que c’est de dormir une nuit complète. « Ce qu’il faut leur dire, c’est que dormir, ça s’apprend », ajoute-t-elle. Une note d’espoir dans la nuit parentale chahutée ?

Quand les parents sont épuisés par le fait que leur enfant ne dort pas la nuit

LES PARENTS EN PARLENT…

Reconnaître les pleurs
« Il arrive à William de "se réveiller" la nuit en hurlant, les yeux grands ouverts, puis de se rendormir. Ce sont des terreurs nocturnes. Les premières fois, ça nous a carrément effrayés et on s’est trompés dans notre façon de réagir. On le prenait dans les bras… et on le réveillait vraiment. Là, on met parfois juste la main sur son ventre, le temps qu’il s’apaise. En tout cas, on a compris qu’il ne faut pas le sortir de son lit pour le réconforter lorsqu’il fait une terreur nocturne. J’ai appelé la pédiatre pour savoir si c’était normal, elle nous a rassurés. "S’il pleure non-stop plus d’une semaine, venez consulter", m’a-t-elle aussi conseillé. Depuis toujours, nous, on se dit : si William pleure plus de cinq minutes, on va voir ce qui se passe. Avec le temps, on reconnaît ses pleurs et on agit au feeling… »
Marie-Line, maman de William, 21 mois

« Elle raconte sa journée à ses peluches »
« Par périodes, Olivia raconte sa journée à ses peluches dans son lit – elle a un "mur" de peluches tout près d’elle. C’est un moment où elle a besoin d’être seule avec elle-même. Je la couche, je l’entends longuement discuter avec ses peluches, puis elle s’endort. »
Mélanie, maman d’Olivia, 22 mois