Développement de l'enfant
Comme c’est précieux pour la plupart des parents de se muer en sorte de koalas, collé·es les un·es aux autres, avec leurs êtres si tendres. De les envelopper, de les sentir blottis, là, tout près du cœur. Mamans, papas, nous ne faisons qu’un·e avec ces êtres que l’on va faire ainsi grandir toute notre vie. Les regarder pousser, les voir s’épanouir...
► Eh, oh, le Ligueur, c’est quoi cette tyrannie de la démonstration affective ?
Avant de rentrer dans le vif du sujet, dissipons toute forme de malentendu ou de culpabilité navrante. Non, les parties qui suivent ne sont ni injonctives, ni prescriptives. Elles ne constituent en rien les bases d’un « plaidoyer de la démonstration affective ». La psychologue Mélissa De Conto rappelle que les cultures familiales diffèrent. Le rapport au corps n’est pas le même d’une tribu à l’autre, d’un individu à l’autre. Il n’existe donc pas une recette, ni une seule manière de bien-faire.
« La société est encore relativement traditionnelle, alors qu’il existe tant de modèles. On la pense encore de façon très uniforme, la question d’une maman et d’un papa est encore très prégnante. Attention, donc, à la façon de transposer tout ce qui se dit ici. Chacun fait en fonction de ses capacités et de sa typologie. »
La psy donne l’exemple d’une monomaman qui élève ses enfants avec le souci de porter des valeurs de politesse, de respect et d’entraide. Ses enfants reçoivent énormément d’amour, mais pas de câlin ou d’autre geste tendre. L’affection ? Elle transparaît ailleurs. Il existe d’autres formes d’amours, d’échanges et de démonstrations possibles.
« Il est important de dire au parent qu’il doit se faire confiance. Même dans ses manques ». Ce sont des considérations que l’on va retrouver tout le long de ces pages : parents, ne vous forcez jamais. Ne bravez pas votre pudeur. Si manifester votre affection par le geste est au-dessus de vos forces, n’allez pas à l’encontre de ce ressenti.
► Est-ce que les câlins exercent une influence sur la grossesse ?
Elle commence quand, cette affaire de câlins ? Aucune indication sur la notice avec laquelle l’enfant nous est livré. Pour bien comprendre, plusieurs pistes mènent à François Reuckaert. Ses travaux démontrent que le développement des sens démarre très tôt. Divers éléments vont alors influer sur le développement de l’enfant. Déjà fœtus, il perçoit et engrange énormément d’informations qui vont jouer un rôle sur sa sensualité en devenir. In utero, autour de huit semaines, le toucher est en effet le premier sens qui se développe. Avant l’ouïe et la vue.
Quelques semaines plus tard, le bébé en devenir est alors bercé par les mouvements, par un sentiment de chaleur transmis par sa maman. Ce qui ne signifie pas que le papa est absent de l’affaire. L’haptonomie, l’approche basée sur le toucher affectif, permet aux pères de communiquer avec leur bébé avant sa naissance. Rendez-vous compte, le premier lien qui se tisse entre un père et son bébé est un geste d’affection. Ce qui est loin d’être anodin puisque tout cela vient alimenter l’une des bases les plus importantes de la Pyramide de Maslow - la fameuse énumération des besoins fondamentaux -, celui de la sécurité affective. Tout cela va aider bébé par la suite dans des situations de stress, puisqu’il va puiser dans ce réservoir formidablement réconfortant.
Comment travailler cela ? Laurence Renard, assistante sociale dans le secteur de la santé mentale et de l’aide à la jeunesse et instructrice en massage pour bébés, recommande de toucher, parler, chanter… trouver ce qui vous sied au mieux pour développer une forme d’échange avec ce bébé en devenir, et surtout de le répéter. « Le processus de répétition, le fait de multiplier les contacts, encore et encore, c’est cet état de communication permanente qui va rendre le bébé réceptif ». Cela est adressé tant aux mères qu’au parent à côté qui ne porte pas le bébé et va se préparer à cette rencontre tout en tendresse. Justement, avançons dans la suite de l’histoire.
► Qu’est-ce qui se joue par la suite avec les bébés ?
Comme on vient de le voir, dès la naissance, tout ce que va vivre bébé va influer sur sa capacité à se sortir d’une situation de stress, d’angoisse ou de manque. Le câlin joue donc un rôle de réservoir. Tout ce que bébé vit de réconfortant va venir combler son processus de manque. Pour Sonia Verardo, thérapeute holistique, « le câlin, c’est la première forme de langage. Le premier contact que l’on reçoit au monde. La première palpation avec l’enfant ».
Plus prosaïquement, quel rôle jouent ces câlins dans le développement des tout-petits ? Laurence Renard rappelle que les câlins, massages ou toutes autres formes de gestes tendres à l’endroit des bébés font chuter - entre autres - les taux de cortisol, l’hormone du stress ou ses consorts neurotransmetteurs telle que la noradrénaline (appelée aussi norépinephrine).
À l’inverse, ces gestes doux et rassurants favorisent la sécrétion d’ocytocine ou de sérotonine, associées à l’état de bonheur, qui favorisent la détente. Tout cela a des résultats très concrets sur le développement de bébé, notamment via la qualité du sommeil. En effet, ces manifestations de tendresse influent sur le système circulatoire, immunitaire et respiratoire. Nos tout-petits sont donc plus reposés. Ils dorment mieux. « Un bébé qui se sent entouré est un bébé en meilleure santé », insiste Laurence Renard.
Cette douceur pour notre thérapeute holistique, Sonia Verardo, c’est ce qui enveloppe, ce qui apporte un ancrage à bébé. « Quand un parent prend un bébé dans ses bras, il lui apporte un repère de confiance. Il témoigne à son enfant que ce monde dans lequel il arrive, son monde, est un lieu sûr ». Il n’a pas encore de conscience politique et n'est pas au fait des nombreux bruits du monde !
► Qu’est-ce que câliner un enfant apporte à un parent ?
Les câlins ont ça de géniaux, ils sont commutatifs. Fondés sur un principe d’échange. Si on a vu plus haut ce qui se passait pour les tout-petits, que se passe-t-il chez notre parent cajoleur ? Les fonctions hormonales agissent de la même manière que ce que l’on vient de décrire plus avant.
Laurence Renard explique que ces câlins, c’est en plus un temps d’arrêt pour tout le monde dans cette course effrénée du quotidien. C’est un temps que l’on doit s’imposer. Plus on le fait, plus il devient naturel, plus on en redemande. Cela renforce évidemment le lien d’attachement. « On observe son bébé. On découvre son mode d’emploi. Comment il reçoit. Comment il fonctionne ».
Sonia Verardo rappelle que chaque geste, chaque moment peut être considéré comme un câlin. « Changer un bébé, donner son bain à un enfant, lui donner à manger, l’habiller… tous ces gestes du quotidien peuvent se faire en conscience. Ils peuvent être assujettis à autre chose qu’une simple mécanique répétitive. Chaque contact avec son enfant peut être l’occasion de lui rappeler qu’on est présent. De lui dire : ‘Tu es là. Je te sens. Tu existes’ ».
DÉCOUVRIR
C’est quoi un câlineur, une câlineuse de bébé ?
Le principe de câlineurs de bébé, vous connaissez ? En cas d’hospitalisation de bébé, ces câlineurs et câlineuses apportent une forme de soutien à la parentalité non négligeable lorsque papas et mamans ne peuvent veiller aux côtés de leurs bébés hospitalisés, en raison de contraintes diverses et variées.
La mission des câlineurs et câlineuses ? On vous le donne en mille : câliner. Ce qui apporte aux tout-petits un véritable refuge et son lot de réconfort. Des études ont mis en lumière les effets positifs provoqués par ces gestes tendres. Dans des structures hospitalières, des bénévoles sont amené·es à soutenir le personnel infirmier dans la pris en e charge des bébés placés. Cette aide est précieuse pour les tout-petits en manque de repères et qui ont besoin de bras pour les contenir et les rassembler.
ALLER + LOIN
Quand on n’y arrive pas…
…mais qu’on aimerait dépasser ça ? En explorant toutes les dimensions autour de ce langage extraordinaire que sont les câlins, nous ne pouvions nous passer de leur dimension spirituelle. On ne peut le nier, il y a comme une forme de puissance énergétique qui émane de cet échange du corps au corps.
Aussi, nous avons longuement discuté avec la thérapeute holistique Sonia Verardo à propos des réserves que ressentent ou s’imposent certains parents. Notre thérapeute recommande d’y aller par étapes. La première consistant à poser un regard sur son enfant pour lui signifier que vous le voyez et que ce dernier ou cette dernière est important·e pour vous. Ce qui vous semble acquis ou évident ne l’est pas toujours pour les autres. « Le regard est à lui seul une manière de communiquer », rappelle notre thérapeute.
Aussi, invite-t-elle à s’interroger sur son impossibilité. Parfois, le câlin est une manifestation que le parent n’a lui-même pas pu recevoir. D’où naît cette pudeur excessive ? Il n’est jamais vain de tenter de comprendre les codes avec lesquels vous avez vous-même grandi. Au-delà de ces codes, de ces règles tout aussi intimes que culturelles, notre thérapeute rappelle que c’est l’amour dont vous avez manqué auquel il faut se reconnecter. Le vide affectif, c’est toujours ça : ne pas se sentir assez aimé. « On ne peut pas reprocher à une personne de ne pas donner d’amour qu’elle n’a elle-même pas reçu ».
L’invitation de notre thérapeute holistique est la suivante : partir à la rencontre de soi. Ne serait-ce que pour ses enfants. Vous concéderez que ça ne coûte pas grand-chose d’essayer ?
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